Ballotine de lapin fermier aux morilles
Matys Hoffman
Matys Hoffman
Le lapin fermier est l'une des viandes les plus injustement boudées du quotidien. Sa chair maigre, fine et délicate appelle pourtant les sauces les plus raffinées, et sa structure se prête merveilleusement à l'art de la ballotine. Désossé, farci d'une mousseline aux morilles et roulé en cylindre régulier, il devient un plat d'une élégance discrète, parfait pour un déjeuner du dimanche soigné ou un menu de Saint-Sylvestre sans excès. Servi avec un gratin de crosnes, légume oublié au goût subtil d'artichaut et de noisette, ce plat respire le terroir et la patience. La sauce, parfumée aux morilles et liée au Savagnin, fait dialoguer le tout sans rien forcer.
Le lapin a longtemps été la viande du dimanche par excellence dans les campagnes françaises, élevé dans les clapiers familiaux et servi en gibelotte ou en moutarde. Aujourd'hui, le lapin fermier Label Rouge est l'une des productions les mieux maîtrisées de la filière française, garantissant une chair savoureuse et une éthique d'élevage rigoureuse. Le travail en ballotine est une manière de redonner ses lettres de noblesse à cette viande modeste, en la sublimant par une farce et une sauce dignes des grandes tables.
Réhydratez les morilles dans un bol d'eau tiède pendant une demi-heure puis filtrez soigneusement le jus à travers une mousseline. L'eau de trempage est un trésor d'arômes : ne la jetez surtout pas, elle parfumera la sauce avec une intensité qu'aucun fond commercial n'égale.
Désossez le lapin en partant du dos : incisez la peau le long de la colonne, puis détachez patiemment le râble et les cuisses des os, en laissant la chair attachée à la peau. Réservez les os pour la sauce, et conservez les foies que vous incorporerez à la farce. Salez, poivrez l'intérieur et réservez à plat. Si le désossage vous intimide, votre boucher peut tout à fait préparer un lapin entièrement désossé sur commande, en gardant l'enveloppe d'une seule pièce.
Mixez le blanc de poulet bien froid (idéalement passé trente minutes au congélateur avant) avec le blanc d'œuf, sel et poivre, jusqu'à obtenir une pâte lisse et compacte. Ajoutez la crème en filet, mixeur à pleine vitesse : la mousseline doit devenir blanche, lisse et nacrée, à peine plus ferme qu'une crème pâtissière. Si elle se sépare ou granule, c'est que la température est montée : replongez bol et lame dix minutes au congélateur et reprenez.
Faites suer les échalotes au beurre, ajoutez les morilles réhydratées hachées grossièrement et les foies de lapin émincés. Déglacez au cognac, laissez s'évaporer puis laissez tiédir. Mélangez ce hachis à la mousseline avec le persil et une pincée de muscade. Vérifiez l'assaisonnement en cuisant une petite quenelle dans de l'eau frémissante : la mousseline doit être à la fois moelleuse et liée, salée juste comme il faut. Cette étape de vérification, qui prend trois minutes, vous évite la mauvaise surprise d'une farce sous-salée à la dégustation.
Étalez la mousseline sur la chair du lapin en réservant deux centimètres de marge. Roulez serré, peau à l'extérieur, en commençant par le côté du râble qui est le plus charnu. Bridez à la ficelle aux deux extrémités, puis emballez la ballotine dans trois couches de film alimentaire en formant un cylindre régulier. Bridez à nouveau aux extrémités pour former des bouchons étanches.
Plongez dans un bain-marie à soixante-quinze degrés exactement (un thermomètre de cuisine est indispensable) et laissez pocher quarante-cinq minutes. La sonde au cœur doit afficher soixante-deux degrés. Le lapin étant une viande maigre, il est plus sensible à la sur-cuisson que la volaille : ne dépassez pas ces températures sous peine d'obtenir une chair sèche.
