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Rhums de Guadeloupe

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Le rhum de Guadeloupe se fabrique comme celui de la Martinique — du jus de canne frais, pressé et mis à fermenter dans la foulée de la coupe — mais il ne se lit pas de la même façon. L'archipel relève d'une indication géographique protégée, pas d'une appellation d'origine contrôlée, et cette nuance juridique change tout le paysage : là où sa voisine impose un cahier des charges serré, la Guadeloupe laisse à chaque distillerie sa marge sur la fermentation, le degré de coulage et la conduite du vieillissement. Le résultat est un rayon nettement plus dispersé, où deux blancs de la même île peuvent sortir l'un à 41 %, l'autre à plus de 70 %.

Le rhum de Guadeloupe, un agricole sous indication géographique protégée

L'IGP garantit l'origine et un savoir-faire, sans figer les gestes. Elle vaut pour l'ensemble de l'archipel et couvre aussi bien le rhum agricole que le rhum traditionnel. Dans les faits, la Guadeloupe est une terre d'agricole : la quasi-totalité des cuvées du rayon partent du jus de canne, et non de la mélasse.

L'IGP guadeloupéenne, un cadre plus large que l'appellation martiniquaise

Une indication géographique protège le lien d'un produit à son territoire ; une appellation d'origine contrôlée y ajoute une obligation de moyens détaillée. C'est exactement la différence entre les deux îles. En Guadeloupe, rien n'impose une variété de canne précise, une durée de fermentation unique ou un modèle de colonne unique. Chaque distillerie garde donc sa signature technique, et c'est ce qui explique l'écart de profil que l'on trouve d'un producteur à l'autre — un écart bien plus grand qu'entre deux rhums martiniquais.

Le jus de canne frais, matière première commune à tout l'archipel

Le vesou, ce jus vert obtenu au broyage de la canne, doit partir en fermentation très vite : quelques heures suffisent à le faire tourner. C'est la contrainte fondatrice du rhum agricole, et elle impose que la distillerie soit au milieu des champs. Ce jus donne un distillat qui garde la note végétale de la plante, herbacée et parfois franchement poivrée, là où la mélasse pousse vers le fruit confit et le cacao. Fait exception une crème au rhum vieux, liqueur à base de rhum, de crème et d'épices, qui relève d'une autre catégorie.

Fermentation, coulage, degré : la marge laissée à chaque distillerie

C'est ici que la souplesse de l'IGP se voit le mieux. Père Labat fait fermenter soixante-douze heures pour son brut de colonne et cinq jours pour son blanc bio, deux durées qui ne donnent pas le même bouquet. Papa Rouyo compose son Rejeton avec dix pour cent de cannes surmûries, et laisse un autre de ses blancs mûrir quatre cent cinquante jours en cuve inox. Le degré de coulage varie dans les mêmes proportions : Rhum Rhum embouteille son PMG à 41 % sous étiquette verte et à 56 % sous étiquette orange, le même rhum à deux dilutions ; Père Labat sort son 707 au degré de colonne, 70,7 %.

Colonne créole, alambics et bain-marie : la diversité des outils sous un même sigle

Aucune distillerie guadeloupéenne ne distille tout à fait comme sa voisine. Père Labat travaille sur une colonne créole en cuivre. Papa Rouyo utilise un alambic à repasse, outil rare aux Antilles françaises et plus courant à la Jamaïque. Rhum Rhum pratique une double distillation en alambic en bain-marie Müller. Reimonenq a monté une double colonne à quatre fonctions de sa conception. Bielle choisit selon la cuvée : colonne créole ou alambic.

Basse-Terre, Grande-Terre et Marie-Galante : trois terres à rhum

L'archipel n'est pas homogène. Basse-Terre est montagneuse, volcanique et arrosée ; Grande-Terre est plate, calcaire et sèche ; Marie-Galante, à quelques milles au sud, vit du rhum depuis deux siècles et en a fait son identité.

