Olla podrida espagnole aux haricots et chorizo
Matys Hoffman
Olla podrida espagnole aux haricots et chorizo
L'olla podrida est l'un des plats les plus emblématiques de la cuisine espagnole, particulièrement de la Castille et de la Vieille-Castille, où elle représente depuis des siècles le sommet de la cuisine paysanne devenue gastronomie nationale. Son nom, qui signifie littéralement « marmite pourrie » (au sens de « pleine, mûre », non au sens péjoratif moderne), évoque la richesse incroyable de ce ragoût qui réunit dans une même cocotte une multitude de viandes, de charcuteries, de légumes et de légumineuses. C'est le plat de fête par excellence, celui qui se prépare en grandes quantités pour les fêtes familiales et qui mijote tranquillement pendant des heures en remplissant la maison d'odeurs réconfortantes.
L'origine de l'olla podrida remonte au Moyen Âge, époque où les Espagnols préparaient des ragoûts généreux pour célébrer la fin du jeûne ou les grandes occasions religieuses. La recette a évolué au fil des siècles en intégrant les apports culturels successifs : les Maures ont apporté les épices, les Juifs séfarades les techniques de cuisson lente, et la Conquête du Nouveau Monde a introduit les haricots rouges et noirs qui constituent aujourd'hui le cœur du plat. Cette recette s'inspire des versions traditionnelles de la région de Burgos, particulièrement réputée pour son olla podrida aux haricots rouges (les fameux caparrones), au chorizo, à la pancetta et à la morcilla (boudin noir espagnol). C'est un plat qui demande du temps mais peu de technique, idéal pour un dimanche d'hiver autour d'une grande tablée.
Ingrédients
Pour les viandes et charcuteries (huit personnes)
- 500 g de jarret de bœuf désossé
- 500 g d'épaule de porc
- 300 g de poitrine de porc fraîche
- 200 g de pancetta espagnole en gros morceaux
- 4 chorizos espagnols moyens (de qualité, idéalement de Salamanque)
- 2 morcillas de Burgos (boudin noir espagnol au riz)
- 200 g de jambon serrano en gros dés
- 1 os à moelle
Pour les légumineuses et légumes
- 500 g de haricots rouges Caparrones secs (trempés la veille)
- 500 g de pois chiches secs (trempés la veille)
- 4 grosses carottes en rondelles épaisses
- 4 poireaux en tronçons
- 2 oignons jaunes piqués de 3 clous de girofle
- 1 tête d'ail entière, sommet coupé
- 4 pommes de terre Charlotte épluchées
- 1 petit chou pommé en quartiers
Pour le bouquet aromatique
- 1 feuille de laurier
- 4 brins de thym frais
- 1 cuillère à soupe de paprika doux fumé
- 1 cuillère à café de safran
- 2 cuillères à soupe d'huile d'olive vierge extra
- Sel, poivre du moulin
Pour la sauce d'accompagnement (sofrito)
- 2 oignons jaunes finement ciselés
- 3 tomates pelées concassées
- 4 gousses d'ail écrasées
- 1 cuillère à soupe de pimenton fumé
- 4 cuillères à soupe d'huile d'olive
- 1 pincée de piment d'Espelette
Préparation
Étape 1 - Le trempage et la pré-cuisson (la veille plus une heure)
La veille au soir, plongez les haricots rouges et les pois chiches dans deux grands saladiers séparés remplis d'eau froide. Laissez tremper toute la nuit (au moins douze heures). Le matin, égouttez les légumineuses et rincez-les abondamment à l'eau claire.
Dans une grande marmite (au moins douze litres), placez les haricots rouges et les pois chiches égouttés. Couvrez largement d'eau froide et portez à frémissement très doucement. Écumez régulièrement la mousse qui se forme en surface. Laissez cuire trente minutes, puis égouttez en gardant l'eau de cuisson aromatisée.
Étape 2 - La cuisson des viandes (deux heures)
Dans la même grande marmite, déposez les haricots et pois chiches précuits, le jarret de bœuf, l'épaule de porc, la poitrine de porc et la pancetta. Couvrez d'eau froide à hauteur, ajoutez l'os à moelle, les oignons piqués de clous de girofle, la tête d'ail, le thym, le laurier, le paprika fumé et le safran. Portez à frémissement très doux, sans jamais bouillir vivement.
Laissez mijoter pendant une heure et demie à feu très doux, en écumant régulièrement les impuretés qui remontent à la surface. C'est cette cuisson lente qui va donner au bouillon sa profondeur aromatique et permettre aux viandes de devenir fondantes.
Étape 3 - Ajouter les légumes (trente minutes)
Ajoutez les carottes, les poireaux, le jambon serrano en dés, les pommes de terre et le chou. Poursuivez la cuisson trente minutes en frémissement très doux. Pendant ce temps, dans une petite poêle, faites colorer rapidement les chorizos et la morcilla sur toutes leurs faces pour libérer leurs arômes (cinq minutes seulement, ne pas trop cuire). Ajoutez-les en fin de cuisson dans la marmite avec leur gras de cuisson, pour les quinze dernières minutes.
