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Rhums Velier

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Velier est une maison de Gênes qui met en bouteille des rhums qu'elle n'a pas distillés. Elle n'a ni champ de canne, ni alambic, ni appellation : son métier consiste à repérer des fûts dans les distilleries, à en suivre le vieillissement, puis à les embouteiller sous sa propre signature. Ce que sa marque apporte tient donc moins à un lieu qu'à une manière de faire : un degré rarement retouché, des mentions chiffrées au dos, et des origines qui débordent l'arc caribéen.

Rhums Velier, le travail d'un embouteilleur installé à Gênes

Casimiro Chaix et l'importateur de vins né à Gênes en 1947

La maison naît en 1947 dans le port de Gênes, fondée par Casimiro Chaix comme importateur et distributeur de vins, de champagnes et de spiritueux. Pendant plusieurs décennies, elle exerce ce métier sans lien particulier avec la canne à sucre : elle achète, elle importe, elle distribue, et son nom ne figure sur aucune étiquette. Le rhum n'arrivera qu'ensuite, et par une personne plutôt que par un plan.

Luca Gargano, entré en 1983, et le virage vers le rhum

Luca Gargano entre chez Velier en 1983 et engage la maison sur un terrain qu'elle ne pratiquait pas. Au lieu de distribuer seulement des marques établies, il choisit lui-même des fûts dans les distilleries, négocie des lots entiers et les fait embouteiller sous le nom de la maison. Ce déplacement du distributeur vers le sélectionneur explique qu'une adresse italienne se retrouve aujourd'hui au dos de bouteilles jamaïcaines, haïtiennes ou japonaises. On lui doit aussi une classification des rhums fondée sur le mode de distillation plutôt que sur la couleur du liquide.

Les lots dormants que la maison va chercher chez les producteurs

Une part de ce que porte la maison vient de stocks que personne ne vendait. En 1991, elle acquiert un stock de Saint James distillé en 1885 et embouteillé en 1952. Après l'arrêt de la distillerie Caroni, à Trinité-et-Tobago, elle obtient la majorité des fûts restés dans les entrepôts. En juin 2017, une visite chez Antigua Distillery met la main sur vingt-sept fûts au taux de congénères anormalement élevé, conséquence d'une fermentation prolongée par une rupture de colonne. Et lorsque la micro-distillerie japonaise Nine Leaves ferme ses portes, en 2023, ce sont tous les fûts restants qui changent de mains.

Les gammes sous lesquelles la maison met ses rhums en bouteille

Toutes ces bouteilles ne portent pas la même signature, et la distinction se lit au dos. Certaines sortent sous le seul nom Velier. D'autres relèvent d'Habitation Velier, réservée aux rhums d'une seule distillerie, distillés à l'alambic à repasse et vieillis sous les tropiques. La Maison & Velier est née du rapprochement avec l'importateur français La Maison du Whisky et porte la gamme Rum of the World. Papalin désigne des assemblages vieillis dans les chais des distilleries d'origine, et The Spirit of Haiti le programme consacré aux clairins haïtiens.

Les chiffres imprimés sur une étiquette Velier

L'évaporation du fût annoncée en pourcentage

Peu de maisons publient la part des anges de leurs cuvées : celle-ci l'écrit. Un rhum jamaïcain de cinq ans annonce une perte supérieure à 34 %, un autre de sept ans une perte d'environ 42 %. Un millésime cubain de plus de soixante ans de vieillissement tropical est présenté avec une évaporation d'environ 8 % par an, un pure single rum grenadien de trois ans avec un ordre de grandeur comparable. Le Last Ward 2007, seize ans de fût, indique que 70 % du volume s'est envolé avant la mise en bouteille.

Les congénères et les esters, chiffrés marque par marque

Le deuxième nombre de ces contre-étiquettes chiffre les arômes : le taux d'esters, parfois libellé en congénères, exprimé en grammes par hectolitre d'alcool pur. Il sépare des rhums pourtant sortis du même site : chez un producteur jamaïcain, la marque la plus légère est donnée entre 40 et 80 g/hlpa quand la plus chargée grimpe à 1 223,9 g/hlpa sur un millésime 2017. Ailleurs, une marque légère se tient entre 60 et 119, un rhum blanc jamaïcain affiche 502 g/hlpa jusque dans son nom de cuvée, et une marque de style Wedderburn se situe entre 200 et 300. Lire ce nombre avant d'ouvrir donne une idée assez fidèle de l'intensité aromatique que le verre va exiger.

