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La Compagnie des Indes ne distille pas. La maison achète des fûts déjà remplis, les suit dans son entrepôt, les assemble parfois, puis les met en bouteille sous son propre nom. C'est le métier ancien du négoce de spiritueux, et il donne des étiquettes qui se lisent autrement que celles d'une distillerie : on y cherche d'abord le pays d'origine, la date de distillation et celle de la mise en bouteille. Cette page réunit les rhums de la maison référencés chez Trinquay, du blanc d'assemblage au vieux millésimé de la Barbade, et donne les repères qui permettent de les comparer entre eux : d'où vient le distillat, où il a dormi, et ce que recouvrent les mentions imprimées sur le verre.
Florent Beuchet grandit dans une famille bourguignonne du vin, puis part se former aux États-Unis auprès d'Arnaud de Trabuc, l'homme des rhums Banks. En 2013, il crée avec son père Pierre une société de distribution de spiritueux ; l'année suivante, il fonde La Compagnie des Indes et commence à acheter des fûts pour son propre compte. La maison est restée une petite structure, installée à Meung-sur-Loire, dans le Loiret, où les fûts achetés attendent leur mise en bouteille. Ce passage par le vin explique en partie la façon dont elle parle de ses rhums : par millésime, par origine et par fût plutôt que par gamme.
Le nom renvoie aux grandes compagnies européennes de commerce maritime des XVIIe et XVIIIe siècles, celles qui reliaient l'Europe, les Antilles et l'Asie et faisaient circuler le sucre, les épices et l'eau-de-vie de canne. Le choix n'est pas décoratif : il dit la géographie que la maison s'est donnée. Ses fûts viennent des Caraïbes, d'Amérique centrale, de l'océan Indien et jusqu'en Indonésie, et une même étiquette peut réunir des distillats séparés par un océan. Le fil conducteur n'est pas un terroir, c'est une sélection.
Un embouteilleur indépendant n'intervient ni sur la canne, ni sur la fermentation, ni sur l'alambic. Il entre en scène une fois le distillat en fût : il choisit ce qu'il achète, décide combien de temps il le laisse encore vieillir, à quel degré il le réduit, et s'il le filtre ou non avant la mise en bouteille. Sa signature tient dans ces quatre décisions. C'est pourquoi deux bouteilles portant le même nom de distillerie mais deux embouteilleurs différents n'ont presque jamais le même goût, ni le même degré.
Le Tricorne est le rhum blanc de la maison, et il ne ressemble à aucun blanc d'île. Il réunit trois familles de distillat : du rhum de pur jus de canne, du rhum de mélasse et de l'arak de Batavia, cette eau-de-vie indonésienne fermentée avec du riz. Les origines citées vont de la Jamaïque à La Réunion, de Trinidad à l'Indonésie. Florent Beuchet raconte avoir goûté dix-sept échantillons avant d'arrêter la formule. La bouteille sort à 43 %, sans filtration à froid, un degré plus haut que la moyenne des blancs d'assemblage.
Ce rhum de mélasse a été distillé à la Barbade en janvier 1996 et mis en bouteille en octobre 2016, soit vingt années pleines de fût. Il n'a pas passé ces vingt ans sous les tropiques : le fût a séjourné deux ans sur l'île avant de rejoindre l'Europe, où il a terminé son vieillissement au frais. L'étiquette porte la mention Multi Distilleries plutôt que le nom d'une adresse unique. Foursquare et la West Indies Rum Distillery figurent parmi les sources connues ; la troisième distillerie de l'assemblage n'a jamais été nommée par la maison, et nous ne la nommerons pas davantage. Le rhum est embouteillé à 45 %, sans filtration à froid.
Le onze ans dominicain relève d'une autre école, celle des rhums de mélasse des Caraïbes hispanophones, où la colonne domine et où le profil se joue sur la rondeur plus que sur l'intensité aromatique. L'étiquette annonce l'âge, le pays et le degré — 46 % — mais s'arrête au pays pour l'origine. La maison nomme la distillerie quand son contrat d'achat le lui permet, ce qui n'est pas toujours le cas : beaucoup de producteurs vendent leurs fûts à condition que leur nom n'apparaisse pas sur la bouteille d'un tiers.
