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Un rhum mauricien de mélasse, distillé en colonne, vieilli sur son île, puis tiré d'un seul fût sans qu'on ait touché à son degré : voilà le genre de bouteille que cette marque met sur le marché à côté de sa gamme courante. Cette page rassemble les rhums de la maison et donne les repères qui permettent de les lire — d'où vient la matière première, ce que le climat tropical fait au bois, et pourquoi un embouteillage de fût unique se présente à un degré aussi élevé.
New Grove est la marque sous laquelle Grays commercialise ses rhums. La maison est établie à l'île Maurice et son activité couvre l'ensemble de la chaîne : elle distille, elle élève et elle embouteille sur place. Cette intégration est le premier élément à retenir, car elle distingue New Grove des marques mauriciennes qui achètent leur distillat et se contentent de l'assembler ou de l'aromatiser. Ici, la bouteille et l'outil de production relèvent de la même maison, ce qui donne à la marque la main sur le choix des fûts comme sur la durée d'élevage.
La maison fait remonter son savoir-faire à des méthodes établies par la famille Grays à partir de 1838. Cette ancienneté est revendiquée par la marque elle-même et s'inscrit dans l'histoire industrielle de l'île, où la transformation de la canne structure l'économie depuis le XIXe siècle. Il faut la lire pour ce qu'elle est : une continuité de maison et de pratiques, pas une garantie sur le contenu d'une bouteille donnée. C'est le contexte dans lequel s'inscrit la production actuelle, non un argument de dégustation.
L'outil de distillation, lui, est daté de 1932. Une distillerie qui tourne depuis cette période a eu le temps de fixer ses procédés, de stabiliser ses fermentations et de constituer un stock de fûts en vieillissement — ce dernier point étant décisif pour une gamme comme Savoir-Faire, qui suppose de disposer de barriques suffisamment anciennes pour être tirées seules. Sans stock dormant, pas de fût unique à douze ans : la profondeur du chai conditionne directement ce type d'embouteillage.
Maurice est une île sucrière : la canne y occupe l'essentiel des terres cultivées et alimente des usines qui produisent du sucre. La mélasse, ce sirop épais qui subsiste une fois le sucre cristallisé, est le sous-produit de cette activité, et c'est elle qui part à la distillerie. Le rhum mauricien s'inscrit donc dans un tissu industriel existant, à la différence des rhums de jus de canne qui supposent de presser la tige pour elle-même, à la récolte et sur un calendrier contraint.
La distillation se fait en colonne, l'appareil dominant dans le monde du rhum de mélasse. Une colonne sépare les alcools en continu et permet de sortir un distillat régulier, moins chargé en composés lourds qu'un passage en alambic à repasse. Ce choix technique oriente le profil : il donne une base propre, sur laquelle l'élevage en fût prend d'autant plus de relief. Sur un rhum resté douze ans en barrique, l'essentiel de ce qui se lit dans le verre vient du bois et du climat, et cette base nette permet précisément de les entendre.
Les rhums vieillissent à Maurice, sous un climat tropical. La chaleur et l'humidité accélèrent les échanges entre le liquide et le bois, et augmentent l'évaporation annuelle — la part des anges — bien au-delà de ce qu'on observe dans un chai européen. Une conséquence pratique en découle : douze ans passés sous les tropiques n'équivalent pas à douze ans passés en Écosse ou en Charente. L'extraction y est plus rapide et plus marquée, ce qui explique qu'un rhum tropical de cet âge présente déjà une charge boisée considérable.
Sous l'étiquette Savoir-Faire, la maison sort des embouteillages issus d'une seule barrique, dont le numéro est inscrit sur la bouteille. Le principe change la nature du produit : au lieu d'un assemblage reproductible d'une année sur l'autre, on obtient le contenu d'un contenant précis, avec ses caractéristiques propres. Deux fûts voisins du même chai et du même millésime ne donnent pas le même rhum. Le numéro n'est donc pas un ornement : c'est la seule référence qui identifie exactement ce qu'on a dans le verre.
