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Antigua ne figure pas parmi les grands noms du rhum caribéen, et son unique maison de distillation reste peu connue en France sous sa raison sociale : on la rencontre plutôt sous le nom de sa marque, English Harbour, emprunté à un port militaire du sud de l'île. Une bouteille de ce rayon est pourtant liée à un épisode précis, un incident technique survenu sur la colonne de distillation dont sont sortis des fûts au profil inhabituel. Cette page réunit ce qui porte le nom de la maison et explique ce que recouvrent les indications de l'étiquette.
Antigua-et-Barbuda est un petit État insulaire des Antilles, indépendant depuis 1981 et longtemps organisé, comme ses voisins, autour de la canne et du sucre. De cette économie il reste peu de choses, mais il en reste une distillerie.
La société est constituée en 1932 par des entrepreneurs locaux, et son outil de production est établi l'année suivante dans le port de Saint John's, la capitale, sur la côte nord-ouest de l'île. Sa création répond à une logique de regroupement : plutôt que de laisser survivre une multitude de petites installations de plantation, les producteurs de l'île choisissent de concentrer la distillation en un seul lieu. C'est ce choix ancien qui explique la configuration actuelle du pays.
La marque sous laquelle sont vendus les rhums de la maison emprunte son nom à English Harbour, un port naturel abrité du sud de l'île. Au XVIIIe siècle, cette rade constituait une base navale de premier ordre dans les Antilles, et elle fut l'un des enjeux de la rivalité maritime entre l'Angleterre et la France. Le lieu n'a rien d'un site de production : c'est une référence historique et géographique, aujourd'hui l'un des points les plus visités d'Antigua. La distillerie, elle, se trouve à l'autre extrémité de l'île.
Antigua Distillery est la seule distillerie commerciale du pays. Tout rhum antiguais que l'on croise en Europe en provient donc, quelle que soit la marque inscrite sur l'étiquette ou l'embouteilleur qui l'a sélectionné. Cette situation de site unique donne à la maison un statut particulier : elle porte à elle seule l'identité rhumière d'une île, là où la Jamaïque ou la Barbade répartissent la leur entre plusieurs producteurs aux styles concurrents.
La production repose sur une chaîne technique dont deux maillons méritent d'être détaillés, parce qu'ils déterminent le caractère du distillat.
La culture de la canne à Antigua a quasiment disparu, victime du démantèlement de l'industrie sucrière insulaire au cours du XXe siècle. La distillerie travaille donc une mélasse importée. Le fait mérite d'être dit sans détour, car il éloigne ces rhums de l'idée d'un terroir agricole : ce qui fait leur identité n'est pas la parcelle d'où vient la canne, mais la conduite de la fermentation, le réglage de la colonne et le climat sous lequel les fûts reposent. C'est le cas de nombreuses maisons caribéennes de mélasse, et cela n'a rien d'un aveu de faiblesse — simplement, le critère de lecture change.
La distillation est menée en colonne de cuivre. Le métal n'est pas choisi pour son apparence : au contact des vapeurs d'alcool, le cuivre fixe les composés soufrés qui donneraient au distillat des odeurs désagréables, et il participe activement à la qualité du résultat. Une colonne largement cuivrée offre donc davantage de surface de réaction qu'un appareil où l'inox domine, et c'est un élément que les amateurs regardent lorsqu'ils comparent deux distilleries travaillant la même matière première.
L'élevage se déroule sur place, sous climat tropical, dans des fûts de chêne américain ayant précédemment contenu du bourbon. Ce type de barrique est le plus répandu dans le rhum, pour une raison réglementaire simple : le bourbon devant vieillir en chêne neuf, les distilleries américaines revendent en continu des fûts n'ayant servi qu'une fois. Le bois a déjà cédé au whiskey ses composés les plus agressifs et apporte au rhum des registres de vanille et d'épices douces sans écraser le distillat.
L'histoire de ces bouteilles tient à un accident de production, et à quelqu'un qui est passé au bon moment.
