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Rhums Savanna

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La plupart des distilleries choisissent leur camp : le jus de canne frais ou la mélasse. Celle de Saint-André, à La Réunion, travaille les deux, et y ajoute une troisième voie que l'île a inventée, le grand arôme. Cela donne un rayon inhabituel, où un blanc agricole à 45 % voisine avec un blanc de mélasse fermenté une semaine, un ambré d'assemblage, un traditionnel de sept ans médaillé, et une série de fûts uniques embouteillés brut de fût. Cette page démêle les trois procédés, situe le site de Bois-Rouge, et détaille les bouteilles une par une.

Trois procédés réunis dans les Savanna Rhums

L'agricole du jus de canne et le traditionnel de mélasse

La distinction est réglementaire avant d'être gustative. Un rhum agricole part du jus de canne pressé et fermenté frais ; un rhum traditionnel part de la mélasse, ce résidu sirupeux que laisse la fabrication du sucre. Les deux matières donnent des profils opposés : l'agricole tire vers le végétal, la canne verte et l'olive ; le traditionnel vers le fruit cuit, la vanille et le cacao. La maison produit les deux sur le même site, ce qui reste rare : la plupart des distilleries n'ont l'outil que pour l'une des deux voies, et la mélasse arrive ici de la sucrerie voisine.

Une semaine de fermentation pour le grand arôme

Le grand arôme est une spécialité réunionnaise, et c'est le troisième procédé maison. Là où un rhum blanc classique fermente un à trois jours, le grand arôme fermente une semaine entière. Cette durée change tout : la fermentation longue produit des esters en quantité, ces composés qui portent les notes de fruit surmûr, de banane, d'olive et de vernis que l'on retrouve aussi dans les rhums jamaïcains les plus chargés. Le distillat qui en sort n'a plus grand-chose à voir avec un rhum de mélasse ordinaire, et se reconnaît au nez sans hésitation.

Les lignes Créol, Intense et Lontan

Chaque procédé a sa ligne, et l'étiquette le dit. Créol désigne les rhums agricoles, issus du jus de canne. Intense couvre les traditionnels de mélasse. Lontan est réservé au grand arôme, et le mot lui-même vient du créole réunionnais : lontan, c'est-à-dire « d'autrefois ». Cette organisation rend le rayon lisible : le nom de ligne suffit à savoir de quelle matière et de quelle fermentation vient la bouteille, avant même de regarder le degré. Les fûts uniques et les éditions limitées, eux, sortent de cette grille et se lisent au cas par cas.

Le site de Bois-Rouge, occupé depuis 1992

Une distillerie conçue par l'ingénieur Émile Hugot à Saint-Paul

La distillerie a été conçue entre 1948 et 1950 par l'ingénieur Émile Hugot, à Saint-Paul, sur le site de l'ancienne sucrerie du même nom. Le détail compte : dans les îles à sucre, la distillerie naît presque toujours à côté d'une usine sucrière, parce que la mélasse est un sous-produit qu'il faut valoriser sur place. Hugot était une figure de l'industrie sucrière de l'océan Indien, et l'outil qu'il a dessiné portait déjà cette logique d'usine intégrée qui caractérise encore la maison aujourd'hui.

L'installation à Saint-André, à côté de la sucrerie

En 1992, l'ensemble est entièrement réinstallé sur le site sucrier de Bois-Rouge, à Saint-André, au nord-est de l'île. La distillerie change donc d'adresse mais pas de principe : elle reste adossée à une sucrerie, dont elle reçoit la mélasse, tout en gardant la capacité de presser du jus de canne frais pour ses agricoles. Le déménagement n'est pas un détail administratif — déplacer une distillerie, c'est déplacer ses cuves, ses colonnes et ses habitudes de fermentation, et beaucoup de maisons ne s'en remettent jamais tout à fait.

L'Édition Bois-Rouge 1992-2022, trente ans du site

Une cuvée célèbre directement cette date : l'Édition Bois-Rouge 1992-2022, un rhum agricole très vieux embouteillé à 57 %, assemblé à partir de six fûts sélectionnés par le maître de chai Thierry Grondin, et tirée à 3 200 bouteilles. Les deux années du nom encadrent les trente ans d'occupation du site. C'est une bouteille anniversaire au sens strict : elle ne commémore pas une fondation lointaine mais l'installation qui a donné à la maison son outil actuel, et elle le fait avec la matière que ce site a permis de développer.

Les embouteillages tirés d'un seul fût

Le fût #714, six ans en ex-cognac pour un anniversaire

L'Unshared Cask n° 714 est un rhum traditionnel de mélasse, six ans en fût ayant contenu du cognac, embouteillé brut de fût à 55,9 % pour le soixante-cinquième anniversaire de La Maison du Whisky. Le fût de cognac est un bois de prédilection dans l'océan Indien, plus fin et plus floral que le chêne américain du bourbon. Le nom même de la série dit sa logique : un fût que personne ne partage, dont le contenu part entier dans une seule édition, sans être dilué dans un assemblage.

