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Une maison écossaise qui embouteille du whisky depuis sa création se met un jour au rhum de la Jamaïque, et découvre que son nom désigne aussi un lieu de l'île. La coïncidence est belle, mais ce n'est pas elle qui fait l'intérêt de la bouteille : c'est un assemblage de fûts venus de plusieurs distilleries, sorti au degré du bois. Cette page rassemble les embouteillages de la marque et donne les repères qui permettent de les lire — d'où vient ce nom, ce que recouvre la mention Micro Batch, et comment se compose un assemblage jamaïcain de treize ans.
La maison est un embouteilleur indépendant britannique, fondé en 2012. Son métier consiste à acheter des fûts à des distilleries, à suivre leur évolution, puis à les mettre en bouteille sous son propre nom. Elle ne produit pas d'alcool : elle choisit, elle attend et elle décide du moment de l'embouteillage. Ce modèle est ancien dans le whisky écossais, où il a longtemps permis de goûter des distilleries dont les propriétaires ne commercialisaient rien en leur nom, et il s'est étendu au rhum depuis une vingtaine d'années.
Le nom vient d'une pierre posée au sommet du Glen Croe, dans les Highlands occidentales, sur laquelle des soldats ont gravé en 1753 les mots « Rest and be thankful ». La route qui grimpe ce col était si rude qu'on s'y arrêtait pour souffler et rendre grâce d'être arrivé. L'endroit porte encore ce nom aujourd'hui. C'est une référence de montagnard plus que de distillateur, et elle dit assez bien l'esprit de la maison : on prend le temps, et on s'arrête quand c'est le bon moment.
Le hasard a voulu que ce nom existe aussi en Jamaïque, où il désigne un lieu du Cockpit Country. Cette région karstique du nord-ouest de l'île, faite de mornes calcaires et de dépressions, est le berceau de plusieurs distilleries jamaïcaines historiques, et ses toponymes anglais y sont souvent aussi imagés. La maison a fait de cette coïncidence le fil conducteur de son passage au rhum : un même nom, une pierre écossaise et un lieu-dit jamaïcain, deux territoires qu'elle embouteille désormais l'un et l'autre.
Depuis sa création, la maison sélectionne et embouteille des fûts de whisky écossais. Cette activité première n'est pas anecdotique pour qui achète son rhum : elle a formé l'œil de la maison sur des critères — la maturité d'un fût, le moment où le bois cesse d'apporter, le refus de corriger un liquide — qui se transposent presque tels quels d'une catégorie à l'autre. Un embouteilleur venu du single malt aborde un fût de rhum avec les réflexes qu'il a acquis en Écosse.
Le rhum jamaïcain rejoint le catalogue en 2022. Le choix de la Jamaïque pour une première incursion n'est pas neutre : c'est l'origine la plus typée du monde du rhum, celle des fermentations longues et des distillats très aromatiques, et celle qui parle le plus directement à un public de buveurs de whisky de caractère. C'est aussi l'un des terrains les plus fréquentés par les embouteilleurs indépendants, ce qui suppose d'arriver avec une sélection qui se distingue de celles déjà en rayon.
Chez un embouteilleur, tout le travail tient dans trois décisions : quel fût acheter, combien de temps le laisser, et à quel degré le sortir. La maison annonce des embouteillages sans additif, sans colorant et non filtrés à froid — autrement dit, elle s'interdit les trois retouches qui permettent habituellement d'homogénéiser un produit. Ce parti pris rend chaque sortie dépendante de la qualité du fût choisi, sans filet. Il explique aussi que ces bouteilles se présentent souvent à des degrés élevés.
L'assemblage s'ouvre sur deux rhums distillés en 2005, l'un à New Yarmouth, l'autre à Long Pond. Tous deux sortent d'alambics à repasse, l'appareil qui donne à la Jamaïque ses distillats les plus chargés. Ce sont les composants les plus anciens du lot, et ils lui apportent la profondeur que seules des années supplémentaires sous les tropiques peuvent donner. Faire cohabiter deux distilleries d'une même année est un exercice d'assemblage classique, qui cherche à croiser deux signatures plutôt qu'à les additionner.