Étape 4 - Préparer le sofrito (quinze minutes)
Dans une grande poêle, faites chauffer l'huile d'olive sur feu moyen. Ajoutez les oignons ciselés et faites-les fondre dix minutes jusqu'à ce qu'ils deviennent dorés. Incorporez l'ail écrasé, faites revenir une minute. Ajoutez le pimenton fumé hors du feu (pour éviter qu'il brûle), puis les tomates pelées concassées et le piment d'Espelette. Faites mijoter cinq minutes pour obtenir une sauce concentrée. Salez, poivrez. Réservez tiède.
Étape 5 - Le dégraissage et la rectification
Quand toutes les viandes sont tendres et que les pommes de terre sont cuites, retirez avec une écumoire l'excédent de gras qui s'est accumulé à la surface (vous pouvez le conserver pour faire revenir des pommes de terre les jours suivants). Goûtez et rectifiez l'assaisonnement : l'olla podrida doit être bien salée mais pas excessivement, et les saveurs doivent être complexes et profondes.
Étape 6 - Le service en trois plats traditionnels
L'olla podrida se sert traditionnellement en trois temps. Premier plat : la sopa, un consommé clair avec quelques cuillerées de pois chiches et de légumes, versé dans des assiettes creuses. Deuxième plat : le compango, c'est-à-dire les viandes et charcuteries coupées en gros morceaux, présentées sur un grand plat avec quelques légumes. Troisième plat : les légumineuses (haricots et pois chiches), servies avec une généreuse cuillère de sofrito et arrosées d'un peu d'huile d'olive crue.
Accord mets et vin
Sur une olla podrida généreuse en viandes et charcuteries, on cherche un rouge structuré, mûr, doté d'une fraîcheur préservée pour tenir face à la richesse du plat. Notre choix se porte sur le Domaine de Verquières · Canopée · 2018, un Côtes du Rhône Villages d'exception qui exprime tout le caractère du terroir méditerranéen. L'assemblage Grenache-Mourvèdre donne ici un vin riche et complexe, marqué par des notes de fruits noirs, de garrigue, de poivre et d'épices douces, soutenues par une trame tannique enveloppante.
Le Domaine de Verquière, situé à Sablet dans le Vaucluse, est l'une des belles propriétés de la rive gauche du Rhône. Sur cette olla podrida, l'accord fonctionne grâce à la rondeur du Grenache qui épouse la générosité du plat, à la structure du Mourvèdre qui tient face aux viandes braisées, et à la rondeur du Grenache qui apporte la générosité. Servez à seize ou dix-sept degrés, après une heure de carafe. Pour explorer d'autres profils, parcourez les Vins de Vallée du Rhône ou consultez nos recettes et accords mets-vins.
Conseils du chef et variations
- Le trempage des légumineuses est essentiel : ne sautez jamais cette étape. Les Caparrones de Burgos sont les meilleurs haricots pour ce plat ; à défaut, utilisez des haricots rouges d'origine espagnole de qualité.
- Cette recette se bonifie réchauffée le lendemain ou le surlendemain : les saveurs se développent davantage. Conservez au réfrigérateur dans la marmite.
- Pour une version moderne plus légère, utilisez moins de viandes (gardez juste un chorizo et la morcilla) et augmentez les légumes verts.
- Le pimenton fumé est essentiel à l'identité espagnole du plat : choisissez un pimenton de la Vera AOP de qualité.
- Servez avec un pain rustique castillan et un peu d'huile d'olive vierge extra pour saucer le bouillon en fin de repas.
- Cette recette peut se simplifier : une version épurée avec uniquement bœuf, chorizo et haricots rouges fera déjà un excellent plat familial.
Le mot du sommelier
Les vins du Rhône méridional sont parmi les plus polyvalents qu'on puisse trouver sur des plats méditerranéens et latins. Le mariage entre les cépages typiques (Grenache, Syrah, Mourvèdre) et les cuisines de l'arc méditerranéen est presque évident : même terroir solaire, mêmes notes aromatiques, même générosité de bouche. Le Domaine de Verquière, sans être le nom le plus connu de l'appellation Côtes du Rhône Villages Sablet, produit des vins d'une régularité de qualité remarquable, à des prix qui restent très accessibles pour des Côtes du Rhône de cette tenue. Sur une olla podrida généreuse, l'accord trouve son équilibre parce que le vin a suffisamment de matière pour soutenir la richesse du plat sans pour autant le dominer. Pour les amateurs souhaitant explorer d'autres profils, sachez que les Espagnols accompagnent traditionnellement leur olla podrida d'un Rioja Reserva ou d'un Ribera del Duero structuré, qui fonctionnent évidemment merveilleusement. À l'inverse, un vin plus simple comme un Côtes du Rhône village générique fera également l'affaire sur ce type de plat de tradition.