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Rhums Bielle

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Une collection au nom d'une distillerie ne contient pas toujours des bouteilles embouteillées par elle. C'est le cas ici : les rhums réunis sur cette page sortent bien du domaine Bielle, à Marie-Galante, mais ils ont été choisis fût par fût par un embouteilleur indépendant, dont le nom figure sur l'étiquette à côté de celui du domaine. Cela change la façon de lire le rayon, puisqu'on n'y trouve pas une gamme construite mais une suite de fûts sélectionnés. La page raconte le domaine, sa fabrication, et ce que cette double signature implique.

Les Rhums Bielle ont commencé par une plantation de café

Le domaine existe à Grand-Bourg depuis 1769

Bielle est d'abord un lieu-dit de Grand-Bourg, sur l'île de Marie-Galante, et une plantation de café tenue par la famille dont le domaine porte encore le nom. L'implantation remonte à 1769, bien avant que le rhum n'y soit produit. Marie-Galante, la plus au sud des îles de l'archipel guadeloupéen, est aussi la plus plate et la plus sèche, ce qui l'a orientée très tôt vers la canne. Le rhum y est arrivé après le café et après le sucre, dans cet ordre, et la chronologie du domaine reproduit exactement celle de l'île.

La sucrerie de 1826 précède la distillation de 1910

Maximilien et Nicolas Bielle fondent une sucrerie sur le domaine en 1826. Il faudra attendre 1910 pour que le rhum y soit distillé officiellement, soit près d'un siècle d'écart entre les deux activités. Cet écart n'a rien d'anecdotique : la distillation d'eau-de-vie de canne s'est longtemps pratiquée comme un complément du sucre, à partir des résidus, avant de devenir une production à part entière avec sa propre matière première. Le domaine travaille aujourd'hui le jus de canne frais.

Dominique Thiéry modernise le domaine à partir de 1975

En 1975, Dominique Thiéry reprend la distillerie et engage sa modernisation, portant la production à dix fois son volume antérieur. C'est le moment où le domaine passe de l'échelle d'une petite unité insulaire à celle d'une distillerie qui compte dans l'archipel. La montée en volume n'a pas effacé la diversité des outils : le domaine a conservé plusieurs voies de distillation, ce qui reste rare et explique une partie de la variété que l'on trouve sous ce nom.

Comment Bielle fabrique et élève ses rhums

La colonne créole et l'alambic cohabitent chez Bielle

Selon le rhum recherché, le domaine distille en colonne créole ou en alambic. Les deux appareils ne donnent pas le même distillat : la colonne créole travaille en continu et produit un rhum plus net, plus centré sur la canne, tandis que l'alambic, qui procède par charges, laisse passer davantage de composés lourds et donne un rhum plus dense. Disposer des deux, c'est pouvoir choisir le caractère avant même la fermentation. Les fiches ne précisent pas quel appareil a servi pour quelle bouteille.

Le bourbon et le cognac fournissent l'essentiel des fûts

Le vieillissement se fait principalement dans des fûts ayant contenu du bourbon ou du cognac. Ce sont deux écoles de bois différentes : le chêne américain du bourbon pousse vers la vanille, la noix de coco et le caramel, le chêne français du cognac vers des notes plus sèches, épicées, avec davantage de tanin. Les cuvées présentées ici mentionnent toutes un passage en fûts ayant contenu du bourbon, sans qu'aucune ne revendique le cognac — une précision qui se lit sur la fiche, jamais sur la réputation du domaine.

Marie-Galante relève d'une IGP, pas d'une AOC

C'est le point réglementaire à ne pas confondre. Marie-Galante appartient à la Guadeloupe, qui bénéficie d'une indication géographique protégée, et non d'une appellation d'origine contrôlée : l'IGP encadre l'origine et quelques paramètres de production, mais laisse aux distilleries une marge bien plus large sur la fermentation, le rendement et le degré. Les fiches de ces bouteilles ne portent d'ailleurs aucune mention d'appellation, ce qui est fréquent sur des embouteillages indépendants : la revendication appartient à celui qui met en bouteille.

Des bouteilles choisies fût par fût

Le numéro de fût inscrit sur l'étiquette

Deux des cuvées portent un numéro de fût, RM030 et Rm021, imprimé sur l'étiquette au même titre que l'année. Ce numéro n'est pas décoratif : il signifie que la bouteille vient d'une barrique unique, identifiée, et non d'un lot assemblé pour tenir un profil constant. La conséquence est simple à retenir : une fois le fût vidé, la cuvée n'existe plus, et une bouteille du même domaine portant un autre numéro n'aura pas le même goût. C'est le contraire d'une gamme reconductible.

