Râble de lapin à la moutarde à l'ancienne
Matys Hoffman
Matys Hoffman
Le râble de lapin désigne la partie dorsale de l'animal, entre les épaules et les cuisses. C'est le morceau le plus charnu, le plus tendre — idéal pour une cuisson au four ou en cocotte. Là où les cuisses de lapin demandent un mijoté long pour s'attendrir, le râble cuit plus vite et reste moelleux à cœur, à condition de ne pas dépasser la bonne température. C'est cette texture fine qui en fait un mets apprécié depuis la cuisine de grand-mère jusqu'aux tables de bistrot.
Le râble supporte très bien les sauces à base de moutarde, de crème fraîche ou de vin blanc sec, et se prête aussi bien à une recette de lapin au four qu'à une version mijotée en sauteuse. Côté économie de marché, il reste une viande abordable que l'on trouve facilement chez le boucher ou en grande surface.
Dans cette recette, la moutarde à l'ancienne joue le rôle principal. Contrairement à la moutarde forte lisse, elle conserve ses grains entiers qui fondent doucement en cuisson et libèrent une saveur plus ronde, légèrement piquante sans agresser le palais. Deux cuillères à soupe généreuses suffisent pour parfumer la sauce et enrober chaque morceau de viande d'une belle croûte dorée avant d'enfourner.
La liaison finale avec la crème fraîche épaisse donne à la sauce une onctuosité remarquable. On peut aussi intégrer un filet de vin blanc sec en fin de cuisson pour déglacer les sucs et apporter une légère acidité qui équilibre le gras de la crème. L'assaisonnement — sel, poivre, thym, feuille de laurier — complète cet accord de saveurs du terroir.
La qualité de la viande conditionne le résultat. Un lapin fermier, élevé en plein air, présente une chair plus ferme et plus goûteuse qu'un lapin industriel. Son goût légèrement plus prononcé tient mieux à la cuisson et résiste bien aux aromates forts comme l'estragon, le romarin ou la moutarde. Si vous achetez un lapin entier, demandez à votre boucher de séparer le râble des cuisses et des rognons — ces derniers peuvent être saisis à la poêle séparément.
Les cuisines du Sud-Ouest et de la région lyonnaise ont chacune leur version de la recette de lapin à la moutarde. Certains ajoutent du lard fumé ou des lardons pour apporter de la profondeur, d'autres préfèrent la version épurée à l'huile d'olive et au bouquet garni. La version présentée ici est simple, reproductible, et délicieuse.
La crème fraîche épaisse est préférable à la crème liquide : elle tient mieux à la chaleur et épaissit naturellement la sauce sans qu'il soit nécessaire d'ajouter de la farine ou du fond de veau. Si la sauce est trop liquide en fin de cuisson, laissez mijoter à découvert quelques minutes supplémentaires pour la faire réduire.
Certains cuisiniers ajoutent une cuillère à café de moutarde à l'ancienne supplémentaire au moment d'incorporer la crème pour intensifier les arômes. D'autres glissent quelques champignons de Paris ou des grelots dorés dans la cocotte pour enrichir la garniture. La recette est généreuse et se réchauffe très bien le lendemain — les saveurs n'en seront que meilleures.
Le râble de lapin à la moutarde appelle une garniture qui absorbe bien la sauce crémeuse. Les pommes de terre vapeur ou en gratin dauphinois sont les accompagnements classiques. Les tagliatelles fraîches ou la polenta onctueuse conviennent également à merveille. Pour une version plus légère, un lit de haricots verts, d'asperges ou d'épinards sautés à l'huile d'olive contraste agréablement avec la richesse de la sauce.
En terrine de terroir, certains servent ce plat avec une purée de céleri ou de pommes de terre au beurre, une garniture champêtre qui prolonge l'esprit grand-mère du plat. Les pâtes fraîches restent toutefois l'option la plus populaire pour récupérer chaque goutte de la belle sauce moutarde.
Le lapin à la moutarde est une viande blanche à la sauce crémeuse et légèrement acide : elle demande un vin rouge suffisamment fruité et souple pour ne pas écraser la finesse de la chair, mais avec assez de structure pour tenir face à la moutarde. Le Beaujolais, et plus précisément l'appellation AOC Chénas, répond parfaitement à cette exigence.
Le Chenas Domaine Bergeron Rouge du Domaine Bergeron, issu du cépage Gamay cultivé dans le Beaujolais, affiche un profil fin, fruité et gourmand qui s'accorde naturellement avec les viandes blanches rôties et les recettes mijotées à la moutarde. Ses notes de fruits rouges frais et sa bouche ronde et peu tannique s'harmonisent avec la sauce crème sans la dominer. Ce vin rouge léger et expressif est l'un des accords recommandés par le Domaine pour le lapin à la moutarde — un classique régional qui fonctionne à merveille à table. Servez-le légèrement frais, autour de 14-15 °C, dans un verre à vin rouge de taille moyenne pour laisser le fruit s'exprimer.
Dressez les râbles entiers ou découpés en médaillons sur les assiettes chaudes. Nappez généreusement de sauce moutarde et parsemez de persil haché ou de ciboulette ciselée pour la fraîcheur. Un tour de moulin à poivre et quelques grains de moutarde entiers posés sur la sauce apportent une touche visuelle appétissante.
Ce plat se déguste chaud, accompagné du vin choisi servi en carafe si le millésime est encore jeune. La viande de lapin étant maigre, inutile de dégraisser la sauce — sa richesse est justement ce qui fait de cette recette un vrai régal à partager en famille ou entre amis, de la table du dimanche au dîner d'automne.
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