En juin 2017, Luca Gargano, à la tête de la maison génoise Velier, se rend à la distillerie. La visite s'inscrit dans les célébrations des soixante-dix ans de Velier — précisons-le pour lever toute ambiguïté, il s'agit de l'anniversaire de l'entreprise italienne, en aucun cas de l'âge d'un rhum. Velier s'est fait connaître en repérant, chez des producteurs caribéens, des fûts que les maisons elles-mêmes ne destinaient pas à la vente en l'état.
C'est exactement ce qui s'est produit ici. Une panne survenue sur la colonne avait interrompu la production et laissé les moûts fermenter bien plus longtemps que ne le prévoyait le cycle habituel. Or une fermentation prolongée ne fait pas que transformer davantage de sucre en alcool : elle laisse se développer des composés aromatiques en quantité très supérieure. L'incident, subi et non recherché, a donc produit un distillat qui ne ressemblait pas à la production courante de la maison.
Ces fûts, au nombre de vingt-sept, affichaient un taux de congénères anormalement élevé. Le terme désigne l'ensemble des composés autres que l'alcool et l'eau présents dans un distillat — esters, aldéhydes, acides — ceux-là mêmes qui portent l'essentiel des arômes. Un taux élevé signale un rhum riche et démonstratif, ce que le vocabulaire anglo-saxon nomme un heavy rum, par opposition aux distillats légers recherchés pour le mélange. C'est cette signature qui a retenu l'attention et justifié un embouteillage à part.
Reste à situer précisément la bouteille de ce rayon parmi ce qui est sorti de ce lot, car une confusion circule sur le sujet.
Le millésime 2012 a passé six ans en fût, sous climat tropical. La durée peut sembler courte au regard des chiffres affichés par les rhums de collection, mais elle ne se compare pas à un âge continental : sous ces latitudes, les échanges avec le bois et l'évaporation sont bien plus rapides, et six années y produisent une extraction que le même fût mettrait beaucoup plus longtemps à donner dans un chai européen.
Ce point demande de la précision. Le lot repéré en 2017 a donné deux produits différents. Un fût a été embouteillé seul, à un degré supérieur, et c'est celui-là — et lui seul — qui constitue le premier embouteillage de fût unique jamais sorti sous cette marque. Les autres fûts du lot ont été assemblés et embouteillés à 66 %. La bouteille présentée ici relève de cet assemblage : elle partage l'origine, l'accident de fermentation et le profil du lot, mais ce n'est pas le fût unique. La distinction mérite d'être faite parce que plusieurs fiches de vente les confondent, et parce qu'elle porte sur ce que l'acheteur croit acquérir.
À 66 %, ce rhum se sert pur, à température ambiante, dans un verre resserré vers le haut, et en très petites quantités. L'ajout progressif de quelques gouttes d'eau fait partie des usages : il abaisse la tension alcoolique et libère des arômes que le degré tenait fermés, à condition de procéder par étapes et de goûter entre chaque ajout. Le glaçon est à écarter, la dilution froide effaçant le travail du bois. Une bouteille entamée se conserve debout, bouchon en place, à l'abri de la lumière et de la chaleur.
À Saint John's, la capitale d'Antigua-et-Barbuda, sur la côte nord-ouest de l'île. La société a été constituée en 1932 et son outil de production établi l'année suivante dans le port de la ville. C'est la seule distillerie commerciale du pays.
English Harbour est la marque sous laquelle la distillerie vend ses rhums. Le nom est emprunté à un port naturel du sud de l'île, base navale britannique au XVIIIe siècle et enjeu de la rivalité maritime avec la France. Ce n'est pas un lieu de production : la distillerie se trouve à Saint John's, à l'autre extrémité d'Antigua.
Non. Le lot de vingt-sept fûts repéré en 2017 a donné deux produits distincts : un fût embouteillé seul, à un degré supérieur, qui constitue le premier fût unique jamais sorti sous cette marque, et un assemblage des autres fûts du lot, embouteillé à 66 %. Cette bouteille relève de l'assemblage, non du fût unique, contrairement à ce qu'indiquent certaines fiches de vente.
Les rhums Antigua Distillery sont disponibles sur Trinquay, cave en ligne spécialisée dans le vin, le champagne et les spiritueux. Chaque bouteille y est présentée avec son millésime, son degré, son embouteilleur et les mentions portées par son étiquette.