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Rhums Stade's Rum

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Il existe des distilleries que tout le monde a bues sans jamais lire leur nom sur une étiquette. La West Indies Rum Distillery, à la Barbade, en fait partie depuis plus d'un siècle : elle a fourni des marques, servi de caution technique, alimenté des embouteilleurs — et n'a signé que très récemment ses propres bouteilles. Stade's Rum est ce nom retrouvé, et sa Distiller's Vault Collection va chercher dans les archives de la maison la matière de ses embouteillages.

La West Indies Rum Distillery signe désormais ses rhums Stade's Rum

Le nom n'est pas une invention marketing : Stade est le patronyme du fondateur, et il a longtemps circulé comme un gage de qualité sur des étiquettes qui n'étaient pas les siennes. Le retournement est récent — la distillerie qui produisait pour les autres met désormais son propre nom en façade, avec une gamme et une série d'éditions limitées qui lui appartiennent en propre.

George Stade, l'ingénieur qui fonde la distillerie en 1893

George Stade fonde la distillerie en 1893 avec son frère, sur la côte ouest de la Barbade. Il n'arrive pas au rhum en agriculteur mais en ingénieur, et cette différence explique beaucoup de ce que le site est devenu : un lieu où l'on conçoit du matériel autant qu'on distille. Le bâti donne sur la mer, et cette exposition n'est pas anecdotique — elle joue un rôle dans la conduite des fermentations, comme on le verra plus bas.

Quarante-quatre brevets et un coffre d'archives

On crédite George Stade de quarante-quatre brevets liés au matériel de distillation. C'est un chiffre inhabituel dans un métier où l'on hérite plus souvent qu'on ne dépose, et il dit assez bien la nature de la maison. Ces travaux ont laissé des plans, des recettes et des comptes rendus d'essais, conservés dans ce que la distillerie appelle son Distiller's Vault. Ce fonds n'est pas un musée : il est relu, et les embouteillages de la collection en sortent.

Une marque propre relancée à l'international en 2025

Stade's Rum a été relancée à l'international en septembre 2025 comme la marque propre du site. Le paradoxe qui durait depuis des décennies se referme : la distillerie derrière les marques des autres devient une marque. Le site appartient depuis 2017 à la Maison Ferrand, qui y produit également Planteray — deux marques distinctes sur un même parc d'alambics, avec des logiques d'embouteillage qui n'ont rien à voir.

Un parc d'alambics que peu de distilleries peuvent aligner

La singularité technique du lieu tient à son atelier. Là où la plupart des distilleries s'en tiennent à une colonne, ou à une colonne et un alambic à repasse, celle-ci a conservé et remis en service des appareils que l'industrie a partout ailleurs mis à la ferraille. Chaque cuvée de la collection est nommée d'après l'appareil qui l'a produite, ce qui rend le parc lisible depuis l'étiquette.

Le Vulcan, alambic à chambres remis en marche en 2018

L'alambic à chambres est une famille oubliée. Il ne fonctionne ni comme une colonne continue ni comme un alambic à repasse classique : le liquide traverse une série de compartiments chauffés en cascade, par charges, ce qui donne un distillat au caractère propre. Celui de la maison s'appelle le Vulcan, il est présenté comme le dernier exemplaire original encore en activité au monde, et il a été remis en marche en 2018 après une restauration menée sur place.

L'Old Gregg, un alambic à repasse en cuivre toujours en service

L'Old Gregg est un alambic à repasse en cuivre ancien, toujours en service. Un pot still travaille par charges : on remplit, on distille, on vide, on recommence, et chaque passage laisse une signature plus lourde et plus texturée que celle d'une colonne. C'est l'appareil qui a produit les deux distillats du second embouteillage de la collection. Les sources disponibles divergent sur sa date de construction, et cette page ne lui en attribue donc aucune.

Le Rockley, un nom qui circule chez les embouteilleurs

Le mot Rockley traîne depuis longtemps dans le vocabulaire des amateurs, employé par les embouteilleurs indépendants pour désigner un style de rhum barbadien épais et huileux. Le site possède bien un alambic en cuivre historique portant ce nom, également restauré. Le point mérite d'être posé calmement : un nom d'appareil et un nom de style ont fini par se confondre dans le commerce, et lire « Rockley » sur une bouteille ne garantit pas à soi seul ce qu'il y a dedans.

Vulcan Two Taps et Old Gregg Fusion, les deux premiers chapitres du Vault

La Distiller's Vault Collection est bâtie comme une série : chaque édition part d'un document ou d'un procédé retrouvé dans les archives, et se limite à un embouteillage. Les deux premiers chapitres tirent leur nom de deux alambics, et leurs millésimes sont inscrits sur l'étiquette — 2019 pour l'un, 2022 pour l'autre.

