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Rhums Séverin

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Au nord de la Basse-Terre, la commune de Sainte-Rose abrite depuis la fin des années 1920 une maison de rhum dont le nom est resté attaché à une habitation sucrière et à une immense roue à aubes. Séverin a longtemps pressé sa canne à l'énergie de l'eau descendue des mornes, avant de tourner cette page. Ce rayon réunit les étiquettes qui portent le nom et donne les repères qui permettent de les lire : la matière première travaillée, le cadre européen qui protège le rhum guadeloupéen, et la différence que le fût de chêne introduit entre un blanc et un vieux.

Rhums Séverin, une maison de Sainte-Rose adossée au Nord Basse-Terre

Sainte-Rose occupe la côte nord de la Basse-Terre, là où la plaine côtière vient buter sur les premiers reliefs boisés de l'île. C'est un emplacement de rhumerie classique en Guadeloupe : de la canne en contrebas, de l'eau en abondance au-dessus. Le nom du lieu où la maison s'est installée est devenu celui de la marque, et il figure toujours sur les bouteilles.

Le rachat de l'habitation sucrière par Henri Marsolle en 1928

En 1928, Henri Marsolle rachète le domaine de Séverin, à Sainte-Rose. Il ne part pas d'un terrain nu : le site est une ancienne habitation sucrière, avec sa maison de maître, ses cases et ses parcelles de canne, où la transformation du sucre a précédé celle du rhum. Cette généalogie n'a rien d'anecdotique. Les habitations guadeloupéennes produisaient d'abord du sucre, et le rhum n'y était longtemps qu'un sous-produit du sirop ; quand le sucre décline, beaucoup de ces domaines basculent vers la seule distillation. Séverin appartient à cette famille de sites reconvertis, ce qui explique qu'une distillerie porte encore le vocabulaire et les bâtiments d'une sucrerie.

La distillerie de La Lise, à Bouillante, comme point de départ familial

Les Marsolle ne découvrent pas le rhum en 1928. La famille tient déjà, à Bouillante, sur la côte sous le vent de la Basse-Terre, la distillerie familiale de La Lise. C'est de là que part Henri Marsolle pour reprendre Séverin, en passant d'un versant de l'île à l'autre. Le patronyme se retrouve ailleurs dans le paysage rhumier guadeloupéen, ce qui vaut d'être signalé pour éviter les confusions à l'achat : une étiquette Séverin renvoie à Sainte-Rose, pas à un autre domaine porté par la même famille.

L'expulsion du domaine prononcée en 2019 et le déménagement dans la commune

L'histoire du site connaît une rupture nette. En 2019, une décision de justice contraint la société à quitter le domaine qui lui avait donné son nom. La ligne d'embouteillage et les stocks sont alors transférés sur un autre site, resté dans la commune de Sainte-Rose. La marque continue donc d'exister et de sortir des bouteilles, mais elle a été séparée du lieu historique auquel le grand public l'associait, et notamment de son installation la plus spectaculaire.

La roue à aubes qui a pressé la canne jusqu'en 2008

Si Séverin occupe une place particulière dans la mémoire rhumière guadeloupéenne, c'est d'abord pour la manière dont la canne y était broyée. Là où les autres distilleries de l'île étaient passées depuis longtemps à des moulins entraînés par la vapeur puis par des moteurs, Séverin a conservé un dispositif hérité du XIXe siècle et l'a fait tourner jusqu'à une date remarquablement tardive.

Huit mètres de diamètre entraînés par l'eau descendue de la montagne

Le moulin de Séverin était mû par une roue à aubes de huit mètres de diamètre, alimentée par l'eau captée en amont, dans la montagne qui domine Sainte-Rose. Le principe est celui des moulins hydrauliques : l'eau amenée par un canal tombe dans les augets de la roue, dont le poids met l'ensemble en rotation, et ce mouvement est transmis aux cylindres qui écrasent les tiges de canne. La ressource était gratuite, renouvelée en permanence par la pluviométrie du versant au vent de la Basse-Terre. La roue est devenue le symbole visuel de la maison.

