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Chamarel est une rhumerie de l'île Maurice installée sur les hauteurs du sud-ouest, au-dessus de la côte. Elle ne travaille que la canne de son propre domaine et ne connaît que le jus frais, jamais la mélasse. La distillerie est récente à l'échelle du rhum, la terre l'est beaucoup moins. Cette page réunit ce que la maison met en bouteille et donne les repères pour lire ses étiquettes : la matière première, le temps passé sous le bois, et le nom de celui qui a choisi de l'embouteiller.
Le nom désigne à la fois un village, une région de l'île et la maison qui y distille. Chamarel appartient à une famille qui a d'abord acheté de la terre, longtemps avant de penser à un alambic. La distillerie est venue ensuite, comme une réponse à ce que devenait le sucre mauricien.
La famille Couacaud rachète le domaine en 1996. L'exploitation compte alors quelque deux cent vingt hectares plantés en canne, dans un amphithéâtre de collines ouvert vers l'ouest. Pendant plus de dix ans, la récolte part vers l'industrie sucrière, comme celle de la plupart des planteurs de l'île. Rien ne prédestinait ce domaine à devenir une adresse de rhum : c'est l'érosion des accords préférentiels qui protégeaient le sucre mauricien sur le marché européen qui a poussé la famille à chercher un autre débouché à sa canne.
La décision est prise en 2008 : bâtir une distillerie de toutes pièces, sur place, plutôt que de continuer à vendre la canne. Le bâtiment est dessiné par l'architecte mauricien Maurice Giraud. Tout tient sur le domaine — le moulin qui presse, les cuves de fermentation, les alambics, les chais et la ligne d'embouteillage. Ce modèle porte un nom dans le monde du rhum, celui de single estate : une seule propriété d'un bout à l'autre, du champ à la bouteille. Il reste minoritaire, y compris chez les maisons qui revendiquent un terroir.
Chamarel ne distille que le jus de sa propre canne. Aucun achat extérieur, aucune mélasse rapportée d'une sucrerie : le vesou pressé au moulin est la seule matière qui entre en cuve. C'est une contrainte lourde, qui plafonne la production au rendement du domaine et enferme la distillation dans la saison de coupe. C'est aussi ce qui rend la traçabilité facile à établir : la bouteille ne remonte pas à un pays ni à une région d'achat, elle remonte à des parcelles connues.
Un rhum de jus de canne se joue en quelques heures. Le vesou est un jus vivant : il fermente seul, s'oxyde, se dégrade. Ce qui se passe entre la coupe et la cuve pèse, sur ce type de rhum, plus lourd que bien des décisions prises ensuite au chai.
La récolte se fait à la main. Les cannes ne sont pas brûlées avant la coupe, alors que le brûlage reste une pratique répandue ailleurs : il débarrasse la parcelle de ses feuilles et accélère le travail des coupeurs, au prix de notes fumées et d'un début de caramélisation des sucres. Couper une canne verte coûte du temps. La maison annonce moins de quatre heures entre la coupe et le passage au moulin, ce qui limite l'oxydation du jus et les fermentations sauvages qui démarrent dans la tige coupée.
Le domaine plante plusieurs variétés de canne, échelonnées sur la campagne : la R573 en début de récolte, la R579 à mi-saison, la R570 en fin de saison. Ces sigles sont ceux des programmes de sélection variétale, familiers aux planteurs et invisibles pour l'acheteur. Ils servent une chose : étaler la maturité des parcelles, pour que chaque canne soit coupée au bon moment plutôt qu'au moment où l'atelier est libre. Le taux de sucre et les précurseurs d'arômes ne sont pas les mêmes d'une variété à l'autre.
Chamarel se trouve à environ trois cents mètres au-dessus de la mer, sur un sol volcanique, en exposition ouest. L'altitude, sous cette latitude, ne fabrique pas un climat frais : elle tempère les nuits et étire le cycle de la canne. Le versant sous le vent est par ailleurs moins arrosé que l'est de l'île, et une plante qui reçoit un peu moins d'eau en fin de cycle concentre davantage ses sucres. Le terroir se lit ici dans la maturité de la canne, pas dans une signature minérale du sol.
Maurice a obtenu fin 2024 une indication géographique « Mauritius Rum », l'une des deux premières de son histoire avec celle du sucre non raffiné. Elle protège une origine, pas une méthode : elle couvre indifféremment les rhums de mélasse et ceux de jus de canne, et ne crée donc aucune catégorie mauricienne comparable à l'appellation d'origine contrôlée qui encadre la Martinique. Une bouteille mauricienne de pur jus se lit sur ce que la maison déclare, pas sur un sigle.