Marie-Galante, l'île aux hauts degrés

Marie-Galante embouteille haut, et ses maisons ne s'en cachent pas. Le domaine Bielle existe à Grand-Bourg depuis 1769 — c'était alors une plantation de café. Les frères Bielle y fondent une sucrerie en 1826, la première distillation officielle de rhum date de 1910, et Dominique Thiéry reprend l'outil en 1975 pour multiplier sa production par dix. La distillerie Poisson, qui signe ses rhums Père Labat, pousse ses blancs à 51, 60 et 70,7 %. Rhum Rhum, enfin, est né de la rencontre entre Bielle et l'univers de Velier : ses PMG sont doublement distillés en bain-marie et embouteillés sans filtration ni additif.

La Basse-Terre, de Sainte-Rose à Capesterre-Belle-Eau

Sur la grande aile ouest de l'archipel, les distilleries se partagent le versant. Reimonenq et Séverin sont à Sainte-Rose, au nord. Montebello tient Petit-Bourg, et c'est de là que sort la Cuvée Prestige, un millésime 1982 vieilli vingt-quatre ans dans l'île avant d'être réduit à 42 % et présenté en carafe — une bouteille couronnée six fois par le Concours Général Agricole dans les années 1990. Papa Rouyo, à Goyave, est la plus jeune de la famille et la plus parcellaire : elle nomme ses variétés de canne, R579, B5992, B80.0689, comme un vigneron nomme ses cépages. Karukera, enfin, est à Capesterre-Belle-Eau, et vieillit ses fûts au domaine du Marquisat de Sainte-Marie.

Le Moule et la distillerie Damoiseau, en Grande-Terre

Le domaine agricole de Bellevue, au Moule, est monté à la fin du XIXe siècle par un planteur venu de Martinique. Damoiseau père le rachète en avril 1942 et y fonde la distillerie qui porte son nom. Elle est restée familiale — Hervé Damoiseau, le petit-fils, la dirige — et pèse plus de la moitié du marché guadeloupéen, avec des exportations dans plus de quarante pays. Elle détient aussi le plus gros stock de fûts de vieillissement de l'île, ce qui se lit dans son XO, assemblage de rhums d'au moins six ans en ex-bourbon.

Du blanc brut de colonne au vieux de vingt-quatre ans

Le rayon guadeloupéen se lit sur deux axes : le degré pour les blancs, la durée et le bois pour les vieux.

Les rhums blancs guadeloupéens, entre 41 et 70,7 %

C'est l'amplitude réelle du rayon, et elle n'a pas d'équivalent. En bas de l'échelle, le PMG étiquette verte de Rhum Rhum à 41 % se boit presque comme un blanc de dégustation. Au milieu, Papa Rouyo aligne des blancs de 45 à 64 %, Père Labat un monovariétal canne jaune à 51 % et un bio à 60 %, Ferroni un distillat guadeloupéen reposé en dame-jeanne à 57 %. Tout en haut, le 707 de Père Labat sort de colonne à 70,7 % et n'est pas réduit du tout. Un blanc guadeloupéen ne se choisit donc jamais sans regarder son degré, qui décide autant du profil que la distillerie.

Les monovariétales : cannes bleue, rouge, jaune et cultivars numérotés

Plusieurs maisons embouteillent une seule variété de canne. Père Labat signe une canne jaune. Karukera travaille la canne bleue sur ses fûts uniques du 70e anniversaire de Velier. La cuvée Libération de Rhum Rhum est faite d'une canne rouge B47.259, coupée à la main et transportée en charrette à bœufs jusqu'à un alambic en cuivre chauffé à feu nu. Papa Rouyo isole ses R579 et ses B80.0689 sur des cuvées séparées.

Les rhums vieux, de trois ans à la Cuvée Prestige 1982

Le plancher est à trois ans de fût : Reimonenq, Karukera, Montebello et le Jénérasyon de Papa Rouyo s'y tiennent. Au-dessus, Montebello propose un 8 ans, Damoiseau et Séverin des XO d'au moins six ans, Bielle des millésimes de sept, huit puis vingt ans embouteillés en fût unique. La Cuvée Prestige 1982 de Montebello monte, elle, à vingt-quatre ans de vieillissement lent dans l'île. Notons que le vieillissement se fait ici sous climat tropical, dans des chais où la chaleur et l'humidité accélèrent l'échange avec le bois : une même durée ne veut pas dire la même chose qu'en métropole.

