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Rhums La Mauny

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Au sud de la Martinique, à quelques minutes du bourg de Rivière-Pilote, une distillerie porte le nom d'un noble breton arrivé sur l'île au XVIIIe siècle. Le site travaille le jus de canne fraîchement pressé, embouteille sous appellation d'origine contrôlée, et sert aussi d'outil de production à d'autres marques martiniquaises. Cette page réunit les étiquettes signées de la maison et donne les repères qui permettent de les lire : le cadre posé par l'appellation, l'effet d'un séjour en fût de porto, et la différence entre une cuvée épicée et un ambré élevé sous bois.

La Mauny Rhums, un nom breton posé sur une habitation martiniquaise

Joseph Ferdinand Poulain, comte de Mauny, débarqué de Bretagne

Le nom de la maison vient d'un homme : Joseph Ferdinand Poulain, comte de Mauny, noble breton né en 1749. Il quitte la métropole pour la Martinique, s'y installe et épouse une créole en 1785. Le couple donne alors à sa propriété le nom de la famille, et ce nom n'a plus bougé depuis. La marque martiniquaise que l'on trouve aujourd'hui sur les étiquettes porte donc un patronyme venu de Bretagne — une situation banale dans une île où les habitations ont souvent gardé le nom de celui qui les avait reçues ou achetées, bien avant que le rhum ne devienne leur production principale.

La distillerie posée à deux kilomètres au nord du bourg de Rivière-Pilote

Rivière-Pilote occupe le sud de l'île, et la distillerie se tient à deux kilomètres au nord du bourg. La géographie n'est pas anecdotique dans un rhum de jus de canne : la matière première ne supporte pas le voyage, elle doit rejoindre le moulin peu après la coupe, faute de quoi elle commence à fermenter d'elle-même et perd ce qui fait son intérêt. Une distillerie du sud travaille donc des cannes du sud, et son adresse dit déjà quelque chose du calendrier qu'elle suit, campagne après campagne.

Duquesne et Trois-Rivières distillées sous le même toit

Le site ne produit pas seulement sous son propre nom. Duquesne et Trois-Rivières y sont également distillées, la seconde depuis 2004, année où sa production a quitté Sainte-Luce pour Rivière-Pilote. Trois marques sous appellation sortent ainsi du même outil industriel, ce qui surprend parfois le lecteur habitué à associer une bouteille à un bâtiment. Partager une adresse ne revient pas à partager un rhum : chaque marque garde ses recettes, ses assemblages et son propre catalogue, et rien n'autorise à transporter d'une étiquette à l'autre ce qui est écrit sur l'une d'elles.

Le jus de canne frais et l'appellation d'origine martiniquaise

Une canne pressée sur place, sans détour par la sucrerie

L'Héritage 1749 comme le Spiced partent du même point : du jus de canne frais. Le vesou, ce jus tiré de la canne au moulin, fermente puis rejoint la distillation sans que le sucre en ait été extrait au passage. C'est ce qui sépare cette famille de rhums de ceux qui naissent de la mélasse, ce résidu sirupeux laissé par la fabrication du sucre. La mention « agricole », en revanche, ne se déduit pas de la seule matière première : le règlement européen la réserve aux départements français d'outre-mer et à Madère, et la Martinique entre bien dans ce cadre.

Le passage sous bois, de douze à dix-huit mois de chêne

Les deux fiches de la maison annoncent la même durée de bois : douze à dix-huit mois en fût de chêne. Le repère mérite d'être posé, parce que l'appellation martiniquaise chiffre ses seuils au lieu de les laisser à l'appréciation du producteur. Un rhum élevé sous bois doit y avoir passé douze mois au minimum en fût de chêne ; il en faut trois ans pour que la mention « vieux » devienne possible. L'Héritage 1749, qui porte l'AOC Martinique et affiche cette fourchette, se range donc du côté des ambrés : la couleur et une part des arômes du bois sont là, la mention « vieux » reste hors de portée.

Le contrôle du groupe Campari depuis l'automne 2019

À l'automne 2019, l'ensemble est passé sous le contrôle du groupe Campari. Un changement d'actionnaire ne modifie pas le cahier des charges : une appellation d'origine contrôlée est un texte public, opposable, qui s'impose au propriétaire quel qu'il soit et se vérifie par un organisme tiers. Ce qui peut bouger, en revanche, c'est la distribution, le rythme des séries limitées et la place commerciale donnée à chaque marque du site. Pour qui lit une étiquette, la donnée utile reste celle qui est imprimée dessus : l'appellation, la durée de bois, le degré.

L'Héritage 1749 et le Spiced, deux traitements du bois et des arômes

L'Héritage 1749, un ambré fini en fût de porto

L'Héritage 1749 suit un parcours en deux temps : douze à dix-huit mois de chêne d'abord, puis une maturation en fûts de porto. La seconde étape n'ajoute rien au liquide, elle le laisse séjourner dans un bois qui a déjà travaillé. Un fût ayant contenu du vin muté n'est jamais tout à fait vide de ce qu'il a gardé, et il en restitue une part au rhum qui vient s'y installer. Le procédé est courant chez les rhums vieux comme chez les whiskies, et il figure sur l'étiquette parce qu'il compte : le même distillat, passé dans un autre fût, ne rend pas la même chose.

