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Une guimauve tient en très peu de choses : un sirop de sucre, un gélifiant, un parfum, et beaucoup d'air. C'est cette dernière ligne qui fait tout le reste. Là où un bonbon enferme le sucre dans une masse compacte, la guimauve l'étire et le gonfle jusqu'à ce qu'il ne pèse presque plus rien dans la main. Les neuf références réunies dans ce rayon viennent de deux maisons françaises, elles se distinguent par leurs parfums et par leur format, mais elles partagent toutes le même geste : un sirop cuit, puis fouetté longuement jusqu'à ce qu'il cesse de couler.
Le mot du métier est le foisonnement : l'opération qui consiste à battre un sirop chaud jusqu'à ce qu'il emprisonne des bulles d'air et qu'il blanchisse. Une bonne part du volume final d'une guimauve n'est donc pas de la matière, c'est du vide. De là viennent sa légèreté, sa couleur pâle même sans colorant, et cette façon qu'elle a de fondre plutôt que de se briser. Un bonbon de sucre cuit, lui, ne foisonne pas : il refroidit tel quel et durcit. Deux confiseries faites du même sucre peuvent ne rien avoir en commun sous la dent : c'est le batteur, pas la recette, qui décide.
Avant le fouet, il y a la casserole. Le sucre se dissout dans l'eau et cuit jusqu'à une température précise, celle qui laissera dans la pâte la juste quantité d'eau. À ce sirop s'ajoute le plus souvent du glucose, dont le rôle n'a rien de gourmand : il empêche le sucre de recristalliser en refroidissant. Sans lui, la pâte à guimauve grainerait au lieu de rester lisse, et la texture fondante deviendrait sableuse. C'est un ingrédient de tenue plus que de goût, invisible à la dégustation mais responsable du moelleux qu'on attend d'une guimauve encore plusieurs jours après sa fabrication.
Une fois prise, la pâte est coulée, laissée à raffermir, puis découpée. À ce stade elle colle à tout, au couteau, aux doigts, à elle-même. Les confiseurs la roulent donc dans un mélange de sucre glace et de fécule, ce voile blanc mat qu'on voit sur les guimauves d'atelier et qu'on retrouve au fond du sachet. Il ne sucre pas davantage, il isole chaque cube de son voisin. Une guimauve qui n'a pas ce voile a été enrobée autrement, dans du chocolat le plus souvent, ou bien elle a été extrudée en usine puis séchée en surface.
Le nom de cette confiserie n'a pas été choisi pour faire joli : il désigne une plante. La guimauve officinale, Althaea officinalis pour les botanistes, pousse dans les terrains humides d'Europe, d'Asie tempérée et d'Afrique du Nord. Sa racine, épaisse et riche en amidon, libère à la décoction une substance visqueuse qui épaissit l'eau. C'est cette propriété, et elle seule, qui a fait entrer une plante des marais dans les boîtes de confiseur. La confiserie porte le nom de la plante parce qu'elle en était faite, et le lien s'est conservé dans la langue bien après que la recette a changé.
Les confiseurs d'autrefois extrayaient de la racine une préparation épaisse qu'ils sucraient et montaient au blanc d'œuf, ce qui donnait une pâte pâle et souple. Le procédé était long et le rendement mauvais, une racine ne donnant pas grand-chose : il n'a pas résisté à la production en volume. La plante, elle, n'a pas disparu du vocabulaire pour autant. Elle est le seul cas où une confiserie française porte encore le nom d'un végétal qu'elle ne contient plus.
L'anglais a fait le même trajet, en plus littéral. Marsh désigne le marais, mallow désigne la mauve : le marshmallow est mot pour mot la mauve des marais, c'est-à-dire notre guimauve officinale. Les deux langues ont donc baptisé la confiserie du nom de la même plante, chacune dans ses propres mots, sans que l'une ait traduit l'autre. Ce n'est pas un emprunt, c'est une coïncidence de nomenclature. On présente souvent le marshmallow comme un produit américain distinct de la guimauve : les deux mots désignent la même chose.
La décoction de racine a cédé la place à des gélifiants d'usage courant, la gélatine le plus souvent, parfois combinée à un montage aux blancs battus. Le changement n'est pas seulement pratique : il donne une prise plus franche et plus régulière, donc une pâte qui se découpe proprement et qui se tient dans le temps. Les recettes modernes conservent en revanche l'essentiel de l'ancienne, à savoir le rapport entre le sucre, l'eau et l'air. La guimauve d'aujourd'hui n'est pas une invention récente, c'est une vieille recette dont on a changé l'agent de prise.
Une pâte à guimauve nature ne goûte à peu près rien d'autre que le sucre. Tout le caractère vient donc de ce qu'on y met, et surtout du moment où on l'y met. Ce rayon compte sept parfums nommés, de la fleur d'oranger au cola en passant par la framboise, la myrtille, le citron, la vanille et l'anis, plus une version passée au chocolat au lait. Chaque parfum modifie la perception du sucre avant de modifier le goût, ce qui explique que deux guimauves de même recette puissent paraître l'une écœurante et l'autre franche.
