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Le rhum sud-africain tient en peu de maisons, et celle-ci est née d'un champ de canne plutôt que d'une sucrerie. À Malelane, en lisière du parc Kruger, une ferme familiale a cessé de vendre sa récolte au sucre pour en distiller le jus. Tout part de là : une seule variété de canne, une fermentation laissée à elle-même, un alambic à repasse, et des maturations qui n'empruntent pas toutes le chemin du fût. Cette page rassemble les embouteillages de la maison et donne les repères pour s'y retrouver, de la matière première au degré inscrit sur l'étiquette.
La famille Greaves cultive la canne à Malelane, dans le district de l'Onderberg au Mpumalanga, depuis les années 1980. Robert Greaves, ingénieur mécanicien de formation, revient à la ferme après la crise de 2008 et prend une décision qui change la destination de la récolte : distiller le jus au lieu de le livrer au sucre. Le premier rhum sort en 2013, la production commerciale démarre en 2015. La distillerie est un prolongement de l'exploitation agricole, pas une usine installée à côté d'elle — un détail qui explique la suite, du choix de la canne à la façon de faire vieillir.
Les cannes travaillées ici sont des variétés sud-africaines de la série N, cultivées sur les terres de la ferme, dans la région du Nkomazi. Le point compte plus qu'il n'y paraît. Dans un rhum de jus de canne frais, la matière première ne supporte pas l'attente : elle doit être pressée peu après la coupe, ce qui suppose que le champ et le moulin soient voisins. Une maison qui achète son jus dépend d'un calendrier qu'elle ne maîtrise pas ; une maison qui coupe sa propre canne décide de la date et du degré de maturité. Le caractère des rhums de Malelane se joue en partie là, avant même la fermentation.
Robert Greaves a construit lui-même les alambics de la distillerie, des appareils à repasse — les pot stills du monde anglo-saxon — qui travaillent par charges et non en continu. Sa formation d'ingénieur mécanicien n'est pas anecdotique dans ce choix : l'atelier fait partie de l'outil de production au même titre que le moulin à canne. Rien ne sort d'ici qui n'ait été distillé en alambic à repasse, ce qui donne à toute la gamme une même colonne vertébrale aromatique, quel que soit ensuite le traitement réservé au bois.
Le jus pressé fermente sans ajout d'eau ni de levure industrielle, et les deux absences se lisent dans le verre. Ne pas couper le moût à l'eau, c'est partir d'une charge en sucres plus élevée et accepter une fermentation plus lente, plus difficile à conduire. Renoncer à la levure sélectionnée, c'est laisser le travail dépendre de ce que la matière apporte, donc accepter des écarts d'une cuve à l'autre plutôt qu'un profil calibré. Ce parti pris explique une bonne part de la charge aromatique que l'on retrouve ensuite sur les embouteillages non boisés. Rien n'est ajouté après coup non plus : chaque référence de la maison est donnée à 0 g/L de sucre.
Les esters sont les composés qui portent, dans un rhum, les notes de fruit mûr, de banane et de vernis. Ils se forment pendant la fermentation et se concentrent au moment de la distillation. Mhoba en fait un argument affiché : son embouteillage blanc porte la mention high ester dans son nom même, et un rhum blanc à haute teneur en esters entre aussi dans la composition du Strand 101, assemblé à la distillerie. Une teneur élevée en esters n'est pas un défaut de propreté, c'est une intention — celle qui a rendu la Jamaïque célèbre, appliquée ici à du jus de canne frais.
Les degrés de la maison s'étalent de 43 % à 65,2 %. Le haut de la fourchette correspond aux embouteillages qui portent la mention brut de fût : mis en bouteille sans réduction à l'eau, ils sortent à la force que leur a laissée le fût, ou l'alambic quand il n'y a pas eu de bois. Les ambrés, eux, se tiennent entre 43 et 55 %. Sur une étiquette Mhoba, un degré donné à la décimale n'est pas un caprice de présentation : c'est la trace d'un lot précis, qu'aucune réduction n'a ramené vers un standard de gamme.
C'est la signature la plus inhabituelle de la maison. Plutôt que de remplir une barrique, la distillerie place le rhum dans une dame-jeanne de verre et y introduit des douelles de chêne blanc américain, découpées et chauffées sur braises sur place. Le verre est inerte : il n'apporte rien et ne laisse rien traverser ses parois. Tout l'échange vient donc du bois immergé, dont la surface de contact et le degré de chauffe sont choisis pièce par pièce. Le boisé qui en résulte est plus direct que celui d'une barrique, privé de l'oxydation lente que permet la porosité du fût. L'un de ces rhums repart ensuite en fût de whisky sud-africain pour une seconde maturation.
