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Black Bart XO est un rhum de mélasse caribéen, assemblé à partir de distillats vieillis de dix-huit à vingt et un ans et embouteillé à 45 %. Il paraît sous le nom d'un capitaine gallois du début du XVIIIe siècle, dont l'histoire est bien documentée — et dont le rapport à l'alcool était, comme on le verra, assez peu conforme à l'image. Cette page dit ce que l'étiquette annonce, ce qu'elle tait, et ce que l'on sait de l'homme.
La bouteille appartient à la catégorie la plus difficile à lire du rayon : celle des très vieux assemblages caribéens dont le producteur n'est pas nommé. On sait ce qu'il y a dedans en termes de matière et de durée, on ne sait pas d'où cela sort exactement. Ce n'est pas une anomalie — une grande partie du commerce du rhum fonctionne ainsi — mais cela demande de savoir quelles questions poser.
La matière première est la mélasse, ce qui range la bouteille du côté du rhum traditionnel et non du rhum de jus de canne. L'origine est donnée comme caribéenne, sans que le pays soit annoncé de façon concordante d'une fiche à l'autre : cette page ne tranche donc pas ce qu'aucune source fiable n'établit. Ce que l'on sait, c'est qu'il s'agit d'un assemblage — plusieurs lots réunis — et non d'un fût unique ni d'un embouteillage de distillerie.
L'annonce ne porte pas un chiffre mais un intervalle : les rhums entrant dans l'assemblage ont entre dix-huit et vingt et un ans. Cette formulation est plus honnête qu'il n'y paraît. La règle générale veut qu'un âge affiché sur une bouteille corresponde au lot le plus jeune du mélange ; annoncer une fourchette revient à dire à la fois le plancher et le plafond, donc à décrire l'amplitude de l'assemblage plutôt qu'à mettre en avant son composant le plus flatteur.
Les trois lettres viennent du cognac, où elles répondent à un cahier des charges. Dans le rhum, elles n'en ont aucun : rien n'oblige une maison à respecter une durée pour les employer, et deux bouteilles portant le même sigle peuvent avoir cinq ans d'écart. Ici, la mention est accompagnée d'une fourchette d'âge chiffrée, ce qui la rend vérifiable — c'est cette fourchette qu'il faut regarder, pas le sigle.
Le personnage n'est pas une invention d'agence. Bartholomew Roberts, né John Roberts en mai 1682 à Little Newcastle, dans le Pembrokeshire gallois, est l'une des figures les mieux attestées de ce que l'on appelle l'âge d'or de la piraterie. Sa carrière tient en moins de trois ans.
En juin 1719, Roberts est second à bord du Princess, un navire négrier, lorsque celui-ci est capturé au large de la Côte de l'Or par le pirate Howell Davis. Il rejoint alors l'équipage. Quelques semaines plus tard, Davis est tué dans une embuscade, et Roberts est élu capitaine du « Royal Rover » par ses hommes. L'élection est un point qui compte : la piraterie de cette époque fonctionnait sur des règles écrites et des votes, non sur une hiérarchie imposée.
De 1720 à 1722, Roberts opère alternativement dans les Antilles, au large de Terre-Neuve et le long des côtes d'Afrique de l'Ouest. On lui prête la capture de plusieurs centaines de navires, dont une série de prises rapportées en une seule action. Les chiffres exacts varient selon les sources, et cette page ne retient donc que l'ordre de grandeur : c'est l'un des tableaux de chasse les plus fournis de la période, ce qui explique la place du personnage dans la mémoire populaire.
La fin arrive le 10 février 1722, près du cap Lopez, sur la côte du Gabon actuel. La frégate britannique « Swallow » engage le combat, et Roberts est tué dès les premiers échanges par un projectile de mitraille. Ses hommes jettent son corps à la mer avant que les Anglais ne puissent s'en saisir, conformément à ce qu'il avait demandé. Cette mort marque, pour beaucoup d'historiens, la fin de la période la plus active de la piraterie atlantique.
Le détail est vérifié et il est savoureux sur une bouteille de rhum : Roberts ne buvait pas d'alcool et lui préférait le thé. Il s'habillait avec soin, tenait à des manières que ses contemporains jugeaient inhabituelles dans ce milieu, et embarquait des musiciens à bord. Il est également associé à la rédaction d'un code de conduite d'équipage, réglant la répartition des prises, la discipline et le règlement des différends.
