Homard bleu de Bretagne en fricassée crémeuse
Matys Hoffman
Matys Hoffman
Le homard bleu de Bretagne (Homarus gammarus) est le crustacé d'exception par excellence de la côte atlantique française. Sa carapace bleu-foncé caractéristique (devenue rouge à la cuisson par effet de la chaleur sur les pigments astaxanthine), sa chair ferme, sucrée et iodée, son parfum incomparable font de lui le roi des fruits de mer pour les grands moments. C'est un produit rare et coûteux (60-80 EUR le kg vivant), pêché à la nasse au large des côtes bretonnes (Roscoff, Loctudy, Audierne, Saint-Vaast-la-Hougue), principalement entre avril et octobre.
Cette version en fricassée crémeuse est l'une des préparations les plus emblématiques de la cuisine bretonne et normande. Le homard est cuit vivant dans un court-bouillon parfumé, puis décortiqué et sa chair remise dans une sauce crémée au cognac, vin blanc et corail de homard (la fameuse "sauce homardine" classique). C'est un plat de réception, qui se prépare en 45 minutes et qui demande de la maîtrise technique (la cuisson du homard vivant, le décorticage en gardant la chair entière, la sauce velouté liée au beurre froid). Servi avec un riz pilaf au safran ou un velouté de fenouil, accompagné d'un grand chenin sec de Loire ou d'un Hermitage blanc, c'est un sommet de la gastronomie française.
Dans une très grande casserole, versez 3 L d'eau. Ajoutez l'oignon piqué, la carotte, le céleri, le bouquet garni, les grains de poivre, le vin blanc, et le gros sel. Portez à frémissement et laissez infuser 10 minutes pour développer les arômes.
Plongez les homards vivants tête la première dans le court-bouillon frémissant (technique la plus rapide, qui les "endort" instantanément avec la chaleur). Couvrez et faites cuire 10 minutes pour des homards de 500 g, 12 minutes pour 700 g, 15 minutes pour 1 kg. Pas plus, sinon la chair durcit. Sortez les homards et laissez tiédir 5 minutes (manipulation plus facile).
Séparez la queue du coffre. Retirez la carapace de la queue en la fendant sur le dos (avec des ciseaux de cuisine). Sortez la chair de la queue entière. Cassez les pinces avec un casse-noix ou le dos d'un grand couteau, extrayez la chair des pinces et des articulations. Coupez la chair en gros morceaux. Récupérez le corail (vert-foncé chez la femelle, à l'intérieur du coffre) — c'est l'or de cette recette, à utiliser dans la sauce. Conservez les carapaces et têtes pour faire un fond de homard concentré (ou pour une bisque ultérieure). Réservez la chair au chaud sous aluminium.
Dans une grande sauteuse, faites fondre 30 g de beurre. Ajoutez les échalotes ciselées et faites suer 4 minutes sans coloration. Ajoutez l'ail haché 1 minute. Flambez au cognac (versez le cognac dans la sauteuse chaude, allumez immédiatement avec une allumette, laissez les flammes s'éteindre d'elles-mêmes — la flamme évapore l'alcool et concentre les arômes). Ajoutez le vin blanc et le concentré de tomates, le safran, le piment d'Espelette. Laissez réduire de moitié à feu vif 5-6 minutes.
Ajoutez la crème fraîche dans la sauce réduite. Faites cuire à frémissement 4-5 minutes pour réduire à consistance nappante. Ajoutez le corail de homard haché ou écrasé à la fourchette : il va donner sa couleur orangée caractéristique et son parfum à la sauce. Salez modérément, poivrez, ajoutez l'estragon et le cerfeuil hachés.
Dans un bol, fouettez les jaunes d'œufs. Versez une louche de sauce chaude sur les jaunes en fouettant (tempérage), puis reversez le mélange dans la sauteuse à feu très doux en remuant constamment. Ne jamais faire bouillir. Hors du feu, ajoutez la chair de homard cuite en gros morceaux, montez la sauce avec les 50 g de beurre froid en cubes en fouettant pour obtenir un velouté brillant. Ajoutez un trait de jus de citron pour la fraîcheur.
Dans des assiettes creuses chaudes, déposez une généreuse portion de homard en fricassée. Saupoudrez d'estragon frais et de fleur de sel. Servez immédiatement avec un riz pilaf au safran (riz basmati cuit dans un fond blanc avec pistils de safran et beurre), ou un velouté de fenouil en accompagnement. Un grand chenin sec de Loire ou un Hermitage blanc complèteront ce sommet de cuisine française.
Le homard bleu de Bretagne (Homarus gammarus, aussi appelé homard européen) se distingue de son cousin homard américain (Homarus americanus, dit aussi "canadien") par plusieurs caractéristiques. Premièrement : la couleur de la carapace — bleu-violet foncé pour le breton, brun-rouge tirant sur le vert pour l'américain. Deuxièmement : la taille des pinces — plus petites et plus fines chez le breton, plus grosses et plus charnues chez l'américain (qui en compense le goût moins prononcé). Troisièmement : la saveur — la chair du homard breton est plus fine, plus sucrée, plus iodée et plus parfumée que celle du homard américain (qui a un goût plus neutre). Quatrièmement : le prix — 60-80 EUR le kg pour le breton vs 30-40 EUR pour l'américain.
La saison du homard breton court d'avril à octobre, avec un pic en été (juillet-août, après la mue de printemps qui laisse la chair se reconstituer). Hors saison, on trouve surtout du homard américain (souvent vendu sous l'appellation trompeuse "homard canadien") ou du homard breton congelé. Pour une recette d'exception, choisissez impérativement du homard breton vivant, conservé en vivier chez votre poissonnier ou directement en criée bretonne. Un homard vivant doit avoir une queue qui se replie vivement sous le ventre quand on le manipule (réflexe musculaire), des antennes qui bougent, et une carapace luisante. Évitez les homards mous ou inertes (déjà morts, perte de fraîcheur).
Le homard bleu de Bretagne en fricassée crémeuse appelle un grand blanc structuré et bien minéral, capable de répondre à la richesse de la sauce. Le Delas Hermitage Domaine des Tourettes · 2021 est un compagnon d'exception : ce Hermitage blanc en marsanne-roussanne du Rhône Nord offre la puissance aromatique et la structure glycérinée qui répondent à la fricassée crémeuse, ses notes de fruits jaunes, fleurs blanches et amande grillée dialoguent intimement avec le corail de homard et l'estragon, et son équilibre tient la longueur en bouche. Découvrez aussi nos autres vins Côtes du Rhône de notre cave.
Le homard bleu de Bretagne en fricassée crémeuse appelle des grands blancs structurés et bien minéraux. Les Hermitage blancs en marsanne-roussanne sont des compagnons d'exception par leur puissance aromatique. Les chardonnays bourguignons grands crus (Meursault Premier Cru, Chassagne-Montrachet, Corton-Charlemagne, Puligny-Montrachet) tiennent l'accord par leur amplitude. Les chenins de Loire en sec de grande origine (Savennières, Vouvray sec d'exception) offrent une voie minérale précise. Les champagnes millésimés blancs de blancs apportent une dimension festive. Évitez les rouges (peu adaptés au homard crémeux). Servez les blancs à treize degrés.
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