Le brut de fût laisse le degré tel qu'il sort du bois

La mention « brut de fût » signifie que le rhum a été mis en bouteille sans réduction à l'eau, au degré atteint après son séjour en barrique. Cela explique les titres inhabituels que portent ces étiquettes, 49,4 %, 52,8 % ou 56,2 %, là où un rhum réduit s'aligne sur un chiffre rond. Le degré n'y est donc pas un choix commercial mais un résultat. À la dégustation, quelques gouttes d'eau suffisent souvent à ouvrir un brut de fût, et l'écart avant et après vaut la peine d'être goûté.

Non filtré à froid et sans colorant sur The Tipsy Turtle

Cette cuvée-là précise deux choses que l'on écrit rarement. La filtration à froid retient les composés gras qui troublent un rhum quand il refroidit ; s'en passer préserve de la matière en bouche au prix d'un léger voile possible dans le verre. Le colorant, lui, est du caramel ajouté pour uniformiser la teinte d'un lot à l'autre. Ne pas en mettre revient à accepter qu'un ambré ait la couleur que son fût lui a donnée. Ces mentions figurent sur The Tipsy Turtle, pas sur les autres étiquettes du rayon.

Passer d'un ambré à un rhum de vingt ans

L'ambré s'ouvre sans avoir besoin d'eau

Les ambrés forment l'entrée de ce rayon, à 43 % pour The Tipsy Turtle et 52 % pour la version simplement nommée Ambré. Élevés en fûts, et pour le premier également en foudres, ils gardent une bonne part de la fraîcheur végétale du jus de canne tout en ayant pris de la couleur et un peu de vanille. À 43 %, le rhum se boit tel quel, sur glace ou en cocktail. À 52 %, le même profil demande davantage d'attention : le degré porte les arômes plus loin mais raccourcit la tolérance à la chaleur du verre.

Les millésimes 2011 et 2015 tiennent le milieu de gamme

Deux single cask occupent la position intermédiaire. Le 2011 a passé huit ans sous climat tropical, de janvier 2011 à août 2019, et sort à 52,8 %. Le 2015 a vieilli sept ans, d'avril 2015 à mars 2022, et titre 56,2 %. Un an d'écart de fût compte peu à côté de l'écart de degré et de fût individuel : deux barriques voisines d'une même distillerie ne rendent jamais la même chose. Les dates de mise en fût et d'embouteillage, données ici avec précision, sont le meilleur repère pour comparer.

Vingt ans sous les tropiques pour le millésime 2002

Le 2002 est le sommet du rayon, avec vingt ans de vieillissement tropical avant un embouteillage en août 2022, à 49,4 %. Sous les tropiques, la part des anges est bien plus forte qu'en climat tempéré, et vingt ans y représentent un investissement considérable en volume perdu — ce qui explique en grande partie le prix de ce type de bouteille. Le profil se déplace vers les fruits secs, le cuir et le tabac, et la canne d'origine ne se devine plus qu'en arrière-plan.

Questions fréquentes sur les rhums Bielle

Où se trouve la distillerie Bielle ?

À Grand-Bourg, sur l'île de Marie-Galante, au sud de la Guadeloupe. Le domaine y est installé depuis 1769, d'abord comme plantation de café, puis comme sucrerie à partir de 1826 ; la distillation officielle de rhum date de 1910. La distillerie a été reprise et modernisée en 1975 par Dominique Thiéry.

Pourquoi le nom Rasta Morris figure-t-il sur ces bouteilles ?

Parce qu'il s'agit d'embouteillages indépendants : le rhum est distillé et vieilli chez Bielle, mais c'est Rasta Morris qui a choisi les fûts, décidé du moment de la mise en bouteille et assuré celle-ci. Les deux noms coexistent donc sur l'étiquette, l'un désignant l'origine du distillat, l'autre la sélection. Le domaine embouteille aussi sous son propre nom, mais ce n'est pas le cas des références présentées ici.

Que signifie « single cask » sur un rhum Bielle ?

Que la bouteille provient d'une seule barrique, souvent identifiée par un numéro imprimé sur l'étiquette, et non d'un assemblage de plusieurs fûts. Le nombre de bouteilles tirées est donc limité par le contenu de ce fût unique, et le profil ne se reproduit pas : deux single cask de la même distillerie et de la même année peuvent différer sensiblement.

Où acheter un rhum Bielle en ligne ?

Trinquay réunit les rhums Bielle sur cette page, avec pour chacun son année, son degré, sa durée de fût et ses mentions d'embouteillage. Chaque fiche produit reprend les dates telles qu'elles figurent sur l'étiquette, sans arrondir un âge ni compléter une durée manquante, et notre équipe aide à situer une bouteille entre l'ambré et le millésime ancien.