Carré de cochon fermier en lente cuisson
Matys Hoffman
Carré de cochon fermier en lente cuisson
Le carré de cochon fermier en lente cuisson est l'une des plus belles techniques pour révéler le potentiel d'une viande de porc de qualité. Loin du steak rapide ou du rôti familial, cette préparation utilise une cuisson lente à basse température (75-80°C pendant 4 à 6 heures), qui transforme progressivement la viande en quelque chose d'extraordinairement tendre, presque confit, tout en gardant une croûte caramélisée à l'extérieur. Le carré, équivalent porcin du carré d'agneau (côte première), est paré et manchonné par le boucher, salé en saumure pour deux jours, puis cuit doucement avec ail, herbes et beurre. Le résultat : une chair rose pâle, soyeuse, fondante, qui se découpe à la cuillère et qui révèle toute la noblesse oubliée du porc fermier élevé en plein air.
Le retour en grâce du porc fermier dans la haute cuisine est un des phénomènes culinaires des dernières années. Longtemps cantonné aux plats simples (rôti dominical, échine grillée), le porc Label Rouge ou Bio a aujourd'hui les honneurs des plus grandes tables. Les chefs utilisent ses morceaux nobles (carré, filet mignon, pluma, presa) dans des préparations qui rivalisent avec celles du veau ou de l'agneau. La race elle-même fait la différence : porc Gascon, porc Basque Pie Noir, porc Mangalica hongrois, porc Iberico espagnol. Tous ces porcs élevés en plein air, nourris à l'herbe et aux fruits sauvages, offrent une chair persillée et savoureuse que l'industrie agroalimentaire ne sait plus produire. Notre recette met en valeur cette qualité par une cuisson respectueuse, qui ne masque rien et magnifie tout.
Ingrédients pour 6 personnes
Le carré de cochon
- 1 carré de cochon fermier de 2 kg (Label Rouge, Bio ou race rustique), 6 côtelettes manchonnées
- 3 cuillères à soupe d'huile d'olive
- 80 g de beurre
- 6 gousses d'ail en chemise
- 4 brins de thym frais
- 2 brins de romarin
- 2 feuilles de sauge
La saumure (à préparer 48h avant)
- 2 litres d'eau
- 120 g de sel fin
- 80 g de sucre roux
- 10 baies de genièvre
- 5 grains de poivre noir
- 3 feuilles de laurier, 4 brins de thym
- 1 zeste d'orange
Le jus de cochon
- Les chutes du carré (parures)
- 1 carotte, 1 oignon en mirepoix
- 15 cl de vin blanc sec
- 30 cl de fond brun de veau
- 1 cuillère à soupe de moutarde à l'ancienne
- 30 g de beurre froid
L'accompagnement
- 1 kg de pommes Reine des Reinettes
- 50 g de beurre
- 3 cuillères à soupe de sucre roux
- 1 cuillère à café de cinq-épices
- 500 g de chou rouge en lanières
- 2 cuillères à soupe de vinaigre balsamique
Préparation
Préparer la saumure (48 heures avant)
Faites bouillir un litre d'eau avec le sel, le sucre, les épices, les feuilles de laurier, le thym et le zeste d'orange. Quand le sel et le sucre sont dissous, retirez du feu, ajoutez le reste d'eau froide pour refroidir rapidement. Plongez le carré dans la saumure complètement refroidie, couvrez et placez au frais pendant 48 heures. Cette saumure parfume la viande en profondeur et garantit qu'elle restera juteuse même après une longue cuisson.
Préparer le carré
Sortez le carré de la saumure, rincez-le rapidement à l'eau froide et séchez-le très soigneusement avec du papier absorbant. Laissez reposer à température ambiante pendant deux heures pour qu'il revienne à température (essentiel pour une cuisson régulière).
Saisir le carré
Préchauffez le four à quatre-vingt-quinze degrés chaleur tournante. Faites chauffer une grande cocotte allant au four avec l'huile d'olive et le beurre, à feu moyen-vif. Saisissez le carré sur toutes ses faces, environ trois minutes par face, jusqu'à obtenir une croûte dorée et caramélisée. Ajoutez l'ail en chemise, le thym, le romarin et la sauge.
Cuisson lente au four
Plantez une sonde de cuisson au cœur du carré. Enfournez la cocotte couverte à 95°C pendant quatre heures, jusqu'à ce que la sonde affiche soixante-douze degrés à cœur. Cette cuisson lente permet à la chair de relâcher progressivement son collagène, ce qui donne la texture confite caractéristique. Vérifiez la sonde régulièrement, mais ne soyez pas pressé : une cuisson trop rapide donne une viande dure.
