- En vedette
- Le plus pertinent
- Meilleures ventes
- Alphabétique, de A à Z
- Alphabétique, de Z à A
- Prix: faible à élevé
- Prix: élevé à faible
- Date, de la plus ancienne à la plus récente
- Date, de la plus récente à la plus ancienne
Aucun produit trouvé
Aucun produit trouvé
Le nom se prononce mal et s'écrit encore plus mal : Uitvlugt est un mot néerlandais posé sur la côte guyanienne au temps où la colonie appartenait aux Provinces-Unies. Il désigne une plantation, puis une distillerie, puis — depuis l'arrêt de celle-ci — une famille de distillats que l'on continue de produire ailleurs. Cette page démêle ce que recouvre le nom selon l'année inscrite sur la bouteille.
Uitvlugt se trouve sur la rive ouest du fleuve Demerara, dans la région dite West Demerara, face à la rive où se tient aujourd'hui l'unique site de distillation du pays. C'était l'un des grands domaines sucriers de la côte, doté de sa propre distillerie, comme la plupart des plantations guyaniennes. Il a fonctionné jusqu'à la toute fin du XXe siècle, et son nom figure encore sur des bouteilles qui paraissent aujourd'hui.
Le schéma était celui de toute la colonie : la canne était broyée sur place, le sucre cristallisé sur place, et la mélasse — ce résidu sirupeux que le raffinage laisse derrière lui — fermentée puis distillée dans un atelier attaché au domaine. Le rhum n'était pas le produit principal, mais la valorisation d'un sous-produit. Cette organisation explique pourquoi les noms de distilleries guyaniennes sont d'abord des noms de plantations.
Le domaine est nationalisé en 1979, dans le mouvement qui place l'industrie sucrière guyanienne sous contrôle de l'État. La société qui exploite aujourd'hui l'ensemble des actifs de distillation du pays, Demerara Distillers, ne se constitue que quelques années plus tard, en 1983 ; c'est dans ce cadre que l'ancien outil d'Uitvlugt a rejoint le giron du groupe. Les deux dates ne doivent donc pas être confondues.
L'atelier cesse de produire en 1999. L'année suivante, les appareils jugés irremplaçables sont démontés et remontés sur le site de Diamond, où ils travaillent depuis. Un rhum d'Uitvlugt distillé avant cette date a donc été produit sur place ; un millésime postérieur désigne un distillat obtenu ailleurs, sur l'appareil venu de ce domaine. C'est la clé de lecture de tout ce rayon.
Uitvlugt n'était pas une distillerie d'alambics en bois : son outil principal était une colonne française de marque Savalle, composée de quatre colonnes. C'est un appareil de distillation continue, très différent des pots stills en greenheart que l'on associe d'ordinaire au Guyana, et c'est lui qui donne aux distillats d'Uitvlugt leur caractère propre.
Une colonne Savalle travaille par plateaux successifs, où les vapeurs d'alcool se concentrent en montant. En jouant sur le point de soutirage, sur le nombre de colonnes engagées et sur la conduite de la chauffe, un distillateur en tire des alcools de densité très différente. C'est un instrument de réglage, là où un alambic à repasse impose largement son style au distillat qui en sort.
La conséquence directe, documentée par les spécialistes du rhum guyanien, est qu'une même colonne Savalle produit plusieurs recettes distinctes — jusqu'à neuf selon les sources —, chacune identifiée par un code de marque. Un embouteilleur qui achète un fût ne se contente donc pas d'indiquer le domaine : il précise la marque, faute de quoi l'acheteur ne saurait pas quel type de distillat il ouvre.
Après l'arrêt de 1999, la colonne Savalle est transférée à Diamond, sur la rive est du fleuve, avec les autres appareils sauvés du pays. Elle y est toujours en service et continue de reproduire les recettes d'origine. C'est ce qui rend possible un distillat d'Uitvlugt postérieur à la fermeture du domaine : l'atelier a disparu, l'outil non.
Un détail échappe souvent, et il explique bien des attributions surprenantes dans les bases de dégustation : avant que Diamond ne devienne le point de rassemblement des appareils guyaniens, ce rôle avait été tenu par Uitvlugt. Le domaine a servi de refuge aux machines des distilleries fermées avant lui, et il a donc produit, pendant des années, des distillats sous des noms qui n'étaient pas le sien.
Les sources spécialisées documentent le passage par Uitvlugt de l'alambic à repasse en bois de Port Mourant, de l'alambic en bois de Versailles et de la double colonne en bois d'Enmore, avant que tous ne rejoignent Diamond en 2000. Pendant ces années, un même site abritait donc sa propre colonne et des appareils venus d'ailleurs, chacun continuant de porter le nom de son domaine d'origine.
