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Ce rhum est né d'une habitude privée : celle d'un dirigeant qui mettait de côté, pour lui-même, les lots qu'il jugeait les meilleurs. Commercialisé à partir de 1999, l'assemblage est devenu la gamme phare de Saint Lucia Distillers et la vitrine d'une distillerie qui aligne plus d'appareils que la plupart de ses voisines caribéennes. C'est ce parc qui fait sa signature : chaque distillat vieillit de son côté avant d'entrer dans l'assemblage final. Cette page réunit les embouteillages de la marque et donne les repères pour les lire, du foudre de repos à l'année inscrite sur l'étiquette.
Beaucoup de marques de rhum tirent leur nom d'une habitation, d'un fondateur ou d'un navire. Celle-ci vient d'un usage interne, resté attaché à une fonction plutôt qu'à une personne : la réserve du président.
Dans un chai de distillerie, tous les fûts ne se valent pas : certains lots sortent mieux que d'autres et se remarquent à la dégustation de contrôle. Le président de Saint Lucia Distillers avait pris l'habitude d'en assembler quelques-uns pour son propre usage, sans destination commerciale. Cette réserve n'était pas un produit, mais une sélection opérée par celui qui connaissait le mieux le chai de la maison. Le principe de la sélection est resté quand la bouteille est devenue publique, et il explique le format de la gamme : un assemblage construit, plutôt qu'un rhum de fût unique.
L'assemblage passe à la commercialisation en 1999 et garde le nom sous lequel on le désignait en interne : la réserve du président, Chairman's Reserve. Le titre n'a jamais été traduit ni remplacé par un nom de lieu ou de famille, ce qui est rare dans une région où les marques renvoient d'ordinaire à une habitation ou à un patronyme. L'étiquette porte donc une fonction, et la gamme s'est élargie autour de cet assemblage de départ.
Sainte-Lucie ne compte plus qu'une distillerie en activité, installée dans la vallée de Roseau, et Chairman's Reserve en est la gamme phare. Cette position a une conséquence directe pour l'amateur : le style dépend entièrement des choix d'un seul atelier, et il ne se compare à rien d'autre sur l'île. À l'échelle des Caraïbes, Sainte-Lucie pèse peu en volume face à la Jamaïque ou à la Barbade, mais elle tient une place à part par la variété des appareils installés sur ce site unique.
Peu de distilleries caribéennes réunissent autant de modes de distillation sur un même site. Cet équipement n'est pas un luxe d'ingénieur : c'est lui qui autorise l'assemblage tel que la maison le pratique.
Un alambic à repasse travaille par charges : on remplit, on chauffe, on récupère le cœur de chauffe, on vide, on recommence. Le cycle laisse passer davantage de composés aromatiques lourds qu'une colonne continue, ce qui donne un distillat plus dense et plus marqué. La maison en exploite deux, signés John Dore, un constructeur anglais dont les alambics équipent plusieurs distilleries de rhum. Chaque appareil rend un distillat qui lui est propre, et c'est exactement ce que l'assemblage vient recombiner ensuite.
Un alambic hybride associe une chaudière de repasse à une petite colonne de rectification : on y travaille par charges tout en poussant le degré et la netteté plus loin qu'avec une simple chaudière. Celui de la maison porte la marque Vendome, un chaudronnier du Kentucky bien connu des distilleries de bourbon. Il ouvre un registre intermédiaire entre le distillat dense des John Dore et celui, plus net, de la colonne Coffey, et donne un troisième matériau à l'assembleur.
C'est la particularité qui distingue le plus cette maison : elle distille aussi bien de la mélasse que du jus de canne frais, et peut réunir les deux dans un même assemblage. La plupart des producteurs choisissent leur camp — mélasse dans les îles anglophones, jus de canne dans les départements français — et cette frontière recoupe d'ordinaire celle des styles. Ici, elle passe à l'intérieur d'une seule bouteille. La mention agricole, elle, reste hors de portée : la dénomination est réservée aux départements français d'outre-mer et à Madère, quel que soit le jus employé ailleurs.
Ce qui fait la gamme n'est pas la distillation seule, mais l'ordre des opérations : les distillats ne se rencontrent qu'après le fût, jamais avant.
