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  • Ramen japonais au bouillon de porc et œuf mariné Recette Ramen Mobile
  • Ramen japonais au bouillon de porc et œuf mariné

    Matys Hoffman


    Ramen japonais au bouillon de porc et œuf mariné

    Le ramen est cette merveille culinaire japonaise capable de réconforter en hiver, d'épater en été et de provoquer des files d'attente devant les comptoirs minuscules de Tokyo, Sapporo ou Kyoto. Derrière l'apparente simplicité d'un bol de nouilles dans un bouillon se cache pourtant l'un des édifices les plus complexes de la cuisine asiatique : chaque composant (tare, bouillon, nouilles, garnitures, huile aromatique) est travaillé séparément, parfois pendant deux jours, avant d'être assemblé à la minute. Le ramen tonkotsu, à base de porc, demande notamment une cuisson de douze à dix-huit heures pour obtenir ce fameux bouillon laiteux et émulsionné qui caractérise les meilleures versions.

    Cette recette propose une version simplifiée mais respectueuse de l'esprit du plat, accessible en cuisine de maison sans casserole industrielle ni équipement spécifique. Nous prenons six heures de cuisson au lieu de douze, nous achetons les nouilles fraîches chez un épicier japonais ou asiatique (refuser absolument les ramen instantanés ou les nouilles chinoises sèches), et nous préparons des œufs ajitama marinés la veille pour une signature parfaite. Patience et précision, deux mots-clés pour réussir le ramen.

    Quelques mots sur l'histoire : le ramen n'est pas vraiment japonais d'origine. Il descend des nouilles chinoises de Lamian, importées au Japon par les ouvriers et les marins chinois à la fin du XIXe siècle. Pendant les premières décennies, on l'appelait shina soba (« nouilles de Chine »), et il était surtout consommé dans les baraques de port. Après la Seconde Guerre mondiale, la pénurie de riz et l'arrivée massive de blé américain ont propulsé le ramen au rang de plat national japonais. Aujourd'hui, chaque région a son style : tonkotsu blanc du Kyushu, shoyu ambré de Tokyo, miso rouge de Sapporo, shio limpide d'Hakodate. Le tonkotsu que nous préparons ici est sans doute le plus emblématique et le plus addictif.

    Ingrédients pour quatre bols

    Pour le bouillon tonkotsu

    • 1,5 kg d'os à moelle de porc et pieds de porc
    • 500 g de jarret de porc avec os
    • 4 litres d'eau froide
    • 1 tête d'ail entière coupée en deux
    • 1 morceau de gingembre frais de 8 cm
    • 2 poireaux blancs en tronçons
    • 1 oignon piqué de 2 clous de girofle

    Pour la tare (base sapide)

    • 10 cl de sauce soja japonaise (shoyu)
    • 5 cl de mirin
    • 1 cuillère à soupe de saké
    • 1 cuillère à soupe de pâte miso brune
    • 1 cuillère à café de sucre roux

    Pour les œufs ajitama

    • 4 œufs extra-frais, sortis du frigo une heure avant
    • 15 cl de sauce soja
    • 10 cl de mirin
    • 5 cl d'eau

    Pour la garniture et le service

    • 400 g de poitrine de porc roulée et bardée, marinée et cuite (chashu)
    • 500 g de nouilles ramen fraîches
    • 2 cébettes ciselées en biseau
    • 1 feuille de nori coupée en quatre rectangles
    • 200 g de pousses de bambou marinées (menma)
    • 1 cuillère à soupe d'huile pimentée
    • Quelques pousses de coriandre fraîche

    Préparation sur deux jours

    Le bouillon (J-1, six heures)

    Faites blanchir les os et le jarret dans une grande casserole d'eau froide portée à ébullition. Comptez dix minutes : les impuretés vont remonter en mousse grisâtre. Égouttez, rincez soigneusement les os à l'eau froide pour ôter toute trace de mousse. Remettez dans une grande marmite avec les quatre litres d'eau froide, l'ail, le gingembre, les poireaux et l'oignon. Portez à frémissement constant : vous voulez une cuisson tonique mais maîtrisée, autour de quatre-vingt-quinze degrés, jamais une grosse ébullition. C'est l'agitation mécanique de la cuisson longue qui émulsionne les graisses et la moelle des os, donnant cette couleur blanche laiteuse caractéristique. Comptez six heures, en complétant en eau bouillante si nécessaire pour garder le niveau.