Il faut s'y résoudre : dans le rhum guyanien, un nom sur une étiquette ne dit pas où le liquide a été fabriqué, mais de quelle tradition de distillation il relève. Uitvlugt n'y échappe pas. Le mot renvoie à une colonne, à un jeu de recettes et à une signature aromatique, tous trois attachés à un lieu qui ne distille plus. C'est une convention du marché, admise par les embouteilleurs comme par les dégustateurs.
La date de distillation devient dès lors l'information la plus parlante. Une année antérieure à 1999 situe le distillat dans l'atelier d'origine, avec son eau, son air et ses levures. Une année postérieure le situe à Diamond, sur le même appareil mais dans un autre environnement. Ni l'une ni l'autre ne vaut mieux ; elles ne racontent simplement pas la même chose, et l'écart de prix entre les deux catégories tient largement à cette différence.
Les étiquettes de ce rayon sont laconiques : un nom de domaine, une année, parfois un code, souvent le nom d'un embouteilleur indépendant. Chacune de ces informations a une fonction précise, et aucune n'est décorative. Voici comment les lire dans l'ordre.
Le code Modified GS figure, dans les bases spécialisées, parmi les marques de distillation rattachées à Uitvlugt. Il identifie une recette précise, c'est-à-dire un réglage de la colonne et un profil de distillat. Les sources ne s'accordent pas sur ce que développent ces initiales, et nous ne leur inventons pas de signification : ce qu'il faut en retenir, c'est qu'un code de marque sur une étiquette guyanienne annonce un type de distillat, pas un millésime ni un embouteilleur.
La mention « full proof » signale un rhum tiré du fût sans ajout d'eau. Le degré de la bouteille est celui qu'affichait la barrique au moment de la mise, et il est donc plus élevé que les 40 à 46 % habituels. Sur une même année et un même domaine, une version full proof et une version réduite ne se goûtent pas de la même façon : la première concentre la matière, la seconde ouvre le nez sans effort.
L'étiquette de 1996 porte un âge de dix-huit ans et un code de marque. Elle situe donc la distillation dans l'atelier d'Uitvlugt encore en activité, trois ans avant l'arrêt, et un vieillissement long avant la mise en bouteille. C'est le profil de bouteille que recherchent les collectionneurs de distillats guyaniens d'origine, ce qui explique le niveau de prix de ce type de flacon.
Le millésime 2007 est postérieur à l'arrêt : il correspond à un distillat obtenu sur l'appareil d'Uitvlugt après son transfert. Il paraît sous la signature de Le Gus'T, embouteilleur indépendant français, dans une version full proof et dans une version ramenée à 50 %. Le master ne renseigne pour ces bouteilles ni la durée de fût, ni le climat de vieillissement, ni le numéro de barrique ; nous ne comblons pas ces champs.
C'est un code de marque de distillation. Dans le rhum guyanien, une même colonne peut produire plusieurs recettes, et chacune reçoit un identifiant que l'on retrouve sur les fûts puis sur les étiquettes. Modified GS est répertorié parmi les marques d'Uitvlugt. Les bases spécialisées divergent sur le développement exact de ces initiales, si bien qu'il vaut mieux le lire comme une référence de recette que comme une abréviation à décoder.
Parce que l'appareil a survécu au lieu. La colonne Savalle d'Uitvlugt a été démontée en 2000 et remontée à Diamond, où elle continue de produire les recettes du domaine. Un distillat de 2007 étiqueté Uitvlugt vient donc de cette colonne, installée ailleurs. La même mécanique vaut pour les autres noms de domaines guyaniens dont les appareils ont été sauvés.
Diamond est le site où l'on distille aujourd'hui, sur la rive est du fleuve ; Uitvlugt était un domaine de la rive ouest, arrêté en 1999. Les deux noms ont d'ailleurs joué le même rôle à des époques différentes : Uitvlugt a abrité les appareils des distilleries fermées avant lui, avant de céder ce rôle à Diamond. Sur une bouteille récente, Uitvlugt désigne une recette, Diamond une adresse.
Trinquay réunit dans ce rayon les embouteillages qui portent ce nom, avec pour chacun l'année de distillation, l'âge et la mention de degré quand ils sont communiqués. Notre équipe aide à situer une bouteille avant ou après l'arrêt de 1999, à comprendre un code de marque, et à choisir entre une version full proof et une version réduite.