Les fûts de cognac et de bourbon, deux bois dominants

Deux traditions cohabitent. L'ex-bourbon, chêne blanc américain, apporte la vanille, la noix de coco et le caramel : Bielle, Reimonenq et Damoiseau le privilégient. L'ex-cognac, chêne français, donne des tanins plus fins et une note de fruits secs : Karukera y élève ses vieux dans des fûts de trois cent cinquante litres. Papa Rouyo, plus expérimental, combine chêne français neuf, chêne roux, chêne américain et ex-cognac à des toastages différents sur un même assemblage.

Les embouteilleurs indépendants et le rhum guadeloupéen

Une partie notable du rayon ne vient pas directement des distilleries mais de maisons qui achètent des fûts, les suivent et les embouteillent sous leur propre nom. Elles font souvent sortir des cuvées que la distillerie n'aurait pas commercialisées seule.

Rasta Morris et les fûts uniques de Bielle

L'embouteilleur belge a bâti une petite collection autour de Bielle : un 2011 de huit ans, un 2015 de sept ans, un 2002 de vingt ans embouteillé en 2022, tous en fût unique et brut de fût, plus deux ambrés dont un non filtré à froid et sans colorant. Tous ont vieilli sous climat tropical, en fûts et foudres ayant contenu du bourbon.

Velier, du 70e anniversaire de Karukera à la cuvée Libération

La maison génoise a signé deux fûts uniques de Karukera pour son soixante-dixième anniversaire, tous deux distillés en 2008 à partir de canne bleue et vieillis neuf ans en chêne français au domaine du Marquisat de Sainte-Marie, embouteillés bruts de fût en 2017 à 53,4 et 58,4 %. Elle est aussi derrière la cuvée Libération de Rhum Rhum, neuf ans d'élevage.

La Maison Ferroni, du distillat guadeloupéen à la dame-jeanne

Guillaume Ferroni élabore ses spiritueux au château des Creissauds, à Aubagne, depuis 2012. Sur le rhum, il ne distille pas : il sélectionne des distillats dans leur pays d'origine, les assemble et les élève en Provence, dans la tradition du négoce marseillais du XIXe siècle, quand Marseille était le premier port rhumier d'Europe. Sa Dame-Jeanne n°8 part d'un monovariétal canne rouge de Guadeloupe reposé en dame-jeanne et embouteillé à 57 %.

Questions fréquentes sur le rhum de Guadeloupe

Le rhum de Guadeloupe est-il une AOC ?

Non. Le rhum de Guadeloupe relève d'une indication géographique protégée, pas d'une appellation d'origine contrôlée. La seule AOC du monde du rhum est l'AOC Martinique, obtenue en 1996. L'IGP guadeloupéenne garantit l'origine et le savoir-faire mais n'impose ni variété de canne, ni durée de fermentation, ni type de colonne, ce qui laisse aux distilleries une liberté technique bien plus large.

Quelle différence entre un rhum de Guadeloupe et un rhum de Martinique ?

La matière première est la même — du jus de canne frais dans les deux cas — mais le cadre juridique diffère, et avec lui la conduite de la production. La Martinique travaille sous un cahier des charges commun, ce qui rend ses rhums plus comparables entre eux. La Guadeloupe laisse chaque maison choisir sa fermentation, son alambic et son degré, d'où des profils souvent plus contrastés d'une distillerie à l'autre et une amplitude de degrés plus large sur les blancs.

Qu'est-ce qu'un rhum brut de colonne ?

C'est un rhum blanc embouteillé au degré auquel il sort de la colonne à distiller, sans aucun ajout d'eau. Le 707 de Père Labat, à 70,7 %, en est l'exemple le plus net du rayon. À ne pas confondre avec le brut de fût, qui désigne un rhum vieux embouteillé sans réduction après son passage en bois : dans un cas le degré porte la canne, dans l'autre il porte aussi le chêne.

Où acheter du rhum de Guadeloupe en ligne ?

Trinquay réunit les distilleries de l'archipel — Damoiseau, Bielle, Père Labat, Montebello, Karukera, Papa Rouyo, Reimonenq, Séverin, Rhum Rhum — et les embouteillages indépendants qui les accompagnent, de Rasta Morris à Velier. Blancs de ti-punch, monovariétales, rhums vieux et millésimes de fût unique : chaque fiche détaille la matière première, la commune, le degré, le bois et la durée d'élevage.