L'arôme entre dans la pâte pendant qu'elle est encore chaude et en mouvement, pas une fois qu'elle a pris. C'est une contrainte de fabrication : une guimauve figée ne s'aromatise plus, on ne peut que l'enrober. La conséquence tient à la répartition. Dans une guimauve d'atelier, le parfum est présent partout, du cœur à la surface, et il ne s'atténue pas au fil de la mastication. Une pâte parfumée en profondeur ne libère pas son goût par vagues mais d'un seul tenant.
Les parfums fruités ne se contentent pas d'ajouter un goût, ils apportent de l'acidité, et l'acidité fait reculer la sensation de sucre. Une guimauve à la framboise, à la myrtille ou au citron se mange donc plus longtemps qu'une guimauve neutre, parce qu'elle ne sature pas le palais aussi vite. Le citron est le cas extrême du rayon, franchement acidulé, là où la myrtille reste ronde et la framboise se tient entre les deux. Les parfums non fruités jouent une autre partition : la fleur d'oranger et l'anis reposent sur des notes parfumées plutôt qu'acides, et le cola sur un registre emprunté au bonbon.
Une seule référence du rayon sort de la logique du cube roulé au sucre : le Guimochoc, une guimauve à la fleur d'oranger enrobée de chocolat au lait. L'enrobage change l'objet plus qu'on ne le croit. Il apporte une résistance en bouche, une matière grasse absente de la pâte, et il fait passer la guimauve du registre de la confiserie à celui de la bouchée chocolatée. Le contraste entre une coque ferme et un cœur qui s'affaisse est le seul effet de texture de ce rayon, tout le reste jouant sur une matière homogène.
La différence entre une guimauve d'atelier et une guimauve de grande production ne se lit pas d'abord sur une étiquette, elle se voit et se sent. Une pâte fouettée en petits volumes, découpée à la main, ne donne pas des pièces rigoureusement identiques : les cubes varient légèrement et le voile de sucre glace n'est pas uniforme. La régularité parfaite est un signe d'extrusion, pas de soin, la production industrielle formant les cordons de pâte en continu avant de les couper à la longueur.
Le test le plus simple se fait à la pression. Une guimauve bien foisonnée s'enfonce facilement puis remonte, sans garder la marque du doigt. Si elle reste creusée, elle a perdu de l'air ou de l'eau ; si elle résiste d'emblée, elle a séché en surface et son cœur suivra. Ce ressort est le meilleur indicateur de fraîcheur dont dispose un acheteur, bien avant la couleur ou le parfum. Une guimauve se juge à sa capacité à revenir, exactement comme une mie de pain, et pour la même raison physique.
Le sucre attire l'eau, et une guimauve est presque entièrement faite de sucre. Placée au réfrigérateur, elle rencontre de l'humidité et du froid : le voile protecteur se dissout, les cubes se soudent entre eux et la pâte se raffermit au lieu de rester souple. Le bon réflexe est l'inverse. Une boîte fermée, à température de la pièce et à l'abri de la lumière, conserve mieux qu'un frigo. Le congélateur pose un problème voisin, la condensation au moment de sortir les pièces suffisant à les rendre collantes.
Chauffée, une guimauve se comporte comme la mousse qu'elle est. Les bulles d'air prises dans la pâte se dilatent, la pièce gonfle bien au delà de sa taille initiale, puis le sucre de surface brunit tandis que le cœur devient coulant. C'est le seul moment où une guimauve change d'état sans qu'on ajoute quoi que ce soit. Plongée dans un liquide chaud, elle suit le chemin inverse et se dissout en donnant du corps à la boisson. Dans les deux cas, c'est l'air emprisonné au fouettage qui décide du résultat.
C'est un sirop de sucre foisonné, c'est-à-dire battu jusqu'à emprisonner de l'air, puis stabilisé par un gélifiant pour qu'il garde cette structure en refroidissant. La pâte obtenue est coulée, laissée à prendre, découpée en cubes ou en bâtonnets, et roulée dans un mélange de sucre glace et de fécule. Ni bonbon, ni pâtisserie, la guimauve appartient à la famille des confiseries montées, celle où la texture compte autant que le goût.
Le procédé, d'abord : la production en volume forme la pâte en cordons continus, ce qui donne des pièces rigoureusement identiques et souvent plus aérées encore, jusqu'à paraître mousseuses. La fabrication en petits volumes travaille par cuves, coule la pâte en cadres, la laisse prendre puis la découpe. La seconde donne une pâte plus dense sous la dent et un fondant plus lent, avec des pièces irrégulières. La différence de parfum suit la même logique : quelques parfums travaillés séparément d'un côté, une gamme standardisée de l'autre.
Neuf références, venues de deux confiseurs. La maison Arnaud Soubeyran, à Montélimar, en signe huit : sept parfums séparés, fleur d'oranger, vanille, framboise, myrtille, citron, anis et cola, plus le Guimochoc à la fleur d'oranger enrobé de chocolat au lait. La maison André Boyer, à Sault, en signe la neuvième, une guimauve à l'ancienne. Les parfums étant référencés séparément, le rayon se compose au choix plutôt qu'en assortiment imposé.
Sur Trinquay, aux côtés de nos vins, de nos champagnes et de nos spiritueux. Nous les sélectionnons comme nos domaines, et nous les proposons parfum par parfum plutôt qu'en coffret fermé. Le rayon des douceurs sucrées complète la cave, pour un goûter, une fin de repas ou un cadeau à composer soi-même.