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RECETTE

Ballotine de lapin fermier aux morilles

Le lapin désossé puis roulé sur une farce aux morilles : technique de chef pour une découpe spectaculaire. À servir avec un vin jaune ample du Jura.

Par Matys Hoffman, cavistePublié le 15 juillet 20267 min de lectureRecette testée en cuisine
Ballotine de lapin fermier aux morilles
Préparation
20 min
Cuisson
1 h 15 min
Pour
6 personnes
Difficulté
Difficile
Coût
≈ 18 € / pers.

Ballotine de lapin fermier aux morilles et gratin de crosnes

Le lapin fermier est l'une des viandes les plus injustement boudées du quotidien. Sa chair maigre, fine et délicate appelle pourtant les sauces les plus raffinées, et sa structure se prête merveilleusement à l'art de la ballotine. Désossé, farci d'une mousseline aux morilles et roulé en cylindre régulier, il devient un plat d'une élégance discrète, parfait pour un déjeuner du dimanche soigné ou un menu de Saint-Sylvestre sans excès. Servi avec un gratin de crosnes, légume oublié au goût subtil d'artichaut et de noisette, ce plat respire le terroir et la patience. La sauce, parfumée aux morilles et liée au Savagnin, fait dialoguer le tout sans rien forcer.

Le lapin a longtemps été la viande du dimanche par excellence dans les campagnes françaises, élevé dans les clapiers familiaux et servi en gibelotte ou en moutarde. Aujourd'hui, le lapin fermier Label Rouge est l'une des productions les mieux maîtrisées de la filière française, garantissant une chair savoureuse et une éthique d'élevage rigoureuse. Le travail en ballotine est une manière de redonner ses lettres de noblesse à cette viande modeste, en la sublimant par une farce et une sauce dignes des grandes tables.

Ingrédients pour 6 personnes

La ballotine

  • 1 lapin fermier entier de 1,5 kg environ (idéalement Label Rouge)
  • 40 g de morilles séchées
  • 200 g de blanc de poulet
  • 1 blanc d'œuf
  • 15 cl de crème liquide entière bien froide
  • 2 échalotes ciselées
  • 2 cuillères à soupe de cognac
  • 1 cuillère à soupe de persil plat ciselé
  • Sel fin, poivre blanc, muscade râpée

Le gratin de crosnes

  • 700 g de crosnes (à défaut : topinambours)
  • 30 cl de crème liquide
  • 2 gousses d'ail
  • 50 g de comté râpé
  • 1 noix de beurre, sel, poivre

La sauce

  • La carcasse du lapin (râble dégagé, foies réservés)
  • 1 carotte, 1 oignon, 1 branche de céleri
  • 10 cl de Savagnin du Jura
  • 30 cl de fond brun de volaille
  • 15 cl de crème entière
  • 20 g de beurre froid
  • Une douzaine de morilles entières pour la finition
Domaine Bourdy Rouge 1982

Le vin de la recette

Domaine Bourdy · 1982

AOC Côtes du Jura · Assemblage de Poulsard, Trousseau et Pinot Noir · 12,5 %

Ouvrir une bouteille du Domaine Bourdy 1982, c'est s'offrir une véritable pièce d'histoire du Jura.

229,10€
Expédié sous 24 h

Préparation

Désosser le lapin et préparer la mousseline

Réhydratez les morilles dans un bol d'eau tiède pendant une demi-heure puis filtrez soigneusement le jus à travers une mousseline. L'eau de trempage est un trésor d'arômes : ne la jetez surtout pas, elle parfumera la sauce avec une intensité qu'aucun fond commercial n'égale.

Désossez le lapin en partant du dos : incisez la peau le long de la colonne, puis détachez patiemment le râble et les cuisses des os, en laissant la chair attachée à la peau. Réservez les os pour la sauce, et conservez les foies que vous incorporerez à la farce. Salez, poivrez l'intérieur et réservez à plat. Si le désossage vous intimide, votre boucher peut tout à fait préparer un lapin entièrement désossé sur commande, en gardant l'enveloppe d'une seule pièce.

