Dos de chevreuil aux cèpes et sauce grand veneur
Matys Hoffman
Matys Hoffman
Quand les premières gelées arrivent et que les sous-bois se parent de feuilles rousses, la cuisine du gibier reprend ses droits. Le dos de chevreuil est l'une des plus belles pièces que l'automne nous offre : une viande de chevreuil tendre, fine et sans aucune lourdeur, taillée pour une cuisson rosée et un dressage élégant. Associée aux cèpes poêlés et à une sauce grand veneur profonde, elle compose un plat de fête à la fois rustique et raffiné.
Le dos, ou râble, correspond au filet le long de la colonne du chevreuil : c'est la partie la plus noble et la plus moelleuse de l'animal. Contrairement au cuissot ou à l'épaule, qui demandent de longues cuissons en cocotte, le filet de chevreuil se prête à un rôtissage court qui préserve son fondant. Cette viande de gibier de saison offre un goût marqué mais élégant, légèrement musqué, que les cèpes et les baies viennent magnifier sans jamais l'écraser.
Pour quatre à six convives, comptez un beau dos de chevreuil d'environ 1,2 kg, 400 g de cèpes frais (ou réhydratés), deux échalotes, deux gousses d'ail, du thym, quelques baies de genièvre, du poivre en grains et du beurre. La sauce grand veneur réclame du fond de veau ou un bouillon de gibier, un bon verre de vin rouge, et surtout une cuillère de gelée de groseille qui apporte cette note aigre-douce caractéristique.
Inutile de noyer un dos de chevreuil aussi noble dans une marinade puissante : une marinade légère suffit. Quelques heures dans un mélange de vin rouge, d'oignons émincés, de carottes en rondelles, de céleri, de thym et de baies suffisent à parfumer la chair sans la dénaturer. Cette étape de mariner reste optionnelle sur une pièce très fraîche, mais elle prépare aussi le terrain pour une sauce poivrade ou grand veneur d'une grande profondeur.
La réussite tient à la maîtrise de la cuisson : il faut dorer la viande vivement, la rôtir au four chaud juste ce qu'il faut, puis la laisser reposer. Pendant ce temps, on construit la sauce et on poêle les champignons.
Pendant le repos de la viande, nettoyez les cèpes, taillez-les en lamelles épaisses et faites-les sauter à feu vif dans le beurre avec une échalote ciselée et un peu d'ail, jusqu'à ce qu'ils soient bien dorés. Réservez-les au chaud. Pour la sauce, déglacer la cocotte de cuisson avec le vin rouge de la marinade, ajoutez les échalotes, le fond de veau et un peu de bouillon, puis laissez faire réduire de moitié à feu doux. Filtrez, remettez sur le feu et incorporez une cuillère de gelée de groseille : c'est ce geste qui transforme une sauce poivrade en véritable sauce grand veneur, équilibrée et brillante. Quelques airelles en garniture renforceront l'accord avec le veneur.
Un tel plat mérite un dressage soigné et un vin à sa hauteur. Le moment du service est aussi celui où l'on choisit la garniture qui accompagnera ce gibier automnal.
Tranchez le dos de chevreuil en médaillons réguliers, disposez-les en éventail sur des assiettes chaudes, puis napper légèrement de sauce grand veneur en présentant le reste en saucière. Répartissez les cèpes poêlés autour de la viande et ajoutez une touche d'airelles pour la couleur et le contraste aigre-doux. Une assiette généreuse mais nette mettra en valeur la finesse du filet de chevreuil.
Pour accompagner ce plat, rien ne vaut les saveurs d'automne : une purée de céleri soyeuse, des châtaignes glacées au beurre, ou encore une poêlée de champignons sauvages. Ces garnitures réconfortantes prolongent la note boisée des cèpes et apportent ce qu'il faut de douceur pour équilibrer le caractère du chevreuil. Un trait de gelée de groseille sur le bord de l'assiette rappellera l'âme aigre-douce de la sauce grand veneur.
Sur un gibier aussi expressif, il faut un rouge de caractère mais sans rusticité, capable de répondre à la sauce grand veneur comme aux cèpes. Le La Gayolle Syagria Rouge, un AOC Coteaux Varois en Provence assemblant 80 % de Syrah et 20 % de Grenache, coche toutes les cases. Sa robe rubis profond et lumineuse annonce un vin élégant ; au nez, la violette se mêle aux fruits noirs confits — mûre et cerise — et à de fines notes toastées qui font écho à la cuisson rôtie de la viande. En bouche, l'attaque veloutée déploie un beau volume aux tanins fins, assez présents pour soutenir le gibier mais jamais agressifs face à la chair fine du chevreuil. Ses arômes toastés épousent les cèpes poêlés tandis que son fruit mûr répond à la gelée de groseille de la sauce. Sa fiche le destine d'ailleurs explicitement aux viandes rouges de caractère, au gibier et au dos de chevreuil : c'est un accord de manuel, taillé pour cette dégustation automnale partagée entre convives.
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