    Les œufs ajitama (J-1, marinade 12 heures)

    Plongez les œufs sortis du frigo une heure avant dans une casserole d'eau bouillante salée. Cuisez exactement six minutes et trente secondes pour un jaune fondant juste pris, plongez aussitôt dans un bain d'eau glacée. Écalez délicatement, faites mariner dans le mélange soja-mirin-eau au moins douze heures au réfrigérateur. La marinade pénètre par osmose et donne ce blanc ambré caractéristique des grandes échoppes de Tokyo.

    Le chashu de porc (J-1)

    Roulez et bardez la poitrine de porc avec de la ficelle de cuisine. Saisissez-la sur toutes ses faces dans une poêle bien chaude, puis transférez dans une casserole étroite avec quinze centilitres de soja, dix de mirin, dix de saké et de l'eau jusqu'à mi-hauteur. Mijotez deux heures à couvert, à frémissement très doux. Laissez refroidir dans le liquide pour que la viande absorbe les arômes. Tranchez en rondelles épaisses au moment de servir.

    Tare, nouilles et assemblage (jour J)

    Filtrez le bouillon froid au chinois étamine. Faites chauffer la tare dans une petite casserole pour fondre le miso. Au moment du service, répartissez la tare au fond de chaque bol, ajoutez une louche d'huile pimentée (ou neutre). Faites bouillir une grande casserole d'eau pour les nouilles fraîches : cuisson une minute trente exactement, puis égouttez sans rincer. Versez immédiatement le bouillon brûlant sur la tare dans le bol, ajoutez les nouilles. Disposez harmonieusement deux tranches de chashu, un demi-œuf coupé dans la longueur (le jaune doit être face au mangeur), une cuillère de menma, la cébette ciselée, un rectangle de nori contre le bord du bol et quelques pousses de coriandre. Servez immédiatement, on ne fait pas attendre un ramen.

    Accord mets et vin

    Notre proposition se porte sur le Château Laffitte Carcasset · 2018, un Saint-Estèphe issu des grands terroirs du Médoc. Pourquoi un Bordeaux sur un ramen ? Parce que le ramen tonkotsu, contrairement aux idées reçues, est un plat puissant, gras, riche en collagène et en umami, qui demande un vin de structure capable de tenir tête à cette densité. Le millésime 2018 offre déjà huit ans de garde, une trame tannique assouplie, un fruit noir mature et des notes de cuir et de sous-bois qui dialoguent étonnamment bien avec les saveurs profondes du bouillon. Service à dix-sept degrés, carafe d'une heure recommandée.

    Conseils du chef et variations

    • Le bouillon est la clé : ne sautez pas l'étape du blanchiment des os, c'est ce qui détermine la clarté ou la turbidité du résultat final.
    • Les nouilles fraîches sont impératives. À défaut, prenez des udon fines ou des soba, mais jamais des nouilles instantanées.
    • Préparez chashu et œufs la veille, c'est la garantie d'un service rapide le jour J.
    • Pour une version végétarienne, remplacez le bouillon tonkotsu par un bouillon dashi enrichi en champignons shiitake séchés et utilisez un œuf seul ou du tofu mariné.
    • Si vous trouvez de la pâte tahini ou du sésame blanc grillé, parsemez-en au dernier moment : signature de plusieurs grands ramen-yas tokyoïtes.

    Le mot du sommelier

    Le mariage ramen-Bordeaux peut sembler audacieux, mais le Château Laffitte Carcasset répond parfaitement aux exigences gustatives du plat. Saint-Estèphe est l'appellation la plus tannique et la plus charpentée du Médoc, idéale face à des plats puissants. Le bouillon tonkotsu apporte gras et collagène que les tannins viennent assouplir, tandis que la profondeur boisée du Médoc trouve écho dans les notes umami du miso et du chashu. Pour les amateurs de mariages plus traditionnels, optez plutôt pour un saké junmai daiginjo très frais, une bière japonaise type Asahi, ou un riesling sec d'Alsace qui contrera bien le gras du bouillon par sa minéralité. Le riesling, en particulier dans une version sèche tendue, est probablement l'accord le plus universellement réussi sur le ramen tonkotsu : son acidité tranche le gras, sa palette d'agrumes équilibre l'umami, et sa minéralité prolonge les notes iodées du nori. Si vous voulez vraiment surprendre vos convives, tentez un vin orange du Jura ou de Géorgie : la macération longue donne une matière qui répond admirablement à la complexité du bouillon. Découvrez d'autres alliances surprenantes dans nos recettes et accords mets-vins.

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