Mixez le blanc de poulet bien froid (idéalement passé trente minutes au congélateur avant) avec le blanc d'œuf, sel et poivre, jusqu'à obtenir une pâte lisse et compacte. Ajoutez la crème en filet, mixeur à pleine vitesse : la mousseline doit devenir blanche, lisse et nacrée, à peine plus ferme qu'une crème pâtissière. Si elle se sépare ou granule, c'est que la température est montée : replongez bol et lame dix minutes au congélateur et reprenez.

Lier la farce

Faites suer les échalotes au beurre, ajoutez les morilles réhydratées hachées grossièrement et les foies de lapin émincés. Déglacez au cognac, laissez s'évaporer puis laissez tiédir. Mélangez ce hachis à la mousseline avec le persil et une pincée de muscade. Vérifiez l'assaisonnement en cuisant une petite quenelle dans de l'eau frémissante : la mousseline doit être à la fois moelleuse et liée, salée juste comme il faut. Cette étape de vérification, qui prend trois minutes, vous évite la mauvaise surprise d'une farce sous-salée à la dégustation.

Rouler et pocher

Étalez la mousseline sur la chair du lapin en réservant deux centimètres de marge. Roulez serré, peau à l'extérieur, en commençant par le côté du râble qui est le plus charnu. Bridez à la ficelle aux deux extrémités, puis emballez la ballotine dans trois couches de film alimentaire en formant un cylindre régulier. Bridez à nouveau aux extrémités pour former des bouchons étanches.

Plongez dans un bain-marie à soixante-quinze degrés exactement (un thermomètre de cuisine est indispensable) et laissez pocher quarante-cinq minutes. La sonde au cœur doit afficher soixante-deux degrés. Le lapin étant une viande maigre, il est plus sensible à la sur-cuisson que la volaille : ne dépassez pas ces températures sous peine d'obtenir une chair sèche.

Monter la sauce

Concassez la carcasse, faites-la rôtir avec la garniture aromatique dans un sautoir, jusqu'à belle coloration. Mouillez avec le fond brun et l'eau de trempage filtrée des morilles. Laissez frémir trente minutes en écumant régulièrement, filtrez à la passette fine, puis réduisez de moitié.

Ajoutez la crème, portez à ébullition, incorporez le Savagnin hors du feu pour préserver ses arômes, puis liez au beurre froid en petits cubes en fouettant. Sautez les morilles entières au beurre dans une petite poêle, salez-les délicatement et ajoutez-les à la sauce juste avant le service. La sauce doit être brillante, nappante, légèrement vineuse.

Préparer le gratin de crosnes

Brossez les crosnes énergiquement sous l'eau froide à l'aide d'une brosse de cuisine (inutile de les éplucher, leur peau est très fine). Saisissez-les deux minutes au beurre dans une poêle pour les colorer légèrement, puis nappez-les de crème infusée à l'ail (faites bouillir la crème avec les gousses d'ail écrasées, laissez infuser dix minutes hors du feu, retirez l'ail). Versez dans un plat à gratin, parsemez de comté et enfournez à cent quatre-vingts degrés pendant vingt-cinq minutes, jusqu'à coloration dorée et bouillonnement de la crème sur les bords.

Trancher et servir

Sortez la ballotine du film, dorez-la rapidement à la poêle dans un mélange beurre-huile pour caraméliser la peau. Laissez reposer trois minutes puis détaillez en médaillons d'un centimètre d'épaisseur. Servez deux médaillons par assiette avec une cuillerée généreuse de sauce et le gratin de crosnes en accompagnement. Une pluche de cerfeuil ou quelques pousses d'oseille apportent une touche de fraîcheur en finition.

Accord mets et vin

Sur ce plat tout en finesse, on cherche un blanc qui ait à la fois de la matière et de la fraîcheur. Le Domaine Boudin Côtes du Jura Savagnin Tradition coche toutes les cases : la version ouillée du cépage offre des notes de pomme jaune, d'amande fraîche et de noisette, qui font écho à la mousseline et aux crosnes. Sa salinité minérale équilibre le gras de la sauce et prolonge la finale. Si vous préférez un vin un brin plus puissant, un Chardonnay du Jura sous voile court (six à douze mois d'élevage oxydatif) apportera une couche d'arômes de curry doux et de noix qui sublimera les morilles.

