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Sainte-Lucie ne compte plus qu'une distillerie en activité, et c'est de sa colonne que sort cette gamme. Admiral Rodney emprunte son nom à un officier de la Royal Navy et décline ses cuvées en noms de vaisseaux, du HMS Princessa aux Officer's Release millésimés. Derrière les étiquettes, une seule adresse : la vallée de Roseau, où la maison travaille la mélasse. Cette page rassemble les embouteillages de la marque et donne les repères pour les comparer, de la durée de fût au bois choisi pour la finition.
La gamme n'a été baptisée ni d'après un lieu ni d'après une famille de planteurs, mais d'après un marin britannique dont le nom reste attaché à une victoire navale remportée à quelques milles de l'île. Ce choix commande tout l'habillage, jusqu'au nom porté par chaque bouteille.
George Brydges Rodney commande la flotte britannique des Antilles lorsqu'il affronte l'escadre française du comte de Grasse, en avril 1782, dans le canal des Saintes, entre la Guadeloupe et la Dominique. La rencontre met un terme au projet français de prendre la Jamaïque et vaut à Rodney une place durable dans l'histoire navale britannique. Sainte-Lucie, alors disputée entre les deux couronnes, servait de mouillage à sa flotte. Deux siècles plus tard, la distillerie de l'île a repris son nom pour sa gamme de rhums vieux, dans une région où les noms de marque renvoient plus souvent à une habitation qu'à un officier de marine.
Les cuvées baptisées HMS portent le nom d'un bâtiment de la flotte de Rodney. Le Formidable est le vaisseau à bord duquel l'amiral portait son pavillon pendant la bataille ; le Princessa avait été pris à la marine espagnole avant d'entrer dans la Royal Navy. Les Officer's Release, eux, sortent de cette logique : leur nom renvoie aux officiers plutôt qu'à un navire, et l'étiquette y ajoute une année de distillation. La lecture d'une bouteille commence donc par là, avant même le degré : nom de navire ou nom de série.
Deux familles sont à l'origine de Saint Lucia Distillers. Les Barnard distillaient à Dennery, sur la côte est de l'île, depuis 1931 ; les Geest tenaient l'autre distillerie de Sainte-Lucie, à Roseau Bay, sur la côte ouest. Les deux maisons fusionnent en 1972 et regroupent l'outil de production sur le site de Roseau, dans la vallée du même nom, où l'entreprise opère depuis. Toutes les bouteilles Admiral Rodney viennent de cette adresse unique, ce qui explique la continuité de la gamme d'une cuvée à l'autre : même eau, même colonne, même chai.
La distillerie dispose de plusieurs appareils, dont des alambics à repasse, mais la gamme Admiral Rodney n'en emploie qu'un. Ce choix de distillation, associé à une matière première unique et à un bois dominant, donne à l'ensemble une base commune que les cuvées déclinent ensuite par la durée d'élevage.
Les rhums Admiral Rodney sont distillés à partir de mélasse, ce résidu sirupeux que laisse la cristallisation du sucre de canne. Cette matière première les range du côté du rhum traditionnel, par opposition au rhum agricole, qui part du jus de canne pressé le jour de la coupe et dont la dénomination reste réservée aux départements français d'outre-mer et à Madère. La mélasse se conserve et se transporte, ce qui permet de distiller hors saison de coupe : c'est l'une des raisons de sa domination dans les îles anglophones des Caraïbes, Sainte-Lucie comprise.
Une colonne Coffey travaille sans interruption : l'alcool monte de plateau en plateau pendant que le moût fermenté descend, et l'appareil sort un distillat plus haut en degré et plus net que celui d'un alambic à repasse. Les composés les plus lourds y sont mieux séparés, ce qui donne une base moins chargée. La gamme entière sort de cet appareil, là où d'autres cuvées de la maison mêlent dans une même bouteille des distillats de colonne et d'alambic à repasse.
L'élevage se fait en fûts ayant contenu du bourbon, c'est-à-dire en chêne blanc américain, neuf pour le whiskey qui les a précédés puis remployé pour le rhum. Le bois a déjà cédé une partie de ses tanins et arrive assagi, mais il garde le profil que la chauffe lui a donné : vanille, noix de coco, épices douces. C'est le contenant le plus répandu dans le rhum de mélasse, et il porte ici l'ensemble des cuvées, y compris celles qui reçoivent ensuite un second bois.