Le degré donné à la décimale près, sans arrondi

Le degré obéit à la même exigence de précision. Un Papalin jamaïcain de sept ans a été embouteillé à 57,18 %, deux millésimes de Trinité-et-Tobago à 70,28 % et à 62,59 %, un 1994 du Guyana à 60,4 %. Deux cuvées sud-africaines issues du même millésime 2017 se séparent, elles, de trois dixièmes : 64,6 % contre 64,3 %. Ces décimales signalent que le liquide est parti en bouteille au titre qu'il avait dans le fût, sans détour par un chiffre rond.

Le nombre de bouteilles tirées, quand la cuvée l'annonce

Beaucoup de ces cuvées annoncent leur tirage. Un millésime jamaïcain de sept ans est donné pour 2 080 bouteilles, un rhum des Seychelles pour 1 150, deux embouteillages japonais pour 530 chacun et un troisième pour 126 seulement. À l'autre extrémité, un pure single rum jamaïcain de dix ans compte 6 582 bouteilles. Ce nombre donne surtout l'ordre de grandeur du lot embouteillé.

Les artistes qui signent les étiquettes de la maison

Warren Khong et les étiquettes de la série Villa Paradisetto

Villa Paradisetto est l'adresse qu'a occupée la maison à Gênes de 1988 à 2020. L'année du déménagement, elle en a fait le nom d'une série d'embouteillages dont les étiquettes ont été commandées à l'artiste Warren Khong, collaborateur de longue date. On retrouve ce nom sur un rhum mauricien de 2013, sur deux millésimes jamaïcains et sur un rhum du Massachusetts ; l'une de ces étiquettes porte même son numéro. La série ne dit rien du liquide : elle date le flacon.

Les Magnum Series et les photographes de l'agence Magnum

Une seconde série associe le rhum à la photographie. Magnum Photos, coopérative de photographes fondée en 1947, prête ses images aux Magnum Series : la première édition revient à Elliott Erwitt, la deuxième à Alex Webb, la troisième à Cristina De Middel. L'édition Erwitt couvre un millésime barbadien et un rhum martiniquais ; l'édition Webb un jamaïcain de treize ans, un martiniquais de douze ans et un jamaïcain de dix ans ; l'édition De Middel un jamaïcain de quatre ans. Plusieurs de ces bouteilles sortent en magnum de 150 cl, à côté de leur version en 70 cl.

Les portraits d'anciens salariés posés sur les flacons

La troisième série est d'un autre ordre. Après la fermeture de la distillerie Caroni, la maison a consacré une suite d'embouteillages aux anciens salariés du site : chaque étiquette de face porte le nom, le surnom et le portrait de l'un d'eux, le dos racontant l'histoire des fûts retenus pour la sortie. Les photographies sont de Fredi Marcarini, et les anciens ouvriers ont été retrouvés par le liquidateur de la distillerie, Rudy Moore. Les sorties se sont succédé, numérotées, et les surnoms (« Yunkoo », « Brigade », « Sarge », « Nitz ») sont devenus des repères pour les amateurs.

Un catalogue de rhums bâti sur plusieurs continents

L'arc caribéen et le Guyana, terrain historique de la maison

Les Antilles sont le terrain d'origine. La Jamaïque y est présente par des rhums de mélasse venus de plusieurs paroisses, dont certains ont passé plus de vingt ans en chêne américain ayant contenu du bourbon. La Barbade apporte des millésimes bruts de fût, Trinité-et-Tobago les barriques d'un site aujourd'hui arrêté, Haïti ses clairins de jus de canne et un rhum blanc de sirop de batterie. S'y ajoutent la Martinique, dont l'AOC encadre un rhum agricole né du jus de canne pressé sur place, la Guadeloupe et Marie-Galante sous indication géographique protégée, puis Cuba, Antigua-et-Barbuda et la Grenade. Le Guyana, sur le continent sud-américain, complète cet ensemble avec ses rhums de la région Demerara.

