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Un nom écossais sur une bouteille de rhum jamaïcain a de quoi dérouter. Forsyths n'est ni une distillerie, ni une marque de spiritueux, ni un embouteilleur : c'est un atelier de chaudronnerie du Speyside qui construit des alambics. Quand ce nom paraît sur une étiquette, il désigne la machine qui a produit le distillat, et rien d'autre. Cette page explique ce que cette mention recouvre et ce qu'elle laisse deviner du liquide.
Dans la plupart des spiritueux, personne ne se soucie du fabricant de l'appareil. Le rhum de dégustation fait exception : depuis que les amateurs classent les bouteilles par type de distillation, le constructeur est devenu une information de premier plan, au même titre que la distillerie ou le millésime. Certaines gammes vont jusqu'à porter son nom en tête de l'étiquette, avant celui du producteur.
Rothes est une petite localité du Speyside, au cœur de la région de production du whisky écossais. La densité de distilleries y a fait naître un savoir-faire local de travail du cuivre : réparer, redresser, remplacer les alambics d'un secteur qui en compte des centaines. C'est dans ce contexte industriel très particulier que s'est formée la maison qui nous occupe, et c'est de là qu'elle expédie aujourd'hui ses appareils bien au-delà de l'Écosse.
Alexander Forsyth apprend le métier de chaudronnier à Rothes dans les années 1890, chez un maître nommé Robert Willison, dont il devient le contremaître. Il rachète l'atelier en 1933, qui prend alors le nom d'A. Forsyth and Son. Après la Seconde Guerre mondiale, son fils Ernest y introduit la soudure en remplacement du rivetage traditionnel. Richard et William rejoignent l'entreprise à la fin des années 1960, et la maison est aujourd'hui dirigée par la quatrième génération de la famille.
Le métier de base reste la fabrication d'alambics et de condenseurs en cuivre pour le whisky écossais. À partir des années 1980, l'entreprise élargit son champ à d'autres métaux et à d'autres industries, et ses exportations montent en puissance sur les dernières décennies. Ses appareils travaillent aujourd'hui sur tous les continents, pour des alcools très divers. Le rhum n'est donc qu'un débouché parmi d'autres, mais c'est celui où son nom est le plus souvent affiché.
Ce que désigne concrètement la mention, c'est un type d'appareil précis, largement associé à la Jamaïque. Il ne s'agit pas d'un alambic à repasse ordinaire ni d'une colonne, mais d'un montage intermédiaire, conçu pour obtenir un distillat très concentré sans multiplier les passages. Sa compréhension éclaire tout le reste.
Le principe tient dans l'ajout de deux récipients sur le trajet des vapeurs. Le moût est porté à ébullition dans la cucurbite, et les vapeurs, au lieu de filer vers le condenseur, sont injectées au fond d'une première chaudière remplie d'alcool faible — les low wines, autour de 30 %. Elles la traversent en bullant, s'y enrichissent, puis subissent le même traitement dans une seconde chaudière chargée d'alcool plus fort.
À la sortie de la première chaudière, la vapeur avoisine 60 % ; à la sortie de la seconde, elle dépasse 80 %. Un alambic à repasse classique n'atteint ce niveau qu'au terme de deux distillations successives, avec le temps et l'énergie que cela suppose. Le montage à double retorte fait donc en une chauffe ce que d'autres font en deux, sans passer par la rectification d'une colonne, qui dépouillerait le distillat de sa matière aromatique.
Cette configuration se répand en Jamaïque au XIXe siècle, et l'île ne l'a jamais abandonnée. La raison est technique : les rhums très chargés en esters, spécialité locale, supposent une distillation qui conserve les composés lourds formés pendant de longues fermentations. La double retorte remplit exactement cet office, ce qui explique qu'un constructeur écossais se retrouve à en fournir aux Caraïbes plutôt qu'à ses voisins du Speyside.
La mention n'a de sens que rapportée aux ateliers qui l'emploient. Deux distilleries jamaïcaines au moins travaillent sur des appareils sortis de Rothes, et leurs bouteilles portent souvent la marque du constructeur à côté de leur propre nom. C'est la lecture croisée des deux qui renseigne l'acheteur.
