Velouté de topinambour à la crème et noisettes torréfiées
Matys Hoffman
Matys Hoffman
Le velouté de topinambour à la crème et noisettes torréfiées est l'une des plus belles entrées hivernales de la cuisine contemporaine française. Le topinambour (Helianthus tuberosus), aussi appelé artichaut de Jérusalem ou poire de terre, est un tubercule originaire d'Amérique du Nord introduit en France au dix-septième siècle, longtemps cantonné aux légumes oubliés et progressivement réhabilité depuis les années deux mille par les chefs étoilés qui ont redécouvert ses qualités gustatives exceptionnelles. Sa saveur unique, à mi-chemin entre l'artichaut et la noisette avec une légère note de fond d'artichaut amère, en fait l'un des légumes les plus expressifs de la cuisine d'hiver française.
Notre version travaille avec des topinambours frais bien fermes (jamais flétris ou mous), longuement épluchés sous un filet d'eau citronnée pour éviter l'oxydation (l'erreur classique est de les laisser noircir à l'air libre), puis cuits doucement dans un bouillon de volaille léger avec une touche de pomme de terre pour la liaison naturelle. Le tour de main demande trois éléments essentiels : l'épluchage minutieux des topinambours sous l'eau citronnée pour préserver leur couleur ivoire caractéristique, la cuisson douce en bouillon parfumé qui développe les arômes signature, et la torréfaction parfaite des noisettes du Piémont qui doivent être dorées sans amertume excessive (les noisettes brûlées ruinent immédiatement le plat). Servi avec une pluie de noisettes concassées et une cuillère de crème montée légèrement vinaigrée, c'est une entrée raffinée et réconfortante particulièrement adaptée aux dîners d'hiver soignés.
Préparez un grand saladier d'eau froide additionnée du jus de citron. Brossez soigneusement les topinambours sous un filet d'eau froide pour éliminer la terre. Épluchez délicatement à l'aide d'un économe en suivant les creux et bosses caractéristiques du tubercule (cette étape est laborieuse mais essentielle). Au fur et à mesure de l'épluchage, plongez les topinambours dans l'eau citronnée pour éviter qu'ils ne noircissent à l'air libre (l'oxydation est très rapide). Une fois tous épluchés, coupez en gros morceaux d'environ deux centimètres et remettez immédiatement dans l'eau citronnée jusqu'au moment de la cuisson.
Préchauffez le four à cent quatre-vingts degrés. Disposez les noisettes entières sur une plaque de cuisson, enfournez pour douze à quinze minutes en remuant à mi-cuisson : les noisettes doivent libérer leurs peaux brunes (qui se craquellent) et développer un parfum noisetté caractéristique. Sortez du four, transférez immédiatement dans un torchon propre, frottez fermement pour éliminer les peaux (qui sont amères et désagréables). Concassez grossièrement au couteau en gardant des morceaux distincts pour le contraste de texture. Réservez.
Dans une grande casserole à fond épais, faites chauffer l'huile d'olive et la moitié du beurre demi-sel à feu doux. Faites suer doucement les échalotes ciselées et le poireau émincé pendant huit minutes sans aucune coloration. Égouttez les morceaux de topinambour et la pomme de terre épluchée et coupée en cubes, ajoutez-les dans la casserole. Mélangez bien avec la base aromatique.
Versez le bouillon de volaille chaud sur les légumes, salez modérément et poivrez. Portez à frémissement et laissez cuire à découvert vingt à vingt-cinq minutes : les topinambours doivent être bien tendres mais pas trop cuits. Ajoutez la muscade râpée en fin de cuisson.
Mixez le velouté au mixeur plongeant ou au blender chaud par fournées jusqu'à obtenir une texture parfaitement lisse et soyeuse, d'une belle couleur ivoire claire caractéristique. Pour une texture encore plus raffinée, passez au chinois étamine fin en pressant à la louche pour éliminer les fibres résiduelles éventuelles. Remettez sur feu doux. Ajoutez la crème fraîche entière, fouettez et laissez frémir une minute pour bien lier. Hors du feu, montez avec le beurre froid en dés en fouettant énergiquement pour la brillance ultime. Goûtez et rectifiez l'assaisonnement.
Pendant que le velouté finit, fouettez la crème fraîche supplémentaire avec le vinaigre de Xérès, une pincée de sel et de poivre jusqu'à obtenir une consistance ferme mais souple (épaissie sans être trop ferme).
Versez le velouté brûlant dans des assiettes creuses préchauffées. Déposez délicatement une cuillère à soupe de crème montée vinaigrée au centre. Parsemez généreusement de noisettes du Piémont concassées et torréfiées, donnez un trait d'huile de noisette en finition autour, ajoutez quelques pluches de cerfeuil et d'aneth frais et du zeste de citron râpé. Servez immédiatement pour profiter pleinement de la chaleur et des arômes noisettés.
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L'accord velouté de topinambour-vins blancs ronds du Rhône est l'un des classiques de la cuisine hivernale française. Le Domaine Berthet-Rayne propose ici une expression accessible. Si vous voulez explorer d'autres pistes, un grand Châteauneuf-du-Pape blanc (Beaucastel, Vieux Télégraphe blanc), un Hermitage blanc ou un Condrieu jeune fonctionneraient admirablement par leur matière généreuse. Pour les amateurs de Bourgogne, un Meursault village type Charmes ou Genevrières, un Saint-Aubin premier cru ou un Chassagne-Montrachet seraient des choix patrimoniaux par leur matière beurrée parfaitement adaptée. Un grand Champagne extra-brut Blanc de Blancs millésimé serait également un partenaire de très haute volée. Pour les amateurs de vins jaunes, un Côtes du Jura savagnin ouillé apporte une dimension noisettée signature qui dialogue directement avec le topinambour et les noisettes torréfiées. Évitez les vins rouges puissants sur ce velouté délicat.
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