L'Afrique australe et les îles de l'océan Indien

Hors des Caraïbes, la maison a suivi la canne. L'Afrique du Sud est représentée par un pure single rum de jus de canne frais distillé à Malelane, dans le Mpumalanga, en deux versions du même millésime 2017 que seul le fût sépare : un fût ayant contenu du bourbon d'un côté, un fût de vin rouge français de l'autre. L'île Maurice apparaît par un rhum de jus de canne frais vieilli sept ans sur place, les Seychelles par un millésime 2018 élevé à Mahé, et La Réunion par un assemblage de rhums traditionnels restés dans les chais de leur distillerie d'origine.

Le Japon, la Thaïlande et l'Australie

La carte se prolonge vers l'Asie et l'Océanie. Au Japon, une micro-distillerie ouverte à Otsu en 2013 et fermée dix ans plus tard a laissé un rhum blanc non vieilli, son dernier distillat, et des fûts uniques élevés entre un entrepôt aux fortes variations thermiques et une ancienne mine très humide. L'un d'eux est en chêne russe, ce qui reste inhabituel pour un rhum. La Thaïlande apporte un rhum de mélasse distillé en colonne à Nakhon Pathom et vieilli douze ans sous le climat du pays. L'Australie, un millésime 2014 du Queensland tiré d'un fût unique.

Les États-Unis et le Guatemala, plus rares sur une étiquette de rhum

Restent deux origines inhabituelles sur une bouteille de rhum de dégustation. Les États-Unis d'abord, avec une distillerie d'Ipswich, dans le Massachusetts, dont un rhum blanc de mélasse non filtré à froid et un millésime 2017 de trois ans figurent au rayon. Le Guatemala ensuite, par un fût unique de 2016 distillé en colonne et embouteillé à 43 % sans additif. Ces deux-là disent bien ce catalogue : une collection d'origines plutôt que de marques.

Questions fréquentes sur les rhums Velier

Velier possède-t-il une distillerie ?

Non. Velier est un embouteilleur et un négociant installé à Gênes : la maison n'a ni champ de canne, ni alambic, ni appellation. Elle sélectionne des fûts dans les distilleries, en suit le vieillissement et les met en bouteille sous sa signature, seule ou aux côtés du nom du distillateur.

Que devient un rhum Velier dans un punch ou un rhum arrangé ?

Ce n'est pas leur usage. Le rhum arrangé se monte par macération de fruits et d'épices, le punch et le cocktail par dosage puis allongement, et les deux recouvrent en partie le rhum de départ. Or les blancs de la maison sont des distillats de petite série : un pure single rum jamaïcain à 502 g/hlpa d'esters, un rhum blanc haïtien de sirop de batterie, le dernier distillat d'une micro-distillerie japonaise. Quant au rhum vieux, il part en bouteille au degré du fût, parfois au-dessus de 60 %. Ce que l'étiquette annonce s'efface dans une macération : les cocktails se montent avec un rhum blanc ou ambré plus neutre, ces bouteilles se boivent à la dégustation.

Pourquoi une étiquette Velier annonce-t-elle la part des anges ?

Parce qu'elle change tout sous les tropiques. Un fût vieilli en climat chaud perd chaque année une fraction bien plus élevée de son contenu qu'en Europe, et la maison la chiffre cuvée par cuvée : c'est ce qui explique qu'un rhum de cinq ans puisse avoir la concentration d'un rhum bien plus âgé sous nos latitudes. Sur seize ans de fût, une bouteille du rayon indique 70 % de volume envolé.

Où acheter un rhum Velier en ligne ?

Sur Trinquay. Notre rayon réunit les embouteillages de la maison génoise, des clairins haïtiens aux millésimes du Guyana, en passant par les séries d'étiquettes d'artistes et les origines les plus lointaines, du Japon à l'Afrique du Sud. Chaque fiche précise le millésime, l'âge lorsqu'il est annoncé, le degré d'embouteillage et la signature portée au dos de la bouteille.