Un single cask, c'est un fût et rien de plus : on le vide, on le met en bouteille, et la série s'arrête là. Le nombre de flacons dépend de ce qu'il restait dans le bois après la part des anges, et le degré est celui du fût, pas celui d'un cahier des charges commercial. Deux barriques voisines du même chai, remplies le même jour, donneront deux bouteilles différentes. C'est le format le plus lisible pour l'amateur et le moins reproductible pour la maison, puisqu'aucune sortie ne peut être refaite à l'identique.
Multi Distilleries est une formule propre à la maison. Elle signale que la bouteille réunit des fûts venus de plusieurs distilleries, le plus souvent d'un même pays, là où Single Cask désigne l'inverse. Ce n'est pas l'aveu d'un mélange anonyme : l'assemblage permet d'atteindre un équilibre qu'aucun fût pris isolément ne donnait, et il reste daté, millésimé et limité en volume. Le Barbados 1996 en est l'exemple : une seule île, une seule année de distillation, plusieurs adresses de production.
La question mérite une réponse précise plutôt qu'un slogan. Chez La Compagnie des Indes, les fûts uniques sortent sans aucun ajout, ni sucre, ni colorant, ni arôme. En revanche, une partie des assemblages courants de la maison est édulcorée au sirop de canne, autour de quinze grammes par litre, et une dizaine de grammes sur les assemblages jamaïcains. La maison ne s'en cache pas et publie ses dosages, ce qui reste rare dans le rhum. Aucune de nos fiches ne porte de valeur mesurée : nous préférons l'écrire plutôt que de recopier une promesse générale.
Un blanc à 43 % tient sa place dans un verre monté : le degré résiste à la dilution de la glace là où un blanc à 37,5 % s'efface. Le Tricorne se prête au ti-punch comme au daiquiri, et sa part de pur jus lui donne le côté végétal qu'on cherche dans ces deux cocktails, tandis que l'arak et la mélasse apportent une matière plus ronde. Servi pur et frais, il se lit aussi très bien, à condition de lui laisser quelques minutes dans le verre.
Vingt ans de fût et une absence de filtration à froid donnent un rhum dense, qu'on sert à température ambiante dans un verre resserré vers le haut. Le voile qui peut apparaître si la bouteille a pris froid n'est pas un défaut : c'est la signature des rhums non filtrés, et il se dissipe en revenant à température. Sur ce type de profil barbadien, le chocolat noir, le café torréfié et les fruits secs sont les accords les plus sûrs. La goutte d'eau, elle, se décide au cas par cas.
Une étiquette de la maison porte le plus souvent les deux dates. La différence entre elles donne le temps de fût réel, ce qu'aucune mention d'âge arrondie ne permet de recalculer. Le millésime, lui, désigne l'année où le rhum est sorti de l'alambic, pas la durée qu'il a passée dans le bois : un millésime 1996 embouteillé en 2016 et un millésime 1996 embouteillé en 2003 n'ont rien en commun. Croiser les deux dates est le geste le plus utile devant une bouteille d'embouteilleur.
C'est un embouteilleur indépendant. La maison n'a ni champ de canne, ni colonne, ni alambic : elle achète des fûts à des distilleries et à des courtiers, les laisse vieillir, les assemble parfois, puis les réduit et les met en bouteille en France. Le nom sur l'étiquette est donc celui du sélectionneur, pas celui du producteur.
La mention indique un assemblage de fûts issus de plusieurs distilleries, généralement d'un même pays, par opposition à un Single Cask tiré d'un fût unique. Elle reste compatible avec un millésime et un âge précis, comme sur le Barbados distillé en 1996 et vieilli vingt ans.
Cela dépend de la bouteille. Les fûts uniques sont embouteillés sans ajout. Une partie des assemblages courants de la maison reçoit du sirop de canne, autour de quinze grammes par litre. Le dosage change d'une gamme à l'autre, et il vaut mieux le vérifier référence par référence plutôt que de se fier à une règle de maison.
Trinquay réunit les rhums de la maison sur cette page, avec pour chaque bouteille son pays d'origine, son millésime ou son âge, son degré et les mentions portées sur l'étiquette. Le conseil se fait par message si vous hésitez entre un blanc d'assemblage et un vieux millésimé.