Les assemblages HMS se ressemblent par leur degré et par leur bois, et se séparent par le temps passé sous ce bois. L'une ouvre la gamme, l'autre la prolonge de quelques années de fût.
Le HMS Princessa est un assemblage de rhums vieillis de cinq à neuf ans en fûts ayant contenu du bourbon, ramené à 40 %. La fourchette est annoncée telle quelle, plutôt qu'un âge unique : la réglementation européenne impose qu'un âge affiché soit celui du plus jeune rhum de l'assemblage, et donner les deux bornes revient à montrer aussi le haut du lot. C'est l'entrée de la gamme, celle qui supporte le mieux la glace et le mélange sans perdre son bois.
Le HMS Formidable reprend le principe en décalant la fourchette : les rhums assemblés ont de neuf à douze ans de fût de bourbon, et la bouteille sort elle aussi à 40 %. Le degré identique rend la comparaison lisible, puisqu'il ne reste alors que la durée d'élevage pour expliquer l'écart entre les deux. Aucune des deux cuvées ne porte de millésime : ce sont des assemblages reconduits, pas l'embouteillage d'une année précise.
Quarante degrés correspondent au minimum légal du rhum en Europe, et à une réduction franche du distillat après l'élevage. À ce titrage, le verre reste abordable dès l'ouverture, sans la morsure d'un brut de fût : on peut le servir sec en fin de repas comme le monter en cocktail sans que le bois disparaisse. Entre le Princessa et le Formidable, le choix se joue donc sur le temps de fût plutôt que sur la puissance, ce qui est rare dans une gamme qui grimpe habituellement en degré avec l'âge.
La seconde partie de la gamme change de registre : une année de distillation inscrite sur l'étiquette, un degré relevé et un second fût après le chêne de bourbon. Ces embouteillages sont rangés en hors d'âge et portent une année plutôt qu'un profil reconduit.
Distillé en 2006, cet embouteillage a passé treize ans en fûts de chêne américain ayant contenu du bourbon, puis un temps supplémentaire en fûts de porto avant sa mise en bouteille à 45 %. Le millésime dit l'année de distillation et non la durée d'élevage : les deux informations se lisent séparément, et la durée est ici donnée en clair, ce qui n'est pas toujours le cas sur un rhum millésimé. Le porto est un vin muté, et son fût arrive donc chargé d'un sucre résiduel que le chêne a absorbé.
Le second de la série est distillé en 2009 et suit le même schéma : élevage en fûts ayant contenu du bourbon, puis finition dans des fûts de whiskey irlandais, à 45 % là encore. Sa durée d'élevage n'est pas chiffrée sur l'étiquette, là où le 2006 annonce treize ans, et rien ne permet de la déduire de celle de son aîné. Le fût de whiskey irlandais reste un choix peu courant pour un rhum de Sainte-Lucie, alors qu'il est du même chêne que le fût de bourbon dans la plupart des cas.
Une finition consiste à transvaser un rhum déjà vieilli dans un fût qui a contenu autre chose, pour quelques mois à quelques années. Le premier bois a fait l'essentiel du travail ; le second ajoute une couche par-dessus, sans effacer ce qui précède. Porto d'un côté, whiskey irlandais de l'autre : c'est d'abord là que se séparent les deux Officer's Release. Ni la durée ni le volume des fûts de finition ne sont précisés, ce qui interdit d'affirmer lequel des deux bois a le plus marqué sa bouteille.
De Sainte-Lucie, dans les Petites Antilles. Ils sont distillés et assemblés par Saint Lucia Distillers, installée dans la vallée de Roseau, sur la côte ouest de l'île, à partir de mélasse et sur une colonne Coffey.
Ce sont des noms de vaisseaux de la flotte de l'amiral George Brydges Rodney, vainqueur de la bataille des Saintes en 1782. Le Formidable portait son pavillon pendant la bataille ; le Princessa avait été pris à la marine espagnole avant d'entrer dans la Royal Navy.
Les HMS sont des assemblages sans millésime, réduits à 40 %, dont l'étiquette annonce une fourchette d'âge de cinq à neuf ans ou de neuf à douze ans. Les Officer's Release portent une année de distillation, sortent à 45 % et reçoivent une finition dans un second fût : porto pour le millésime 2006, whiskey irlandais pour le No.2 de 2009.
Sur Trinquay, notre cave en ligne. Cette collection rassemble les embouteillages de la marque, chacun avec sa fourchette d'âge ou son millésime, son degré et le détail de son passage sous bois, de quoi comparer deux étiquettes avant de trancher.