Concassez la carcasse, faites-la rôtir avec la garniture aromatique dans un sautoir, jusqu'à belle coloration. Mouillez avec le fond brun et l'eau de trempage filtrée des morilles. Laissez frémir trente minutes en écumant régulièrement, filtrez à la passette fine, puis réduisez de moitié.
Ajoutez la crème, portez à ébullition, incorporez le Savagnin hors du feu pour préserver ses arômes, puis liez au beurre froid en petits cubes en fouettant. Sautez les morilles entières au beurre dans une petite poêle, salez-les délicatement et ajoutez-les à la sauce juste avant le service. La sauce doit être brillante, nappante, légèrement vineuse.
Brossez les crosnes énergiquement sous l'eau froide à l'aide d'une brosse de cuisine (inutile de les éplucher, leur peau est très fine). Saisissez-les deux minutes au beurre dans une poêle pour les colorer légèrement, puis nappez-les de crème infusée à l'ail (faites bouillir la crème avec les gousses d'ail écrasées, laissez infuser dix minutes hors du feu, retirez l'ail). Versez dans un plat à gratin, parsemez de comté et enfournez à cent quatre-vingts degrés pendant vingt-cinq minutes, jusqu'à coloration dorée et bouillonnement de la crème sur les bords.
Sortez la ballotine du film, dorez-la rapidement à la poêle dans un mélange beurre-huile pour caraméliser la peau. Laissez reposer trois minutes puis détaillez en médaillons d'un centimètre d'épaisseur. Servez deux médaillons par assiette avec une cuillerée généreuse de sauce et le gratin de crosnes en accompagnement. Une pluche de cerfeuil ou quelques pousses d'oseille apportent une touche de fraîcheur en finition.
Sur ce plat tout en finesse, on cherche un blanc qui ait à la fois de la matière et de la fraîcheur. Le Domaine Boudin Côtes du Jura Savagnin Tradition coche toutes les cases : la version ouillée du cépage offre des notes de pomme jaune, d'amande fraîche et de noisette, qui font écho à la mousseline et aux crosnes. Sa salinité minérale équilibre le gras de la sauce et prolonge la finale. Si vous préférez un vin un brin plus puissant, un Chardonnay du Jura sous voile court (six à douze mois d'élevage oxydatif) apportera une couche d'arômes de curry doux et de noix qui sublimera les morilles.
Pour un accord d'exception, nous proposons le Domaine Bourdy · 1982, un vin du Jura mature de plus de quarante ans dont la palette tertiaire ultime (notes de noix, fenouil sauvage, légère touche oxydative caractéristique) dialogue admirablement avec les morilles parfumées et la chair fine du lapin fermier.
Servez ce blanc à douze à treize degrés, dans un verre tulipe pour permettre aux arômes de se déployer. Notre sélection de vins des Côtes du Jura regroupe les meilleures cuvées pour ce type d'accord raffiné, du Savagnin ouillé au Chardonnay de tradition en passant par les rares assemblages des deux cépages.
Le Savagnin est l'un des cépages les plus singuliers du vignoble français. Cousin du Traminer alsacien et du Gewürztraminer, il s'est acclimaté dans le Jura depuis le Moyen Âge et a développé sur ses sols marno-calcaires une personnalité unique. Travaillé en ouillé (avec ouillage régulier des fûts pour éviter l'oxydation), il livre des blancs droits, salins et tendus, parfaits sur des plats raffinés à base de volaille ou de poisson. Travaillé sous voile, il devient ce vin jaune mythique aux arômes oxydatifs si particuliers. Sur cette ballotine de lapin, l'ouillé est le bon choix : il accompagne sans dominer, et fait dialoguer la finesse de la mousseline avec la profondeur des morilles.
Cette ballotine illustre l'esprit de la cuisine jurassienne : une viande humble magnifiée par les morilles et le vin de garde de la région. Préparée la veille et réchauffée doucement, elle simplifie le service tout en restant aussi soyeuse qu'au premier passage en cuisine.
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65 cl
Assemblage de Poulsard, Trousseau et Pinot Noir · Avec sulfites
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