Un broyage hydraulique que plus aucune maison guadeloupéenne ne pratiquait

Ce mode de broyage a fonctionné jusqu'en 2008, ce qui faisait de Séverin la dernière maison de Guadeloupe à presser sa canne à l'eau courante. L'intérêt dépasse le pittoresque. Une roue à aubes impose un rythme : elle délivre un couple régulier mais limité, et la cadence de broyage se règle sur le débit de l'eau plutôt que sur une consigne de moteur. Le passage aux entraînements mécaniques a partout permis d'augmenter les volumes traités par jour de coupe, au prix de l'abandon d'une installation liée au relief et à la rivière.

Une maison qui achète aujourd'hui son rhum à d'autres distilleries de l'île

Il faut en tirer la conséquence, parce qu'elle change la façon de lire une bouteille récente. Séverin ne broie plus sa propre canne : la société se fournit désormais en rhum auprès d'autres distilleries de la Guadeloupe, et son activité s'organise autour de la sélection, de la mise en bouteille et de la marque. La distinction entre la maison qui distille et celle qui embouteille est ancienne et parfaitement assumée dans les spiritueux, mais elle mérite d'être dite : les mentions d'origine portées par une étiquette Séverin renvoient à un rhum guadeloupéen, pas nécessairement à un distillat sorti de l'installation historique de Sainte-Rose.

Le jus de canne frais et l'indication géographique guadeloupéenne

Deux notions se croisent sur une bouteille guadeloupéenne, et elles sont régulièrement confondues à l'achat : celle qui décrit la matière première et celle qui décrit le cadre géographique. La première dit ce qui a fermenté, la seconde dit quel règlement encadre le produit.

Le vesou pressé plutôt que la mélasse de sucrerie

Les étiquettes présentées ici sont issues de jus de canne frais. La canne coupée est pressée, et le jus obtenu, le vesou, part directement en fermentation sans passer par la fabrication du sucre. C'est ce qui sépare la filière agricole de la filière traditionnelle, laquelle travaille la mélasse, ce résidu sirupeux qui reste une fois le sucre cristallisé extrait. Les deux voies donnent des rhums différents : le jus frais conserve les composés végétaux et herbacés de la canne, quand la mélasse apporte des registres plus lourds, cuits et confits. Un rhum de vesou doit être distillé peu après la coupe, ce qui lie sa production au calendrier de la récolte, alors que la mélasse se stocke et se transporte.

L'indication géographique protégée qui encadre les rhums de Sainte-Rose

Un rhum produit à Sainte-Rose relève, comme le reste de l'archipel, de l'indication géographique protégée Rhum de la Guadeloupe. C'est un signe de qualité européen qui rattache le produit à son territoire et impose un cahier des charges, mais il ne fonctionne pas comme une appellation d'origine contrôlée. La seule appellation d'origine contrôlée du monde du rhum se trouve en Martinique ; la Guadeloupe, comme La Réunion, relève d'une indication géographique. La différence est réelle pour l'acheteur : l'IGP laisse à chaque maison une marge sensiblement plus large sur la conduite de la fermentation, sur le matériel de distillation et sur le degré de sortie. C'est une des raisons pour lesquelles les rhums guadeloupéens couvrent une palette de degrés et de profils plus étendue que leurs voisins martiniquais.

La mention agricole sur une étiquette d'outre-mer

Le mot agricole n'est pas un adjectif publicitaire, c'est une dénomination réglementée. Elle est réservée aux rhums de jus de canne frais produits dans les départements français d'outre-mer et à Madère, ce qui explique qu'un rhum de vesou fabriqué ailleurs dans le monde ne puisse pas la revendiquer, quelle que soit sa méthode. Une étiquette guadeloupéenne portant la mention agricole dit donc deux choses en même temps : la matière première est du jus de canne pressé, et le lieu de production se situe dans le périmètre autorisé. Sur les bouteilles de ce rayon, la mention accompagne logiquement l'origine annoncée.