Sur un rhum de ce type, la chaîne qui va du champ de canne au verre compte plusieurs acteurs, et le nom sur l'étiquette n'est presque jamais celui qui a distillé. Savoir démêler les rôles évite de prêter à une bouteille des qualités qu'elle ne revendique pas.
La série est éditée par Haromex Development GmbH, une société de négoce de spiritueux installée à Brüggen, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, active depuis le début des années 1990. La maison importe et distribue plusieurs centaines d'embouteillages de rhum, ce qui en fait l'un des plus gros acteurs européens du secteur. Elle n'est pas une distillerie : elle achète, sélectionne et met en marché.
Trois fonctions coexistent derrière une bouteille comme celle-ci. La distillerie fabrique l'alcool ; l'éditeur, ou embouteilleur, achète des fûts et décide de l'assemblage, du degré et de l'habillage ; la marque, enfin, est le nom commercial sous lequel le tout paraît. Quand la distillerie n'est pas nommée, seuls les deux derniers rôles sont identifiables — et c'est l'éditeur, en l'occurrence, qui engage sa réputation sur ce que contient la bouteille.
Il faut être clair sur ce qui manque, plutôt que de le combler. Le pays précis n'est pas annoncé de façon fiable ; la distillerie n'est pas nommée ; le type de fût n'est pas publié ; aucun dosage en sucre n'est communiqué, ni dans un sens ni dans l'autre. Ces absences ne condamnent pas la bouteille, mais elles fixent le niveau d'information dont on dispose : une matière, une fourchette d'âge, un degré, un profil.
Le profil publié est celui d'un rhum de mélasse longuement vieilli, tirant vers les registres torréfiés plutôt que vers le fruit exotique. Le degré de mise en bouteille laisse de la matière sans imposer d'effort particulier.
Le nez est décrit sur les herbes, les épices et le chocolat. En bouche, la ligne se confirme et s'épaissit : cacao, café, chocolat noir, tabac, épices, avec de la vanille et un fond de mélasse. La finale est annoncée épicée et persistante. C'est un registre de rhum vieux « sombre », dans lequel le bois et l'oxydation ont pris le dessus sur les esters fruités de la jeunesse.
La sensation la plus caractéristique de ce type d'assemblage n'est pas aromatique mais tactile. Après deux décennies de fût, l'alcool a perdu son mordant et le liquide gagne une texture ronde, presque grasse, que les fiches décrivent comme veloutée. C'est ce qu'on achète avec un très vieux rhum autant que le bouquet : une façon de tenir en bouche, difficile à obtenir autrement que par le temps.
Le producteur recommande de la boire pure, et c'est cohérent : un assemblage de cet âge se dilue mal, et le sucre d'un cocktail écraserait la torréfaction. Servie dans un verre à ouverture resserrée, à température de la pièce, elle se prête à une fin de repas ou à un moment que l'on veut marquer. Rien n'interdit une goutte d'eau si le boisé paraît sec, mais elle n'est pas nécessaire à ce titrage.
Des Caraïbes. Les fiches disponibles ne s'accordent pas sur le pays exact, et la distillerie d'origine n'est pas annoncée : la bouteille est éditée par une société allemande de négoce, qui achète et assemble des rhums plutôt qu'elle n'en distille.
L'assemblage réunit des rhums de dix-huit à vingt et un ans. La mention XO qui l'accompagne n'a, elle, aucune valeur réglementaire dans le rhum : c'est la fourchette chiffrée qui donne l'information utile.
Bartholomew Roberts, capitaine pirate gallois né en 1682 et tué au large du cap Lopez en 1722. Passé à la piraterie après la capture du navire sur lequel il servait, élu capitaine par son équipage, il a mené entre 1720 et 1722 l'une des carrières les plus prolifiques de la période — sans boire une goutte d'alcool.
Sur Trinquay, dans le rayon consacré à cette cuvée. Les autres bouteilles de la série, nommées d'après d'autres figures de la course et de la flibuste, disposent chacune de leur propre rayon.