Pour un accord d'exception, nous proposons le Domaine Bourdy · 1982, un vin du Jura mature de plus de quarante ans dont la palette tertiaire ultime (notes de noix, fenouil sauvage, légère touche oxydative caractéristique) dialogue admirablement avec les morilles parfumées et la chair fine du lapin fermier.

Servez ce blanc à douze à treize degrés, dans un verre tulipe pour permettre aux arômes de se déployer. Notre sélection de vins des Côtes du Jura regroupe les meilleures cuvées pour ce type d'accord raffiné, du Savagnin ouillé au Chardonnay de tradition en passant par les rares assemblages des deux cépages.

Conseils du chef et variations

  • Mousseline plus aérienne : passez-la au chinois fin avant de la rouler pour éliminer les nerfs du blanc de poulet ; vous obtiendrez une texture digne d'une table étoilée.
  • Variante automnale : remplacez les morilles par des cèpes séchés et ajoutez quelques noisettes torréfiées concassées dans la mousseline.
  • Si vous ne trouvez pas de crosnes : les topinambours en gratin avec une pointe de noix de muscade sont un excellent substitut, avec un goût plus marqué.
  • Sauce simplifiée : à défaut de fond de volaille maison, prenez un fond déshydraté de bonne qualité et compensez avec une cuillerée de glace de viande.
  • Pour faire impression : glissez sous chaque médaillon une fine tranche de jambon de Bresse pour un trompe-l'œil de saveur.

Le mot du sommelier

Le Savagnin est l'un des cépages les plus singuliers du vignoble français. Cousin du Traminer alsacien et du Gewürztraminer, il s'est acclimaté dans le Jura depuis le Moyen Âge et a développé sur ses sols marno-calcaires une personnalité unique. Travaillé en ouillé (avec ouillage régulier des fûts pour éviter l'oxydation), il livre des blancs droits, salins et tendus, parfaits sur des plats raffinés à base de volaille ou de poisson. Travaillé sous voile, il devient ce vin jaune mythique aux arômes oxydatifs si particuliers. Sur cette ballotine de lapin, l'ouillé est le bon choix : il accompagne sans dominer, et fait dialoguer la finesse de la mousseline avec la profondeur des morilles.

Cette ballotine illustre l'esprit de la cuisine jurassienne : une viande humble magnifiée par les morilles et le vin de garde de la région. Préparée la veille et réchauffée doucement, elle simplifie le service tout en restant aussi soyeuse qu'au premier passage en cuisine.

Domaine Bourdy · 1982 229,10€

Trois bouteilles pour cette recette

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QUESTIONS

Questions fréquentes

Faut-il un bon vin pour cuisiner ?

Un vin buvable, oui, un grand vin non : la cuisson efface la finesse et concentre le reste, donc une bouteille fatiguée se retrouve telle quelle dans l'assiette. Une bouteille de 8 à 12 € que vous boiriez volontiers fait exactement le travail.

Peut-on remplacer le vin de la recette par un autre ?

Oui, en gardant la couleur et le profil : un blanc sec se remplace par un autre blanc sec, jamais par un moelleux qui sucrerait la sauce. Le rosé passe partout où un blanc est prévu. Sans alcool, un bouillon relevé d'un trait de vinaigre approche le résultat sans le tenir tout à fait.

Que faire du reste de la bouteille ?

Rebouchée et au frais, elle tient trois jours en blanc, quatre à cinq en rouge. Au-delà, elle passe en cuisine plutôt qu'au verre. Elle se congèle aussi en bac à glaçons pour les déglaçages : c'est la seule façon de ne rien jeter.

Quel vin boire avec ce plat ?

Celui qui est en carte dans l'article : on met une bouteille en stock qui va au plat, pas une référence choisie au hasard du catalogue. Si elle ne vous convient pas, le lien de collection ouvre les autres bouteilles du même rayon.