Le blanc et le XO, du jus de canne au fût de chêne

Les étiquettes réunies ici se lisent sur un seul critère structurant : le passage ou non sous bois. D'un côté un rhum blanc, livré tel qu'il sort de sa réduction ; de l'autre un XO, dont la couleur vient du chêne. La matière première et l'origine, elles, leur sont communes.

Le blanc agricole, embouteillé sans passage sous bois

Le blanc de la maison n'a connu aucun élevage sous bois. Il n'est ni ambré, ni boisé, et ce qu'il exprime vient de la canne et de la fermentation, non du fût. C'est la catégorie la plus directe et la plus exigeante pour un distillateur, puisqu'aucun bois ne vient couvrir un défaut. C'est aussi le socle de la culture antillaise du rhum : le compagnon du ti-punch, du planteur et des cocktails montés au citron vert et au sirop de canne.

Le XO à 45 % et son vieillissement annoncé de six ans

Le XO de la maison est un rhum vieux agricole embouteillé à 45 %. Son étiquette annonce un vieillissement de six ans au minimum en fûts de chêne. Deux repères aident à situer ce chiffre. D'abord, la mention vieux suppose déjà un séjour sous bois d'au moins trois ans : six ans place donc la bouteille bien au-delà du seuil d'entrée de la catégorie. Ensuite, ces années se déroulent sous climat tropical, où l'évaporation et les échanges avec le bois sont nettement plus rapides qu'en cave continentale, si bien qu'un rhum antillais de six ans a subi une extraction sans commune mesure avec un spiritueux du même âge élevé en Europe. Les 45 % de degré, au-dessus du plancher habituel des rhums vieux, laissent par ailleurs davantage de matière en bouche.

Le ti-punch pour le blanc, le verre de dégustation pour le XO

Un blanc et un vieux ne se servent pas de la même façon. Le blanc trouve sa place dans le verre à ti-punch, avec une rondelle de citron vert et un trait de sirop de canne, et dans les cocktails longs où sa fraîcheur végétale résiste à la glace. Le XO se sert plutôt pur, dans un verre resserré vers le haut, à température ambiante et sans glaçon, la dilution froide écrasant le travail du bois. Une bouteille entamée se conserve debout, bouchon en place, à l'abri de la lumière.

Questions fréquentes sur les rhums Séverin

Où se trouve la maison Séverin ?

Séverin est installée à Sainte-Rose, sur la côte nord de la Basse-Terre, en Guadeloupe, au pied des reliefs boisés qui dominent la commune. Le domaine historique qui a donné son nom à la marque a été quitté en 2019 à la suite d'une décision de justice, et la ligne d'embouteillage ainsi que les stocks ont été transférés sur un autre site de la même commune.

Séverin distille-t-elle encore sa propre canne ?

Non. Le broyage de la canne au moyen de la roue à aubes a cessé en 2008, et la société se fournit aujourd'hui en rhum auprès d'autres distilleries de la Guadeloupe. Les bouteilles restent des rhums guadeloupéens de jus de canne frais, mais elles ne proviennent pas de l'installation historique de Sainte-Rose.

Combien de temps le XO de Séverin passe-t-il en fût ?

L'étiquette du XO annonce un vieillissement d'au moins six ans en fûts de chêne. C'est une durée bien supérieure au seuil de trois ans qui permet à un rhum de revendiquer la mention vieux, et elle se déroule sous climat tropical, où le bois travaille plus vite qu'en cave continentale.

Où acheter un rhum Séverin en ligne ?

Les rhums Séverin sont disponibles sur Trinquay, cave en ligne spécialisée dans le vin, le champagne et les spiritueux. Chaque bouteille y est présentée avec son degré, sa matière première et les mentions portées par son étiquette.