Clarendon apporte deux fûts, tous deux de 2007, mais issus de deux appareils différents : l'un d'un alambic à repasse, l'autre d'une colonne. C'est la particularité de cette distillerie, qui exploite les deux outils sur le même site et peut donc produire des profils très éloignés sous un même nom. Réunir les deux dans un assemblage permet de tenir les deux bouts : la charge aromatique de l'alambic d'un côté, la netteté du distillat de colonne de l'autre. C'est ce fût supplémentaire qui explique l'écart entre le nombre de fûts et le nombre de distilleries.
Le dernier composant vient de Worthy Park et a été distillé en 2008, sur alambic à repasse également. C'est le plus récent des cinq fûts, et c'est donc lui qui fixe l'âge annoncé sur l'étiquette : dans un assemblage, la mention d'âge correspond toujours au composant le plus jeune, jamais à une moyenne. Sa présence apporte au lot une part plus vive, moins marquée par le bois que les distillats de 2005, et elle équilibre l'ensemble vers davantage de fruit.
L'étiquette annonce treize ans. Ce chiffre ne décrit pas la totalité du liquide : les fûts de 2005 ont passé davantage de temps sous bois, et c'est le plus jeune d'entre eux qui donne le nombre inscrit. La règle est constante dans les spiritueux et vaut la peine d'être connue, car elle signifie qu'un assemblage annonce toujours moins que ce qu'il contient réellement. Treize ans passés sous climat jamaïcain représentent par ailleurs une extraction bien supérieure à la même durée dans un chai européen.
Les 58,7 % de la bouteille correspondent au degré des fûts au moment de l'assemblage, sans ajout d'eau. C'est ce que recouvre la mention brut de fût : le titre alcoométrique n'est pas une cible commerciale mais une mesure. Il en découle une bouteille plus dense, où la matière n'a pas été diluée, et qui supporte — voire réclame — quelques gouttes d'eau au moment de la dégustation. C'est aussi ce qui permet de goûter un rhum jamaïcain sans que la réduction n'en ait rabattu les angles.
L'assemblage a donné 1 182 bouteilles, chiffre porté par l'étiquette. Un tirage de cet ordre est la conséquence directe de la méthode : cinq fûts, et rien d'autre. Il ne s'agit pas d'une rareté organisée mais d'une limite matérielle, celle du volume disponible. L'étiquette porte enfin la mention Antipodes, du nom d'une collection constituée par La Maison du Whisky qui réunit des sélections issues de producteurs très divers — c'est donc une signature de sélectionneur, non une gamme propre à l'embouteilleur.
D'une pierre placée au sommet du Glen Croe, en Écosse, sur laquelle des soldats ont gravé en 1753 les mots « Rest and be thankful » : la montée du col était si dure qu'on s'y arrêtait pour reprendre son souffle. Le même nom désigne aussi un lieu du Cockpit Country, en Jamaïque, ce qui a donné son fil à la gamme de rhums.
Non. C'est un embouteilleur indépendant : il achète des fûts à des distilleries, les suit pendant leur vieillissement et les met en bouteille sous son nom. Son travail porte sur la sélection, la durée d'élevage et le moment de l'embouteillage, jamais sur la production de l'alcool lui-même.
Quatre distilleries jamaïcaines, pour cinq fûts au total : New Yarmouth et Long Pond sur des distillats de 2005, Clarendon avec deux fûts de 2007 — un d'alambic et un de colonne — et Worthy Park sur un distillat de 2008. C'est le double apport de Clarendon qui explique l'écart entre les deux nombres.
Trinquay référence les rhums Rest & Be Thankful dans son rayon spiritueux, aux côtés des autres embouteilleurs indépendants et des rhums de la Jamaïque. Chaque fiche précise l'âge, le degré, les distilleries d'origine et les mentions portées par l'étiquette, et le conseil reste disponible pour aborder un brut de fût jamaïcain.