Far breton aux pruneaux d'Agen et beurre salé
Matys Hoffman
Matys Hoffman
Le far breton est l'un des desserts emblématiques de la Bretagne, dont le nom vient du latin far (la farine) qui désignait initialement une bouillie de céréales très ancienne, populaire dans toute l'Europe rurale. La forme moderne du far, telle qu'on la connaît aujourd'hui – flan dense aux pruneaux d'Agen, à base de farine, lait, œufs, sucre et beurre demi-sel – s'est cristallisée au dix-neuvième siècle dans les campagnes du Finistère et des Côtes-d'Armor, où il était traditionnellement servi le dimanche après la messe ou les jours de fête. Sa simplicité radicale et son authenticité paysanne en font un dessert profondément réconfortant, qui n'a jamais cédé aux modes.
La maîtrise du far tient à quatre détails techniques précis. La qualité des pruneaux : privilégiez les pruneaux d'Agen mi-cuits, dénoyautés ou non selon la tradition de la maison (les vrais Bretons les laissent avec noyaux, mais prévenez vos convives). Le repos de la pâte : au minimum deux heures, idéalement six, qui permet à la farine de bien s'hydrater et donne une texture plus onctueuse. Le beurre demi-sel breton : c'est lui qui fait la signature gustative, le contraste salé-sucré qui distingue le far breton des autres flans français. Enfin, la cuisson en deux phases : vingt minutes à deux cents degrés pour saisir la surface, puis vingt-cinq minutes à cent soixante pour cuire à cœur. Pour l'accord vin, parcourez notre sélection vins de Loire.
Faites tiédir le thé Earl Grey ou le rhum brun avec le sucre roux. Versez sur les pruneaux dénoyautés dans un saladier. Couvrez et laissez gonfler au minimum une heure, idéalement la nuit entière. Les pruneaux vont absorber le liquide, gonfler, et libérer leurs sucs caramélisés qui parfumeront le far en cours de cuisson. Égouttez avant utilisation, gardez le sirop pour glacer le far en finition.
Dans un grand cul-de-poule, fouettez les œufs entiers et les jaunes avec le sucre semoule, le sucre vanillé (ou la pulpe de vanille), le sel et le zeste de citron râpé. Travaillez deux minutes au fouet jusqu'au blanchiment léger, sans excès – vous voulez dissoudre le sucre, pas monter une mousse.
Ajoutez la farine tamisée. Mélangez doucement au fouet sans excès, jusqu'à obtenir une pâte lisse et homogène, sans grumeau. Versez ensuite le lait, la crème liquide, le beurre demi-sel fondu et le rhum. Mélangez à nouveau pour obtenir une pâte fluide, à peine plus épaisse qu'une pâte à crêpes.
Passez la pâte au chinois fin pour retenir les éventuels grumeaux et obtenir une texture parfaitement lisse. Couvrez d'un film alimentaire au contact et laissez reposer la pâte au minimum deux heures au réfrigérateur, idéalement six à douze heures. Ce repos est crucial : la farine s'hydrate, le gluten se détend, la texture du far gagne en onctuosité au cuisson.
Préchauffez votre four à deux cents degrés en chaleur statique (sole-voûte). Beurrez généreusement votre moule à far ou plat à gratin rectangulaire (de trente sur vingt centimètres environ). Saupoudrez de sucre semoule, tapotez pour répartir uniformément : cette pellicule sucrée caramélisera à la cuisson et facilitera le démoulage.
Disposez les pruneaux égouttés au fond du moule, en couche uniforme. Versez délicatement la pâte par-dessus. Les pruneaux remontent légèrement à la surface – c'est normal, c'est l'aspect typique du far breton.
Phase 1 – cuisez vingt minutes à deux cents degrés. Le far gonfle, le dessus commence à dorer. Cette première phase saisit la surface.
Phase 2 – baissez le four à cent soixante degrés et continuez la cuisson vingt-cinq à trente minutes. Le far doit être dégonflé légèrement, doré profondément, avec une lame de couteau qui ressort presque sèche au centre. La cuisson totale tourne autour de cinquante minutes.
Sortez le far du four et laissez-le tiédir au moins trente minutes sur une grille avant de servir. Le far breton se déguste idéalement tiède ou froid, jamais brûlant : à température modérée, sa texture s'exprime à plein, son contraste salé-sucré est à son apogée.
Saupoudrez de sucre glace au moment du service. Coupez en parts généreuses au couteau bien affûté. Servez tel quel, ou accompagné d'une boule de glace à la vanille pour les grandes occasions, ou d'une cuillère de crème fouettée à peine sucrée.
Sur ce far breton aux pruneaux et beurre salé, le Domaine Patrick Baudouin Les Zersilles 2018 propose un accord magistral. Cette cuvée Coteaux du Layon en chenin biologique livre une palette aromatique précise : coing rôti, abricot sec, miel d'acacia, fleurs blanches, salinité minérale, soutenue par une acidité saline qui empêche toute lourdeur. Sur les pruneaux et le beurre salé, l'accord touche au sublime : la sucrosité du chenin liquoreux répond au sucre du far, l'acidité tranche dans le gras du beurre, les notes de fruits secs dialoguent avec les pruneaux. Servez-le à onze degrés, dans un verre tulipe pour concentrer les arômes. Le Domaine Patrick Baudouin est l'une des références biologiques de la Loire centrale, dont les liquoreux ligériens sont parmi les plus précis. Pour explorer plus largement, parcourez notre sélection vins de Loire et nos recettes et accords mets-vins.
Le far breton, par sa texture dense aux pruneaux et son beurre salé, demande des vins qui partagent ses tonalités fruitées et salines. Les chenins liquoreux ligériens (Coteaux du Layon, Bonnezeaux, Quarts-de-Chaume) sont des compagnons d'exception par leur acidité saline et leurs notes de fruits secs. Les cidres bretons doux (par tradition régionale et culturelle) sont les compagnons absolus. Plus largement, les vins doux naturels du Roussillon (Maury, Banyuls, Rivesaltes ambré) tiennent l'accord par leurs notes ambrées qui résonnent avec les pruneaux. Évitez les sauternes trop botrytisés qui écraseraient la délicatesse, et les muscats trop floraux qui brouilleraient le beurre salé. Servez le liquoreux à dix degrés.
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