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Héritiers Madkaud est une marque de rhum martiniquaise dont l'histoire commence à la fin du XIXe siècle, avec un homme né libre de parents affranchis. Elle a eu ses distilleries, les a perdues, puis a été relevée par la cinquième génération de la famille. Aujourd'hui elle sélectionne des cuvées qu'elle ne distille plus elle-même. Cette page réunit cette histoire et les repères qui permettent de lire un rhum blanc agricole sous appellation d'origine contrôlée.
Peu de marques de rhum peuvent faire remonter leur nom à un fondateur dont les parents étaient esclaves. Celle-ci le peut, et c'est le cœur de ce qu'elle raconte : une entreprise montée par un homme de la première génération née libre, sur une terre où sa famille avait été asservie.
Louis et Monique Madkaud sont affranchis à l'abolition de 1848. Leur cadet, Félicien, naît en 1857 : il appartient à la première génération de Martiniquais noirs nés libres. Il fonde sa maison de rhum en 1895, à une époque où la propriété des habitations sucrières reste très majoritairement entre les mains des familles békées. Le nom porté aujourd'hui par la marque est le sien, et la date de 1895 figure sur son emblème.
Félicien Madkaud rachète Fond-Capot, le domaine où il avait d'abord travaillé comme simple employé, après un mariage qui lui en donne les moyens. Il y ajoutera plus tard l'habitation Bellevue. Le parcours dit tout du personnage : passer du statut de salarié à celui de propriétaire d'une distillerie, en Martinique, à la fin du XIXe siècle, tenait de l'exception plutôt que de la trajectoire ordinaire.
La marque a traversé cinq générations avant d'arriver à Stéphane Madkaud, qui la porte aujourd'hui. Il est présenté comme le seul propriétaire afro-descendant d'une marque de rhum en Martinique. La sélection des cuvées se fait avec un œnologue, Marc Sassier, ce qui situe le rôle actuel de la maison : goûter, choisir et assembler, plutôt que conduire une distillation.
Avant d'être une marque de sélection, Madkaud a été un producteur, avec ses propres murs et ses propres colonnes. Cette période a duré près de trois quarts de siècle et s'est arrêtée avec la vague de fermetures qui a emporté les petites unités de l'île.
La famille a exploité deux distilleries : Fond-Capot, sur la commune du Carbet, au pied de la Montagne Pelée, et Carabin, au Lorrain, sur la côte atlantique. Les deux se situent dans le nord de l'île, la partie la plus arrosée et la plus vallonnée de la Martinique, où la canne pousse sur des sols volcaniques profonds. Ce nord reste aujourd'hui le berceau d'une bonne part des rhums de l'île.
Félicien n'a pas été le seul de sa famille à distiller. Son frère Augustin ouvre sa propre distillerie au Lorrain en 1906, et son neveu Louisy y crée l'établissement La Digue en 1924. Il a donc existé plusieurs distilleries Madkaud simultanément, dans la même commune ou à quelques kilomètres, ce qui était courant à une époque où l'île comptait des dizaines d'unités de petite taille.
L'activité de production familiale s'éteint dans les années qui suivent la crise sucrière des années 1960. Les sources divergent sur l'année exacte, et nous n'en retiendrons donc aucune : ce qui fait consensus, c'est la cause. La mécanisation, le coût de la main-d'œuvre et la concentration du secteur rendent les petites distilleries non rentables. La marque survit alors sans outil de production, en s'appuyant sur des producteurs de l'île.
Stéphane Madkaud reprend l'exploitation familiale en 2006, puis rebaptise la marque « Héritiers Madkaud » en 2007. Les deux dates sont distinctes et méritent de l'être : l'une est un sauvetage patrimonial, l'autre un choix de nom. Le pluriel du mot « héritiers » est le programme de la maison, celui d'une transmission revendiquée plutôt que d'une refondation.
Le rhum blanc de la maison relève de l'appellation d'origine contrôlée Martinique, dont le cahier des charges encadre la culture, la fermentation, la distillation et jusqu'au temps qui précède la mise en bouteille. Voici ce que cela implique concrètement.