Deux coups de tuyau sur un alambic qui cale

Vulcan Two Taps porte le nom d'un geste, pas d'une recette. Un vétéran de la distillerie, Henderson « Digger » Skinner, a transmis le remède maison quand l'alambic à chambres se met à caler : deux coups de tuyau. La cuvée est un millésime 2019 embouteillé à 50,5 %, distillée sur le Vulcan, et sa diffusion se limite à la France, aux États-Unis et à la Barbade. Ni sa durée de fût ni son type de bois ne sont publiés de façon concordante : cette page ne les invente pas.

Le millésime 2022 qui marie jus de canne et mélasse

Old Gregg Fusion prend le problème par l'autre bout. Plutôt que de choisir entre les deux matières premières du rhum, la cuvée les réunit : un rhum de jus de canne fraîchement pressé et un rhum de mélasse, tous deux passés par l'alambic Old Gregg, puis vieillis et assemblés à la Barbade. C'est un millésime 2022, annoncé à trois ans, embouteillé à 46 %, diffusé en France et à la Barbade. Le nom « Fusion » décrit exactement ce qu'il y a dans la bouteille.

Le moulin Harper et l'usine de Port Vale

Les deux composantes ont chacune leur provenance, ce qui est rare pour un rhum barbadien. Le jus de canne vient du moulin de Harper ; la mélasse vient de l'usine sucrière de Port Vale. Cette double adresse fait de la cuvée une photographie de la filière sucrière locale à un instant donné, et elle explique le contraste que l'on trouve au verre : la vivacité herbacée d'un côté, la profondeur mélassique de l'autre, tenues ensemble par un seul alambic et un seul chai.

La canne barbadienne et les levures du lieu

Le virage revendiqué par la maison est celui de l'approvisionnement local. Dans une région où la production sucrière a beaucoup reculé, s'engager sur une canne cultivée sur place n'a rien d'automatique. Stade's Rum met pourtant cette exigence en avant : une canne barbadienne, des variétés identifiées, et une fermentation qui ne fait pas venir ses micro-organismes de l'extérieur.

Les variétés plantées à Kendall Farm

La maison cultive à Kendall Farm des variétés de canne nommées une par une — Early Bird, Yellow Lady, Purple Cane, Big Gold, Lucky Cane — et travaille avec la station barbadienne de sélection variétale de la canne à sucre. Nommer ses variétés est un geste que le rhum emprunte au vin : cela suppose de suivre des parcelles, de comparer des récoltes et d'accepter que le distillat ne soit pas identique d'une année sur l'autre.

Des cuves ouvertes en bois, exposées à l'air marin

La fermentation se fait avec des levures et des bactéries indigènes, en cuves ouvertes en bois disposées de façon à recevoir l'air de la mer. Une cuve ouverte laisse entrer ce qui passe : c'est un choix, pas une négligence, et il produit des fermentations moins prévisibles mais plus chargées en composés aromatiques qu'une cuve inox ensemencée avec une levure de commerce. La position du site, en bord de plage, entre alors dans l'équation de la recette.

Cinquante degrés et demi ou quarante-six, deux façons d'aborder le verre

Les deux embouteillages ne se servent pas de la même manière. À 50,5 %, le premier demande d'être abordé lentement, éventuellement ouvert d'une goutte d'eau qui fait tomber la brûlure et libère les esters. À 46 %, le second reste dans une zone où l'on peut boire sec sans effort, tout en gardant assez de matière pour tenir face à un plat ou à un cigare. Dans les deux cas, ce sont des bouteilles de dégustation avant d'être des bases de cocktail.

Questions fréquentes sur les rhums Stade's Rum

Qui produit les rhums Stade's Rum ?

La West Indies Rum Distillery, à la Barbade, fondée en 1893 par George Stade. C'est la même distillerie qui produit Planteray ; elle appartient à la Maison Ferrand depuis 2017. Stade's Rum est la marque sous laquelle le site signe ses propres rhums.

Qu'est-ce que la Distiller's Vault Collection ?

Une série d'éditions limitées tirées du fonds d'archives de la distillerie — plans, recettes et comptes rendus d'essais accumulés depuis la fondation. Chaque chapitre s'appuie sur un procédé ou un appareil retrouvé dans ces documents, et porte le nom de l'alambic qui l'a produit.

Old Gregg Fusion est-il un rhum agricole ?

Non, même s'il contient une part de rhum de jus de canne fraîchement pressé. La mention « agricole » est réservée, dans le droit européen, aux rhums de jus de canne produits dans les départements français d'outre-mer et à Madère : un rhum barbadien ne peut pas la porter, quelle que soit sa matière première.

Où acheter un rhum Stade's Rum en ligne ?

Sur Trinquay, dans le rayon consacré à la marque. Les embouteillages de la Distiller's Vault Collection paraissent par chapitres, chacun étant lié à un alambic et à un millésime précis.