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Rhums Mezan

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Acheter une bouteille chez un embouteilleur n'est pas la même chose qu'acheter chez une distillerie. La distillerie vend ce qu'elle produit ; l'embouteilleur, lui, vend ce qu'il a choisi : un fût repéré sur place, suivi pendant des années, puis mis en bouteille selon ses propres règles. Mezan appartient à cette seconde famille, et sa règle tient en une phrase — ne rien ajouter au rhum entre le fût et le verre. Cette page réunit ses embouteillages et donne trois repères pour les lire : ce que recouvre la formule maison, la façon dont le vieillissement se partage entre les tropiques et l'Europe, et les origines qui se croisent sous une même étiquette.

Rhums Mezan : les choix d'un embouteilleur britannique

Une maison fondée par Neil Mathieson

Mezan est une maison britannique née de l'activité d'importation de Neil Mathieson et de sa société Eaux de Vie. Le principe du métier est simple à énoncer et exigeant à tenir : aller choisir des fûts dans les Caraïbes, chez des distilleries qui vendent une partie de leur production en vrac, puis décider seul du moment de la mise en bouteille. La maison ne distille pas : son travail commence là où celui de la distillerie s'arrête, et se joue entièrement sur la sélection et la patience.

Une seule distillerie derrière chaque millésime

Les embouteillages millésimés portent tous la mention single distillery. Elle signifie que le liquide de la bouteille vient d'un seul lieu de production, sans mélange d'origines : le Trinidad 2003 et le Trinidad 2009 viennent de Port of Spain, le millésime dominicain de San Pedro de Macorís, le nicaraguayen de Chichigalpa, celui du Guyana du Demerara. C'est l'inverse de la logique des marques de négoce, qui assemblent volontiers plusieurs pays sous un même nom. L'étiquette dit donc d'où vient le rhum, et pas seulement qui l'a mis en bouteille.

Le XO jamaïcain et le Panama, les deux sorties de la règle

Deux bouteilles échappent à ce cadre. Le Jamaïque XO est un assemblage revendiqué comme tel : il réunit des rhums de Hampden et de Monymusk, distillés à l'alambic à repasse, vieillis sous les tropiques puis remis en fût et mariés plusieurs années avant l'embouteillage. Le Panama Extra Añejo, lui, n'annonce ni année de distillation ni distillerie unique — il se présente par sa seule mention de vieillissement. Les deux sortent à 40 % et partagent avec le reste de la gamme la même absence d'ajouts.

Le rhum non altéré, la règle que Mezan applique à ses fûts

Le sucre affiché à zéro gramme par litre

La maison résume sa façon de faire par une formule, « the untouched rum » — le rhum non altéré. Le premier point qu'elle recouvre est le sucrage : un rhum peut légalement recevoir une dose de sucre après vieillissement, ce qui arrondit la bouche et masque l'amertume du bois. Chaque référence Mezan affiche un dosage de zéro gramme par litre, et le XO comme le Panama portent la mention sans sucre ajouté sur l'étiquette. Le chiffre est vérifiable, et c'est ce qui le rend intéressant : peu de maisons le publient.

Pourquoi la maison écarte la filtration à froid

Le deuxième point est la filtration. Refroidir un rhum avant de le filtrer fait précipiter des composés gras et aromatiques qu'on retire ensuite : le liquide reste limpide en toutes circonstances, mais il a perdu une part de sa matière. Les millésimes Mezan portent la mention non filtré à froid, et le XO comme le Panama annoncent une filtration légère avant la mise en bouteille. La conséquence se voit dans le verre : un rhum ainsi traité peut se voiler au contact de la glace ou d'un peu d'eau. Ce voile est un effet de la texture conservée.

La couleur telle qu'elle sort du fût

Le troisième point est la couleur. Le caramel colorant est admis dans le rhum et sert le plus souvent à harmoniser la teinte d'un lot à l'autre, ou à donner l'apparence d'un long vieillissement. Toutes les bouteilles de la maison portent la mention sans colorant : ce qu'on voit dans le verre vient du bois et du temps, pas d'un correctif. Un rhum ancien peut donc paraître plus pâle qu'un rhum jeune, selon le fût qui l'a élevé — et cette irrégularité est précisément l'information qu'un colorant efface.

Un vieillissement partagé entre les tropiques et l'Europe

Le séjour tropical, court et intense

Les fûts commencent leur vie dans leur pays d'origine, sous un climat chaud et humide. Le bois y travaille vite : les échanges entre le liquide et le chêne s'accélèrent, la part perdue par évaporation grimpe, et quelques années suffisent à donner de la couleur et de la structure. Sur les millésimes de la maison, ce premier temps se compte en trois ou quatre ans seulement, après quoi les fûts sont sélectionnés et rapatriés. Un rhum tropical de trois ans n'a rien d'un rhum européen du même âge.