La distillerie de Lluidas Vale, dans la paroisse de Saint Catherine, a repris la production de rhum en 2005 après une longue interruption, et l'appareil retenu pour ce redémarrage est un pot still à double retorte de fabrication écossaise. C'est de lui que sortent tous les distillats de la maison, y compris les millésimes de 2007 réunis dans ce rayon, dont le master précise noir sur blanc qu'ils ont été distillés sur cet alambic.
Hampden, dans la paroisse de Trelawny, exploite un parc d'alambics à repasse d'origines diverses, parmi lesquels des appareils signés à Rothes, dont un installé en 2010. Les sources ne s'accordent pas sur le nombre total d'alambics de cette distillerie, aussi n'en donnons-nous aucun. Retenons le fait utile : un même constructeur alimente plusieurs des maisons qui font aujourd'hui la réputation du rhum jamaïcain.
La compétence recherchée n'est pas caribéenne mais métallurgique : dessiner et former des volumes de cuivre capables de résister à la chauffe et de tenir la géométrie voulue pendant des décennies. Peu d'ateliers dans le monde savent le faire à cette échelle, et l'expérience accumulée sur le whisky se transpose directement. Une distillerie de rhum qui commande un alambic neuf s'adresse donc au même petit cercle de constructeurs que les maisons écossaises.
Sur ces bouteilles, plusieurs noms se superposent et chacun répond à une question différente. Les distinguer évite les contresens les plus fréquents, à commencer par celui qui consiste à chercher une distillerie écossaise derrière un rhum de la Jamaïque.
Le nom du constructeur dit quel appareil a travaillé. Celui de la distillerie dit où la canne a été fermentée et distillée, ici en Jamaïque. Celui de l'embouteilleur dit qui a choisi le fût et décidé du moment de la mise. Sur l'un de nos millésimes de 2007, c'est Habitation Velier qui signe ; sur l'autre, le master ne renseigne pas d'embouteilleur, et nous ne lui en attribuons pas. À ces trois noms s'ajoute un code de coulage, WPL ou WPM, qui indique la fourchette d'esters visée à la distillation.
Les étiquettes de 2007 annoncent une distillation cette année-là et un vieillissement conduit à la distillerie elle-même, sous climat jamaïcain, en fûts ayant contenu du bourbon. L'une précise dix ans de tropiques et une mise en bouteille en décembre 2017, à 6 582 exemplaires. L'autre est un fût unique, tiré à 270 bouteilles. Aucune n'a été rapatriée en Europe pour finir son élevage : tout s'est joué sur l'île.
Le premier titre 59 %, le second 55 %. Ces niveaux, très au-dessus des 40 % réglementaires, ne relèvent pas d'une recherche de puissance mais du choix de mettre en bouteille le distillat avec le moins d'eau possible. À ce titrage, le service se fait en petite quantité, dans un verre resserré, et quelques gouttes d'eau suffisent à ouvrir le nez sans diluer la matière.
Des alambics et des condenseurs en cuivre, ainsi que des équipements industriels pour d'autres secteurs. C'est une entreprise de chaudronnerie installée à Rothes, dans le Speyside écossais, née de la reprise d'un atelier local en 1933 et dirigée par la quatrième génération de la même famille. Elle ne fermente rien, ne distille rien et ne commercialise aucun spiritueux sous son nom.
C'est un alambic à repasse auquel on a ajouté deux chaudières intermédiaires sur le trajet des vapeurs. Les vapeurs traversent successivement un alcool faible puis un alcool fort, en s'enrichissant à chaque passage, et ressortent au-dessus de 80 % après une seule chauffe. Le montage permet d'obtenir un distillat concentré tout en conservant les composés aromatiques lourds, ce qui en fait l'appareil de référence des rhums jamaïcains riches en esters.
En Jamaïque, Worthy Park travaille sur un pot still à double retorte de cette fabrication depuis la reprise de sa production en 2005, et Hampden Estate compte des appareils du même constructeur dans son parc. La maison écossaise fournit par ailleurs des distilleries sur tous les continents, pour des spiritueux très variés, mais c'est dans le rhum jamaïcain que son nom apparaît le plus souvent sur les bouteilles.
Trinquay réunit dans ce rayon les bouteilles dont l'étiquette mentionne cet alambic, avec pour chacune la distillerie d'origine, le code de coulage, l'année de distillation, le détail du vieillissement et le degré. Notre équipe aide à comprendre ce que la mention implique dans le verre et à choisir entre deux coulages de charges aromatiques différentes.