Le même principe, appliqué à une essence qui n'a rien à voir avec la tonnellerie. Le sicklebush — Dichrostachys cinerea — est le bois de barbecue traditionnel en Afrique du Sud, celui qui donne sa braise au braai. La distillerie en fait des douelles et les met au contact du rhum dans une dame-jeanne, exactement comme elle le fait du chêne américain. Le geste est cohérent avec tout le reste de la maison : la matière vient de l'environnement immédiat de la ferme, et l'on ne s'interdit pas une essence que la tonnellerie n'emploie pas. Le rhum qui en sort, le Bushfire, titre 55 %.
La barrique n'a pas disparu pour autant, et ses provenances varient. Les fûts ayant contenu du bourbon portent les millésimes 2017 et 2021, avec le registre de vanille et de noix de coco que le chêne américain neuf avait cédé au whiskey avant eux. Les fûts de vin rouge français signent l'un des embouteillages Velier de 2017, sur un tout autre terrain, plus sec et plus tannique. Les fûts de whisky sud-africain, enfin, reçoivent en seconde maturation un rhum déjà travaillé au verre. Dans tous les cas le vieillissement se déroule à la distillerie, sous climat tropical : l'échange avec le bois est plus rapide, et la part des anges plus lourde qu'en Europe.
Le blanc de la maison ne voit aucun bois et sort à 65,2 %, sans réduction. C'est la lecture la plus nue de ce que produit la distillerie : la canne du domaine, la fermentation, l'alambic à repasse, et rien d'autre. À ce titrage, l'usage veut qu'on ouvre le verre avec quelques gouttes d'eau, qui font ressortir la matière plutôt qu'elles ne la diluent. C'est aussi la référence à goûter en premier pour comprendre ce que les élevages ajoutent ensuite : le point de comparaison de toute la gamme est là.
Les ambrés de Mhoba abordent le bois sans passer par la barrique classique. L'American Oak Staved Aged, à 43 %, combine les douelles de chêne américain chauffées sur braises et une seconde maturation en fût de whisky sud-africain ; c'est le plus accessible en degré de toute la gamme. Le Bushfire, à 55 %, tire son caractère du sicklebush. Le Strand 101, à 50,5 %, assemble un rhum élevé au contact de douelles de chêne américain et un blanc d'alambic à haute teneur en esters, façon de remettre de la matière brute dans un rhum déjà boisé. Aucun ne porte de mention d'âge : une maturation au verre ne se compte pas comme un séjour en fût.
Un millésime dit ici l'année de distillation ; l'âge, lui, compte le temps passé sous bois, et les deux repères se lisent séparément. Le 2017 vieilli quatre ans en fûts de bourbon a été embouteillé par Habitation Velier à 64,6 %. Le second 2017, élevé le même temps en fûts de vin rouge français, l'a été par Velier à 64,3 %. Le 2021 est un fût unique, identifié WRD 1, sorti d'une barrique de bourbon après trois ans de vieillissement tropical et embouteillé par la distillerie elle-même à 60,9 %. Aucun de ces rhums n'a été réduit : le degré inscrit est celui du fût le jour de la mise en bouteille.
À Malelane, dans le district de l'Onderberg, province du Mpumalanga, au nord-est de l'Afrique du Sud et en lisière du parc national Kruger. La canne pousse sur place : la distillerie est installée sur la ferme familiale des Greaves, qui la cultive depuis les années 1980, et elle presse son propre jus.
Par sa matière première, oui : toute la gamme est distillée à partir de jus de canne frais, le critère qui sépare cette famille du rhum de mélasse. La dénomination « rhum agricole » est en revanche réglementée et réservée aux départements français d'outre-mer et à Madère : un rhum sud-africain ne peut pas la porter, quelle que soit sa matière première. Ce que Mhoba affiche, c'est la mention pure single rum — un rhum issu d'une seule distillerie et d'un seul type d'alambic, l'équivalent de ce qu'est un single malt au whisky.
Parce qu'une partie de la gamme est embouteillée brute de fût, c'est-à-dire sans réduction à l'eau. Le degré est alors celui du lot lui-même, entre 60,9 et 65,2 % sur les références concernées. Le reste de la gamme se situe plus bas, de 43 à 55 %. Un degré élevé n'annonce pas un rhum plus dur : il annonce un rhum plus concentré, que l'on ouvre au verre avec un peu d'eau.
Sur Trinquay. Notre cave en ligne réunit les embouteillages sud-africains de la maison à côté des rhums de jus de canne des Antilles, de l'océan Indien et d'ailleurs. Chaque fiche détaille la matière première, le type d'élevage, le degré et les mentions portées par l'étiquette, de quoi comparer deux bouteilles sans avoir à décoder leur nom.