Ces embouteillages partent sans réduction et sans filtration à froid. Réduire consiste à ajouter de l'eau pour ramener le rhum à un degré commercial ; s'en abstenir signifie mettre en bouteille ce que le fût a rendu. La filtration à froid, elle, sert à éliminer les composés gras qui troublent le liquide quand il refroidit — une opération cosmétique qui emporte au passage une partie de la matière aromatique. Deux gestes évités, donc, avec le même objectif : livrer le fût tel quel, quitte à ce que le liquide se voile dans le verre.
L'embouteillage porté par ce rayon vient du fût numéro 550 et du millésime 2010, c'est-à-dire l'année de distillation du rhum. L'étiquette mentionne aussi la collection Antipodes, une série constituée par La Maison du Whisky qui rassemble des sélections issues de plusieurs producteurs — c'est donc une mention de sélectionneur, et non une gamme propre à la maison mauricienne. Le millésime, le numéro de fût et la mention de collection se lisent ensemble : ils décrivent une bouteille unique et non un produit reconductible.
Le rhum a passé douze ans en fût neuf de chêne du Limousin. Les deux termes comptent. Le chêne du Limousin est un bois français à grain large, traditionnellement employé pour le cognac, plus généreux en tanins que le chêne américain habituel du rhum. Neuf signifie qu'aucun spiritueux ne l'avait occupé auparavant : le bois cède donc tout ce qu'il a, sans que rien ne l'ait épuisé. C'est un élevage exigeant, rare sur cette catégorie, et il explique une bonne part du caractère de la bouteille.
Les 65,2 % affichés ne sont pas un choix commercial mais un relevé : c'est le degré auquel le fût se trouvait au moment du tirage. Sous les tropiques, l'évaporation fait souvent monter le titre alcoométrique plutôt qu'elle ne le fait descendre, ce qui explique qu'un rhum de douze ans se présente encore aussi haut. Pour l'acheteur, la conséquence est double : la bouteille contient davantage de matière par centilitre, et elle demande d'être abordée autrement qu'un rhum ramené à quarante degrés.
À ce degré, l'alcool sature vite les perceptions et masque une partie des arômes. L'usage, sur un brut de fût, consiste à goûter d'abord tel quel, puis à ajouter quelques gouttes d'eau et à regoûter : la dilution abaisse le titre et libère des composés que l'alcool tenait enfermés. C'est un réglage progressif, à faire par petites touches, puisqu'on ne peut pas revenir en arrière. La bouteille se prête ainsi à plusieurs lectures successives, ce qui est une part du plaisir de ce format.
New Grove est la marque de rhum de Grays, à l'île Maurice. La maison distille sa mélasse en colonne, élève ses rhums sur place et les embouteille elle-même, ce qui la distingue des marques mauriciennes qui achètent un distillat produit par un tiers.
Savoir-Faire désigne la gamme d'embouteillages de fût unique de la maison. Chaque bouteille provient d'une seule barrique identifiée par un numéro, et sort sans réduction ni filtration à froid, donc au degré du fût. C'est une série de sélections, à distinguer de la gamme courante réduite à un degré standard.
Un rhum brut de fût est mis en bouteille au degré qu'il affichait dans sa barrique, sans ajout d'eau. Le titre alcoométrique dépend donc de la durée d'élevage et du climat du chai, et non d'une cible commerciale. Ces rhums titrent couramment entre 50 et 65 %, et s'apprécient volontiers avec quelques gouttes d'eau.
Trinquay référence les rhums New Grove dans son rayon spiritueux, aux côtés des autres rhums de l'océan Indien et des embouteillages de fût unique. Chaque fiche précise le millésime, la durée d'élevage, le type de fût et le degré, et le conseil reste disponible pour situer un brut de fût mauricien par rapport aux rhums de mélasse des Caraïbes.