Feijoada traditionnelle aux haricots noirs et viandes fumées
Matys Hoffman
Feijoada traditionnelle aux haricots noirs et viandes fumées
La feijoada traditionnelle est l'une des recettes les plus emblématiques de l'Amérique latine, présente dans toute l'aire culturelle ibéro-américaine sous des variantes différentes selon les pays : feijoada à brasileira (Brésil, haricots noirs), feijoada à transmontana (Portugal, haricots blancs), feijoada angolana (Angola, lard et linguiça). Le principe universel reste le même : haricots secs trempés et longuement mijotés avec un assortiment de viandes fumées et fraîches de porc, le tout parfumé d'aromates locaux et servi avec riz, légumes verts et accompagnements régionaux. C'est l'archétype du plat unique nourrissant des dimanches en famille, qui se prépare la veille pour ne profiter du repas que le lendemain.
Notre version retient le caractère traditionnel des cuisines populaires : trempage long des haricots, sélection de viandes fumées artisanales (jarret, palette, lardons, saucisses fumées), mijotage de trois à quatre heures à feu doux, signature aromatique au laurier, oranges et cumin. La feijoada gagne à être préparée la veille pour le lendemain : la longue stabilisation au frais permet aux saveurs de se fondre et à la sauce de gélifier légèrement, donnant une texture plus aboutie. Pour l'accord vin, parcourez notre sélection vins du Jura.
Ingrédients pour 8 personnes
Les haricots noirs (la veille)
- 500 g de haricots noirs secs
- 2 litres d'eau froide pour le trempage
Les viandes (sélection traditionnelle)
- 500 g d'épaule de porc en gros cubes
- 1 jarret de porc fumé (700 g environ)
- 200 g de palette de porc fumée
- 200 g de lard fumé en gros cubes
- 2 grosses saucisses fumées de qualité (Morteau, Montbéliard, chorizo de Bilbao)
- 200 g de paleta (collier de porc)
Les aromates
- 3 oignons jaunes ciselés
- 10 gousses d'ail hachées
- 3 oranges non traitées (zeste de 2, jus de toutes)
- 4 feuilles de laurier
- 1 cuillère à soupe de cumin moulu
- 1 cuillère à soupe de paprika fumé
- 1 piment frais coupé en deux (facultatif)
- 5 cuillères à soupe d'huile d'olive
- 3 cuillères à soupe de vinaigre balsamique
- Sel fin, poivre noir du moulin
Pour servir
- 500 g de riz blanc cuit
- 1 grand chou kale émincé pour la couve à mineira
- 200 g de farofa (farine de manioc) torréfiée au beurre
- 2 oranges en quartiers
- 2 citrons verts en quartiers
- Coriandre et persil ciselés
Préparation
Tremper les haricots (la veille)
Versez les haricots secs dans une grande bassine, recouvrez généreusement d'eau froide. Laissez tremper au minimum douze heures, idéalement vingt-quatre. Égouttez et rincez avant utilisation.
Démarrer la cuisson
Dans une grande cocotte en fonte ou marmite à fond épais, faites chauffer trois cuillères d'huile à feu moyen-vif. Saisissez toutes les viandes sur toutes les faces en deux ou trois fournées si nécessaire, environ cinq minutes par fournée pour les colorer en surface. Cette saisie initiale apporte la profondeur de saveur indispensable. Réservez.
Bâtir la base aromatique
Dans la cocotte, faites suer les oignons ciselés quinze minutes à feu moyen jusqu'à belle coloration dorée. Ajoutez l'ail, le cumin, le paprika fumé et le piment. Faites revenir trois minutes pour développer les arômes des épices.
Replongez toutes les viandes saisies dans la cocotte. Ajoutez les haricots noirs trempés et égouttés, les feuilles de laurier, le zeste d'orange, le jus d'orange et le vinaigre balsamique. Couvrez d'eau froide à hauteur (environ 2 litres). Salez modérément.
Mijoter trois à quatre heures
Portez à frémissement à feu vif, écumez la mousse qui remonte. Baissez à feu très doux. Couvrez à demi (laissez un échappement à la vapeur) et faites mijoter trois à quatre heures, en remuant doucement toutes les trente minutes. Surveillez le niveau de liquide : ajoutez de l'eau chaude si nécessaire pour que les haricots restent immergés.