La suite au frais, dans un chai européen

Le reste du vieillissement se passe en Europe, dans un chai tempéré où tout ralentit. L'évaporation devient modeste, l'extraction se fait plus lente, et le rhum gagne en finesse ce qu'il ne gagne plus en puissance boisée. Chez Mezan, cette seconde période est régulièrement la plus longue des deux : elle atteint treize ans sur le millésime 2003 de Trinidad, contre trois ans passés sur place. Lire les deux durées ensemble en dit plus long sur le style d'une bouteille que le total additionné.

Le fût de bourbon, puis le fût de rhum

Le chêne américain ayant contenu du bourbon reste le fût de référence de la maison : c'est lui qui accueille le Trinidad 2003, le millésime dominicain, le nicaraguayen et le Guyana 2005. Le Trinidad 2009 fait exception et mérite qu'on s'y arrête : ses années tropicales se sont déroulées dans des fûts de premier remplissage fortement chauffés, puis ses années européennes dans des fûts ayant déjà contenu du rhum. Un fût de premier remplissage donne beaucoup et vite ; le second, déjà assagi, laisse le rhum se poser.

Les origines réunies sous une même étiquette

Les jamaïcains, de l'assemblage XO au millésime 2006

La Jamaïque tient une place particulière dans la gamme. Le XO en donne la version accessible, à 40 %, avec l'alambic à repasse de Hampden et de Monymusk pour signature. Le millésime 2010 propose la même origine dans une lecture datée, à 46 %, après trois ans sur l'île et neuf ans en Europe. Le millésime 2006, enfin, sort au degré de son fût, à 57,3 % : c'est la version la plus démonstrative de cette origine, celle qu'on ouvre pour un verre de dégustation plutôt que pour un mélange.

Un Demerara 2005 embouteillé à 40 %

Le Guyana apporte au rayon une mélasse d'un autre caractère, élevée en fûts ayant contenu du bourbon et embouteillée à 40 %. Le degré modéré change la façon d'aborder la bouteille : elle se sert telle quelle, sans dilution, et convient à qui découvre les rhums du Demerara sans vouloir affronter d'emblée un brut de fût. Comme le reste de la gamme, elle n'a reçu ni sucre ni colorant, ce qui rend la comparaison avec d'autres rhums du même pays plus lisible.

Les origines d'Amérique centrale et des Caraïbes hispanophones

Le Nicaragua de Chichigalpa et la République dominicaine de San Pedro de Macorís complètent la sélection en millésimes à 46 %, l'un après quatre ans sur place, l'autre après trois. Le Panama Extra Añejo ferme la marche à 40 %, sans millésime affiché. Ces bouteilles viennent de pays dont les rhums ont souvent la réputation d'être adoucis après vieillissement : les voir embouteillés sans ajout donne un point de comparaison rare, et c'est probablement là que la règle de la maison se remarque le plus.

Questions fréquentes sur les rhums Mezan

Mezan possède-t-il sa propre distillerie ?

Non. Mezan est un embouteilleur indépendant : la maison achète des fûts à des distilleries des Caraïbes et d'Amérique centrale, les suit jusqu'à ce qu'elle les juge prêts, puis les met en bouteille sous son nom. Le rhum a donc été distillé ailleurs, par un producteur dont l'étiquette indique le pays et, sur les millésimes, la distillerie d'origine.

Pourquoi Mezan indique-t-il single distillery sur ses étiquettes ?

Parce que la mention garantit qu'aucune autre origine n'est entrée dans la bouteille. Beaucoup de rhums vendus sous une marque sont des assemblages de plusieurs distilleries, parfois de plusieurs pays, et l'étiquette n'en dit rien. En annonçant une distillerie unique, la maison rend la bouteille comparable : on sait ce qu'on goûte, et on peut la confronter à un autre embouteillage de la même origine.

Pourquoi les millésimes Mezan finissent-ils leur vieillissement en Europe ?

Parce que les deux climats ne font pas le même travail. Sous les tropiques, le bois marque vite et l'évaporation est forte ; en Europe, le rhum vieillit lentement et perd peu de volume. Rapatrier les fûts après quelques années permet de garder le bénéfice du départ tropical tout en laissant le temps affiner le reste, sans que le boisé ne finisse par tout recouvrir.

Où acheter un rhum Mezan en ligne ?

Sur cette page. Trinquay est une cave en ligne indépendante, et chaque embouteillage Mezan y est présenté avec son millésime, son degré, son pays d'origine, le détail de son passage en fût et les mentions portées par l'étiquette. Chaque référence renvoie à sa fiche produit, où figurent les caractéristiques complètes de la bouteille et les repères de service.