Le fût RM033, un millésime 2017 tiré à 234 bouteilles

Le fût RM033 a été sélectionné par Rasta Morris, embouteilleur qui achète des fûts et les sort sous son propre nom. Le rhum, millésime 2017, a passé six ans en fût et sort brut de fût à 60 %, non filtré à froid et sans colorant, en 234 bouteilles. Ces deux dernières mentions ne sont pas décoratives : la filtration à froid retire des composés gras qui portent la texture, et le colorant caramel modifie la couleur sans toucher au goût. Y renoncer, c'est accepter qu'une bouteille trouble légèrement au frais.

Le degré, différent d'un fût à l'autre

Deux fûts uniques de la même maison, tous deux embouteillés sans réduction, ne titrent pas pareil : 55,9 % pour l'un, 60 % pour l'autre. L'écart n'est pas un choix de recette, c'est le résultat de ce que le bois et le climat ont fait à chaque barrique. Sous les tropiques, l'eau s'évapore plus vite que l'alcool dans certaines configurations de chai, et le degré peut monter au lieu de baisser. Un brut de fût publie donc un chiffre qui appartient à ce fût-là et à aucun autre.

Les bouteilles de la gamme régulière

Le Blanc Créol à 45 % et le Blanc Intense à 40 %

Le Créol et l'Intense résument l'écart entre les deux matières. Le Créol est un blanc agricole de jus de canne, fermenté deux jours selon la méthode traditionnelle, distillé dans une colonne créole en cuivre de type Savalle, et embouteillé à 45 % : franc, végétal, taillé pour le ti-punch. L'Intense est un blanc traditionnel de mélasse issue de la sucrerie de Bois-Rouge, distillé en colonne et réduit à 40 % : plus rond, plus souple, davantage tourné vers le cocktail long que vers le verre court.

Le Lontan, un blanc chargé en esters

Le Blanc Grand Arôme Lontan est le représentant de la troisième voie dans la gamme courante. Blanc de mélasse à 40 %, il doit son caractère à sa fermentation d'une semaine, contre un à trois jours pour un blanc classique. Le résultat est un rhum qui ne se boit pas comme les deux précédents : sa charge aromatique le rend difficile à ignorer dans un mélange, et quelques centilitres suffisent à colorer tout un cocktail. C'est aussi le meilleur point d'entrée de la gamme pour comprendre concrètement ce que recouvre l'expression « grand arôme ».

Le Métis, dix-huit mois à quatre ans en fût et en foudre

Le Métis assume son nom : il assemble des rhums de mélasse et des rhums de pur jus de canne, vieillis de dix-huit mois à quatre ans en fûts et en foudres de chêne, pour un embouteillage à 40 %. Cette double origine est précisément ce que permet une distillerie qui travaille les deux matières. Le foudre, plus grand qu'une barrique, échange plus lentement avec le liquide et donne un boisé discret, quand le fût marque davantage. L'ambré qui en résulte occupe une place intermédiaire, entre le blanc et le vieux.

Le Traditionnel 7 ans et sa double médaille d'or

Le Traditionnel 7 ans est un rhum vieux de mélasse, sept ans en fûts de chêne du Limousin, embouteillé à 43 %. Sa fiche rappelle que le vieillissement tropical est accéléré par l'humidité et la chaleur de l'île : sept ans sur place ne se comparent pas à sept ans dans un chai continental. La bouteille a obtenu une double médaille d'or au San Francisco World Spirits Competition 2019. Le chêne du Limousin, à grain large et tannique, tire ce rhum vers les épices sèches et le fruit à coque plutôt que vers la vanille.

Questions fréquentes sur les rhums Savanna

Où se trouve la distillerie Savanna ?

À Saint-André, au nord-est de La Réunion, sur le site sucrier de Bois-Rouge, où elle a été entièrement réinstallée en 1992. Elle avait été conçue entre 1948 et 1950 par l'ingénieur Émile Hugot à Saint-Paul, sur le site de l'ancienne sucrerie du même nom.

Que veut dire « Grand Arôme » sur une bouteille Savanna ?

Que le rhum est issu d'une fermentation d'une semaine, contre un à trois jours pour un rhum blanc classique. Cette fermentation longue charge le distillat en esters et donne des notes de fruit surmûr très intenses. Chez cette maison, le grand arôme correspond à la ligne Lontan.

Les rhums Savanna sont-ils sous appellation ?

La Réunion ne dispose pas d'une AOC : ses rhums relèvent de l'IGP Rhum de La Réunion, une indication géographique protégée dont le cahier des charges est plus souple qu'une appellation d'origine contrôlée. La mention portée sur chaque bouteille reste à vérifier fiche par fiche.

Où acheter un rhum Savanna en ligne ?

Sur Trinquay, où les rhums de l'océan Indien sont classés par maison, par matière première et par type. Chaque fiche précise la ligne, le degré, la durée de vieillissement annoncée, le type de fût et, pour les embouteillages indépendants, le nom de celui qui a choisi le fût.