Au bout de deux heures, sortez les saucisses et les morceaux les plus tendres pour qu'ils ne se défassent pas trop. La feijoada est prête quand les haricots sont fondants, légèrement écrasés à la cuillère, et que les viandes sont parfaitement tendres. Goûtez et rectifiez sel, poivre, vinaigre.
Repos d'une nuit (idéalement)
La feijoada est incomparablement meilleure réchauffée le lendemain. Si vous avez le temps, laissez refroidir, réfrigérez la nuit, et réchauffez doucement le lendemain. Pendant le repos, les saveurs se fondent, les haricots absorbent encore les sucs, la sauce se gélifie. À défaut, laissez reposer une heure couvert avant de servir.
Préparer la couve à mineira
Avant le service, émincez le chou kale très finement après avoir retiré les côtes centrales. Faites chauffer trois cuillères d'huile dans une grande poêle, ajoutez 4 gousses d'ail hachées et faites revenir trente secondes. Ajoutez le chou et faites sauter trois minutes à feu vif : il doit garder son croquant et sa couleur vive. Salez. Réservez au chaud.
Préparer la farofa
Faites fondre 50 g de beurre dans une poêle. Ajoutez la farine de manioc et faites torréfier dix minutes à feu moyen en remuant constamment, jusqu'à coloration dorée et arôme grillé. Vous pouvez ajouter des œufs durs hachés ou du lard fumé pour enrichir.
Servir à table
Coupez les grosses pièces de viande en tranches ou cubes généreux. Servez la feijoada en grandes assiettes creuses ou bols : une grosse louche de haricots et un assortiment de viandes par convive. Servez le riz blanc, la couve à mineira, la farofa, les quartiers d'orange, les citrons verts et les herbes ciselées dans des plats à part. Chacun se compose son repas. Les quartiers d'orange et le citron vert sont essentiels : leur acidité fraîche tranche dans la richesse du plat.
Accord mets et vin
Sur cette feijoada traditionnelle, le Camille Loye · Cuvée Saint-Paul · 1989 propose un accord d'exception. Ce vieux Trousseau d'Arbois rouge de plus de trente-cinq ans d'âge déploie une palette tertiaire d'une rare profondeur : sous-bois, champignon séché, cuir, pruneau, tabac blond, sur une bouche soyeuse aux tanins entièrement fondus et une fraîcheur préservée admirable. Cette palette mature dialogue magnifiquement avec les viandes fumées et la profondeur terreuse des haricots noirs de la feijoada. La robe tuilée aux reflets acajou témoigne de la maturité exceptionnelle de ce vin de collection. Servez-le à quinze à seize degrés dans un verre ballon, sans aération brutale (le vin est fragile à cet âge). Le Domaine Camille Loye est l'une des références mythiques du Jura pour ces vieux Trousseau évolués. Pour explorer plus largement, parcourez notre sélection vins du Jura et nos recettes et accords mets-vins.
Conseils du chef et variations
- Variante portugaise (feijoada à transmontana) : haricots blancs cannellini, chouriço, alheira, présunto, costelas. Plus rustique.
- Variante africaine (Angola) : ajoutez 200 g de palme et de l'huile rouge de palme. Plus solaire.
- Variante végétarienne : champignons fumés, tofu fumé, fumée liquide, plus de paprika fumé. Très réussi.
- Pour le congélateur : la feijoada se congèle parfaitement, jusqu'à trois mois.
- Pour 16 personnes : doublez les ingrédients, cuisez dans une grande cocotte ou deux en parallèle.
- Plus rapide : en cocotte-minute, 1 h 15 sous pression. Moins développée mais correcte.
Le mot du sommelier
La feijoada traditionnelle, par sa profondeur d'haricots noirs et viandes fumées, demande des rouges puissants et matures capables de tenir la richesse rustique du plat. Les vieux Trousseau d'Arbois ou les Pinot Noir bourguignons matures (Vosne-Romanée, Pommard avec dix-quinze ans de garde) offrent leur palette tertiaire — sous-bois, cuir, champignon — qui dialogue par résonance avec les viandes fumées. Les Bordeaux matures et vins du Sud-Ouest (Madiran évolués, Cahors anciens) sont des compagnons traditionnels par leur structure. Plus régional, les Malbec d'Argentine et Carmenere chiliens sont les compagnons culturels naturels. Évitez les vins jeunes ou trop boisés qui écraseraient la complexité du plat. Carafez avec précaution pour les très vieux millésimes.