Le point de départ est le vesou, jus de canne pressé au moulin, dont le cahier des charges exige une richesse minimale en sucres et une acidité contenue. La fermentation se fait en cuves ouvertes, par lots séparés, et ne peut excéder cinq jours. La distillation passe par une colonne créole dont la zone de concentration est entièrement en cuivre, et le distillat sort entre soixante-cinq et soixante-quinze degrés. La rectification est interdite : c'est elle qui gommerait le caractère.
C'est le point que la plupart des fiches en circulation donnent faux. Le cahier des charges homologué impose aux rhums blancs une période de repos en cuve de six semaines au minimum après la distillation, et non de trois mois comme on le lit souvent. Ce repos laisse retomber les composés les plus volatils et arrondit le distillat sans lui faire toucher le bois, puisqu'un blanc d'appellation ne doit présenter aucune coloration.
Les cannes qui servent aux rhums de la marque viennent du nord atlantique de la Martinique, une zone au vent, exposée aux alizés et bien arrosée. La coupe se fait entre le premier janvier et la fin août, période fixée par l'appellation, et la distillation suit de peu. Aucun enrichissement en sucre n'est autorisé, ni par sirop ni par mélasse : le degré final ne peut venir que de la canne elle-même.
La distillation se fait aujourd'hui sur le site de production de Sainte-Marie, commune inscrite dans l'aire d'appellation. Plusieurs sources tierces concordantes y désignent la distillerie Saint James ; la maison, elle, s'en tient à une formule neutre et ne nomme pas son partenaire. Stéphane Madkaud sélectionne les cuvées et n'intervient pas dans la production. La bouteille est ensuite embouteillée sur l'île.
Un blanc d'appellation n'est pas un rhum neutre : il porte la canne, la fermentation et la colonne sans que le bois vienne recouvrir quoi que ce soit. C'est ce qui en fait la base des cocktails antillais et un verre exigeant en dégustation.
Le geste est connu et tient en trois éléments : un quartier de citron vert pressé, une cuillère de sirop de canne, le rhum par-dessus, sans glace. L'ordre importe peu, la proportion beaucoup. Le sirop de canne se dose à la cuillère et non au trait, sous peine d'écraser le végétal du blanc. C'est l'usage pour lequel ce type de rhum a été conçu, et celui où il se montre le mieux.
Le même rhum tient très bien dans un verre long, allongé d'eau gazeuse ou d'un jus d'agrume, avec de la menthe ou du gingembre. La trame végétale du jus de canne résiste au mélange là où un rhum de mélasse se laisserait couvrir. Un blanc agricole ne se dilue pas comme un rhum de colonne continue : il faut moins de sirop et plus d'acidité pour le mettre en valeur.
L'appellation impose au minimum quarante degrés à la mise en marché, sans maximum, et les blancs martiniquais se situent le plus souvent bien au-dessus. La maison décline le sien en deux formats, l'un et l'autre embouteillés à cinquante degrés. Dix degrés d'écart changent tout au dosage d'un cocktail : à cinquante, on verse moins de rhum et davantage d'acidité pour retrouver le même équilibre.
Un entrepreneur martiniquais né en 1857, cadet d'une fratrie de neuf enfants, fils de Louis et Monique Madkaud, affranchis à l'abolition de 1848. Il rachète le domaine de Fond-Capot où il avait été employé et fonde sa maison de rhum en 1895.
Sur le site de production de Sainte-Marie, commune de l'aire d'appellation, à partir de cannes du nord atlantique de l'île, puis embouteillés en Martinique. La marque ne possède plus de distillerie en propre depuis l'arrêt des unités familiales et se consacre à la sélection des cuvées.
Six semaines au minimum, en cuve, après la distillation. Le chiffre figure dans le cahier des charges homologué de l'appellation Martinique. Beaucoup de fiches commerciales annoncent trois mois : c'est une erreur répandue. Ce repos ne donne aucune couleur au rhum, qui doit rester incolore pour être vendu comme blanc.
Sur Trinquay, dans ce rayon. La fiche produit reprend l'appellation, la matière première et les mentions portées par l'étiquette, et précise la cuvée et le format, qui déterminent le degré.