Zéro gramme de sucre déclaré sur l'ambré d'appellation

La fiche de l'Héritage 1749 porte une donnée que peu de bouteilles affichent : 0 g/L de sucre. Le chiffre n'a rien de décoratif. Le sucrage après distillation, pratiqué sur une partie des rhums du monde, arrondit la bouche et masque la jeunesse d'un distillat ; il est proscrit sous l'appellation martiniquaise, qui n'admet le caramel colorant que dans la limite de 2 % d'obscuration. Un zéro annoncé sur une bouteille d'appellation confirme donc la règle plutôt qu'il ne la contourne, et il donne au lecteur un point de comparaison chiffré, ce que les mentions purement commerciales ne fournissent presque jamais.

Le Spiced et ses arômes ajoutés après la distillation

Le Spiced sort du même site et de la même matière première, le jus de canne frais, mais il ne joue pas dans la même catégorie. Un rhum épicé se définit par ce qui lui est apporté une fois la distillation faite : épices, aromates, parfois du sucre. Le détail de la recette n'est pas publié par la maison, et sa fiche ne porte ni liste d'épices ni teneur en sucre — rien ne sera écrit ici à leur place. Ce qui est acquis, c'est que cette mention place la bouteille hors du cadre de l'appellation martiniquaise, qui n'admet aucun ajout de ce type. Le degré, lui, est le même que sur l'ambré : quarante.

Deux façons de servir, selon que l'étiquette porte l'appellation

L'ambré à quarante degrés, servi pur

Un ambré d'appellation à quarante degrés se prête au verre de dégustation. Le séjour en fût de porto est exactement le genre de détail qui disparaît sous un mélange : un jus de fruit ou un soda le recouvre en quelques secondes, et le travail du bois passe à la trappe. Servi pur, le rhum garde la main sur ce que la barrique lui a laissé. Une goutte d'eau reste possible si le nez paraît fermé, mais à quarante degrés le besoin se fait rarement sentir : c'est sur les hauts degrés que la dilution se justifie vraiment.

L'épicé, plutôt allongé qu'en dégustation

L'usage d'un rhum épicé se joue ailleurs. Les arômes qui lui ont été apportés sont assez présents pour tenir dans un verre long, avec de la glace et un soda au gingembre par exemple, là où un ambré d'appellation y perdrait sa finesse. Quarante degrés laissent de la marge pour allonger sans que le rhum disparaisse derrière le mélange, et c'est bien de cette manière que la catégorie s'est installée dans les bars. Rien n'interdit de le goûter pur pour se faire une idée de la recette, mais son terrain naturel reste le verre monté.

Conserver un flacon entamé, debout et à l'abri de la lumière

Un rhum n'évolue plus une fois la bouteille fermée : le bois n'agit qu'en fût, et le compteur s'arrête à la mise en verre. Reste la conservation courante, qui vaut pour toutes les eaux-de-vie. Un flacon se range debout, afin que l'alcool n'attaque pas le bouchon, et à l'écart de la lumière directe, qui altère la couleur avec le temps. Une bouteille entamée tient plusieurs mois sans dommage notable ; plus elle se vide, plus la part d'air augmente et plus l'oxydation gagne du terrain.

Questions fréquentes sur les rhums La Mauny

Où se trouve la distillerie La Mauny ?

Dans le sud de la Martinique, à deux kilomètres au nord du bourg de Rivière-Pilote. Le même site distille aussi, sous appellation, les rhums Duquesne et Trois-Rivières, la production de ces derniers y ayant été transférée en 2004.

Les rhums La Mauny sont-ils des rhums agricoles ?

Leur matière première est le jus de canne frais, celle des rhums dits agricoles. La mention elle-même est encadrée par le règlement européen, qui la réserve aux départements français d'outre-mer et à Madère : la Martinique entre dans ce cadre. L'Héritage 1749 porte en outre l'AOC Martinique, dont les exigences vont bien au-delà de la seule matière première.

Le Spiced de La Mauny est-il un rhum AOC Martinique ?

Non. Sa fiche ne porte aucune appellation, et un rhum épicé reçoit des arômes après la distillation, un ajout que le cahier des charges martiniquais n'admet pas. Sur les étiquettes de la maison réunies ici, seul l'Héritage 1749 est donné sous AOC Martinique.

Où acheter un rhum La Mauny en ligne ?

Sur Trinquay. Les étiquettes de la maison sont rassemblées sur cette page de collection, avec leur degré, leur durée de bois et leur appellation quand elle existe. Chaque fiche produit donne ensuite le détail complet de la bouteille.