Une partie de ce que produit une distillerie sort parfois sous une étiquette qui n'est pas la sienne. C'est le métier de l'embouteilleur : acheter un fût, décider du moment de la mise en bouteille et du degré, puis publier le résultat sous son propre nom. Villa Paradisetto en est un exemple, et ce nom-là ne parle pas de Maurice.
Velier est une maison italienne de Gênes, fondée en 1947 par Casimiro Chaix comme importateur de vins et de spiritueux. Luca Gargano en prend les rênes au milieu des années 1980 et la tourne vers le rhum. Velier ne distille pas : elle sélectionne des fûts chez les producteurs, les suit, les embouteille et les distribue. Son nom sur une étiquette dit qui a choisi, pas qui a fabriqué — la distinction vaut pour toutes ses séries.
Villa Paradisetto est l'adresse qu'a occupée Velier à Gênes de 1988 à 2020. En quittant les lieux, la maison en a fait le nom d'une série d'embouteillages, en hommage à ces trente-deux années. Le « 1988/2020 » imprimé sur l'habillage renvoie à cette occupation, et non à la vie de la bouteille. La série réunit trois rhums d'origines différentes : ce Chamarel mauricien, un Monymusk jamaïcain et un Privateer américain.
Le rhum a été distillé en 2013 et mis en bouteille en 2020, après sept années de fût de chêne passées à Maurice. Sous les tropiques, le bois travaille vite : l'écart entre le jour et la nuit fait respirer la barrique, l'évaporation est forte, et l'extraction va plus loin en moins d'années qu'en climat tempéré. Sept ans de vieillissement tropical ne se comparent pas à sept ans de chai européen : c'est le premier réflexe à avoir devant un âge affiché sur un rhum des îles.
L'habillage de la série est signé par l'artiste Warren Khong, déjà auteur d'étiquettes pour la maison génoise. Le détail n'est pas anecdotique sur ce segment : une série d'embouteilleur se reconnaît d'abord à son habillage, et les amateurs classent ces bouteilles par série autant que par distillerie. L'étiquette porte ici davantage d'informations que la marque du producteur — millésime, durée de fût, degré et nom de série y figurent ensemble.
Un pur jus vieilli sept ans sous les tropiques et embouteillé à haut degré n'appelle pas le même verre qu'un rhum de mélasse ramené à 40 %. Voici ce qui se joue au moment de servir, sans transformer la dégustation en cérémonie.
La bouteille titre 54,6 %. C'est nettement au-dessus des 40 % habituels, sans atteindre les sommets de certains bruts de fût. À ce niveau, l'alcool porte les arômes et sature le palais en même temps : un peu d'eau détend l'ensemble et laisse revenir la canne, sans qu'il faille aller jusqu'à la dilution d'un cocktail. Le plus simple reste de goûter sec d'abord, puis d'ajuster verre par verre.
Un vieux de jus de canne garde une trame végétale — la canne fraîche, la tige verte — que le fût recouvre sans l'effacer. Le chocolat noir peu sucré s'accorde bien à cette tension, tout comme les desserts à la vanille et les fruits jaunes rôtis. Les accords salés sont plus délicats à ce degré : l'alcool prend le dessus sur la plupart des fromages, et seuls les plus affinés tiennent la distance.
Un embouteillage millésimé et vieilli n'a pas grand-chose à faire dans un ti-punch, où la vivacité d'un blanc agricole fait l'essentiel du travail. Ce type de bouteille se boit au verre, en fin de repas ou pour comparer deux origines. Qui cherche du rhum de Chamarel pour un cocktail regardera plutôt les embouteillages de la maison elle-même, blancs et ambrés, calibrés pour le mélange.
Dans le sud-ouest de l'île Maurice, à environ trois cents mètres d'altitude, sur le domaine du même nom. Le moulin, les alambics, les chais et l'embouteillage sont réunis sur place, au milieu des parcelles de canne.
Il est distillé à partir de jus de canne frais, ce qui correspond à la définition technique du pur jus. La mention « rhum agricole » est en revanche réservée, par le règlement européen, aux départements français d'outre-mer et à Madère : une bouteille mauricienne ne peut pas la porter, quelle que soit sa matière première.
C'est le nom du siège qu'a occupé l'embouteilleur italien Velier à Gênes de 1988 à 2020, devenu en 2020 le nom d'une série d'embouteillages. Le lieu est génois et non mauricien : il désigne celui qui a mis la bouteille en marché, pas celui qui a distillé.
Sur Trinquay, dans ce rayon. Chaque fiche indique la matière première, le millésime lorsqu'il existe, la durée de fût et le degré, de quoi comparer deux embouteillages d'une même maison avant de choisir.