Repos et caramélisation finale
Sortez la cocotte du four, laissez reposer le carré vingt minutes sous papier d'aluminium. Pendant ce temps, préchauffez le four à 220°C. Réenfournez le carré à découvert pendant cinq à sept minutes pour caraméliser la peau et lui donner sa croûte croustillante finale.
Préparer le jus
Pendant la cuisson, faites rôtir les chutes avec la mirepoix dans un sautoir. Mouillez au vin blanc, laissez réduire de moitié. Ajoutez le fond brun, faites frémir 30 minutes. Filtrez, réduisez à consistance nappante. Hors du feu, incorporez la moutarde à l'ancienne et montez au beurre froid.
Préparer les pommes et le chou
Pelez les pommes, taillez-les en quartiers. Faites-les sauter au beurre avec le sucre roux et le cinq-épices pendant 12 minutes, jusqu'à coloration dorée et caramélisation. Pour le chou rouge, faites suer en cocotte avec un peu de beurre, mouillez d'un filet de vinaigre balsamique, salez, poivrez, laissez braiser 30 minutes à découvert. Le chou doit être tendre, légèrement acidulé, brillant.
Découper et dresser
Tranchez le carré entre les côtelettes. Disposez une côtelette par assiette chaude, ajoutez quelques pommes caramélisées, une portion de chou rouge braisé, nappez de jus.
Accord mets et vin
Sur ce porc en cuisson lente, on cherche un rouge avec de la matière, du fruit et juste assez de tanins fondus. Notre sélection de vins de Maison Roche de Bellene propose des Pinots Noirs bourguignons d'une grande finesse, parfaitement adaptés à la délicatesse du porc fermier. Privilégiez un Pommard ou un Volnay village, déjà entré dans son potentiel. Servez à quinze à seize degrés, dans un verre Bourgogne.
Pour un accord d'exception, nous proposons la Maison Roche de Bellene · Chambertin Grand Cru · 2021, l'un des plus prestigieux grands crus de la Côte de Nuits dont la finesse aromatique tertiaire dialogue admirablement avec le carré de cochon fermier en lente cuisson.
Conseils du chef et variations
- Saumure : ne sautez pas cette étape. Elle est l'une des clés du succès.
- Variante au porc Iberico : pour les très grandes occasions, utilisez du porc Bellota ou Recebo : la chair est encore plus persillée et savoureuse.
- Sans cuisson lente : si vous n'avez pas le temps, cuisez le carré à 200°C pendant 35-40 minutes (pour 60°C à cœur), puis laissez reposer 15 minutes. Le résultat sera moins fondant mais excellent.
- Préparation J-1 : la saumure, les pommes et le chou se préparent la veille. Le jour J, juste la cuisson du carré.
- Garniture alternative : gratin dauphinois, pommes Anna ou polenta crémeuse remplacent les pommes-chou.
Histoire et tradition de la lente cuisson
La technique de la lente cuisson à basse température (souvent appelée slow cooking ou cuisson basse température en français) est apparue dans la haute gastronomie française des années quatre-vingt-dix, popularisée par les chefs étoilés comme Joël Robuchon, Alain Ducasse et Bruno Goussault qui ont systématisé son application aux viandes nobles. Le principe physico-chimique repose sur la transformation progressive du collagène en gélatine à des températures comprises entre soixante et quatre-vingt-dix degrés, processus qui se déroule sur plusieurs heures sans dépasser la température de coagulation des protéines musculaires (qui durcirait la viande). Le résultat : une viande d'une tendreté exceptionnelle, juteuse et fondante, qui se détache à la fourchette tout en préservant tous ses arômes naturels. Cette technique a révolutionné la cuisine des viandes et permis aux chefs de servir des cuissons impossibles à atteindre avec les méthodes traditionnelles.
Le mot du sommelier
L'accord porc fermier-Pinot Noir est l'un des classiques bourguignons les plus harmonieux. Le Pinot, avec ses tanins fins et son fruit rouge, accompagne sans dominer la chair tendre du porc : c'est un accord de finesse partagée. Pour des accords plus typés, partez sur un Saint-Joseph ou un Crozes-Hermitage de Syrah, dont la touche poivrée répondra aux notes épicées des pommes caramélisées au cinq-épices. Évitez les rouges trop tanniques (Bordeaux jeunes, Madiran) qui durciraient la finesse du porc.