Les rhums de la maison vieillissent séparés selon leur lot de production et selon l'appareil dont ils sortent. Un distillat de colonne et un distillat d'alambic à repasse ne réagissent pas au bois de la même façon, et les faire vieillir ensemble reviendrait à effacer cette différence dès le départ. En les gardant à part, la maison garde la main sur le dosage final. Le contenant, lui, ne change pas d'une cuvée à l'autre : du chêne ayant contenu du bourbon, référence de l'élevage sous les tropiques.
Une fois l'assemblage réalisé, l'Original et le Spiced passent six mois en foudre de chêne. Un foudre est un contenant de grande capacité : le rapport entre la surface de bois et le volume de liquide y est bien plus faible que dans une barrique, si bien qu'il n'apporte presque rien et sert surtout à laisser les distillats se fondre. Le Vintage 2009 s'en tient à un bref repos sous bois après assemblage, et rien n'est documenté sur ce point pour le 1931 : l'étape ne se lit donc pas de la même façon d'une étiquette à l'autre.
Deux façons de dater cohabitent dans la gamme. L'Original annonce une moyenne d'âge d'environ cinq ans : c'est bien une moyenne, et non une mention d'âge réglementaire, laquelle correspondrait à l'âge du plus jeune rhum de l'assemblage. Le Vintage porte 2009, c'est-à-dire une année de distillation, à laquelle s'ajoute une durée d'élevage de onze ans. Une moyenne, un minimum et une année de distillation sont trois informations différentes, et une étiquette n'en donne presque jamais plus d'une à la fois.
La gamme se lit sur deux degrés — 40 % pour les assemblages courants, 46 % pour les embouteillages plus âgés — et sur la présence, ou non, d'une infusion après l'élevage.
L'Original assemble des rhums de colonne Coffey et d'alambic à repasse, vieillis séparément en fûts de bourbon puis reposés six mois en foudre, pour une moyenne d'âge d'environ cinq ans. Il sort à 40 %, le minimum légal du rhum en Europe. C'est la bouteille par laquelle la gamme s'aborde : assez de bois pour tenir un verre servi sec, assez de retenue pour supporter la glace et le mélange sans s'effacer.
Le Spiced part du même schéma — vieillissement séparé en fûts de bourbon, assemblage, six mois de foudre — puis ajoute une étape : six mois pendant lesquels des fruits et des épices infusent dans le rhum. Il titre lui aussi 40 %. L'infusion intervient après la distillation et après l'élevage, ce qui le range du côté des rhums épicés plutôt que des rhums vieux. Ni la liste des épices ni un éventuel dosage en sucre ne sont documentés sur cette cuvée.
Le Vintage 2009 réunit des rhums distillés cette année-là et vieillis onze ans en fûts de bourbon, séparés par lot et par alambic, avant assemblage et un bref passage sous bois. Le 1931 procède autrement : il assemble des distillats de colonne Coffey et de trois alambics à repasse en cuivre, élevés de sept à douze ans. L'un et l'autre sortent à 46 %, un titrage qui laisse plus de matière en bouche qu'une réduction à 40 %. Le nombre 1931 ne désigne pas une année de distillation : aucun millésime ne figure sur cette cuvée.
Parce que le nom désigne littéralement la réserve du président de Saint Lucia Distillers, qui assemblait pour son usage personnel des lots choisis dans le chai. Cet assemblage a été commercialisé en 1999, et le nom l'a suivi jusque sur l'étiquette.
Une date de la maison, pas une année de distillation : 1931 est l'année depuis laquelle la famille Barnard distillait à Dennery, à l'origine de la distillerie d'aujourd'hui. Le Vintage 2009, lui, porte bien un millésime, c'est-à-dire l'année où le rhum a été distillé.
L'Original est un assemblage sans année, réduit à 40 %, dont la moyenne d'âge tourne autour de cinq ans, avec six mois de foudre après assemblage. Le Vintage 2009 rassemble des rhums d'une seule année de distillation, vieillis onze ans en fûts de bourbon, et sort à 46 % après un bref repos sous bois.
Sur Trinquay, notre cave en ligne. Cette collection rassemble les embouteillages de la marque avec, pour chacun, son degré, son mode d'assemblage et le détail de son passage sous bois, de quoi trancher entre un assemblage courant et une bouteille plus âgée.