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DOMAINE

Domaine Brana

Trente hectares de vignes en 1950, des terrasses abandonnées depuis le phylloxéra, et un vignoble basque qui tenait à un fil. Le Domaine Brana a replanté ces friches en 1984, ramené le vin blanc dans l'appellation Irouléguy et fait de dix-huit hectares de pentes à 65 % l'un des plus beaux terroirs de montagne du Sud-Ouest.

Par Matys Hoffman, cavistePublié le 21 août 20266 min de lecture
Domaine Brana

Au Pays Basque, la vigne a bien failli disparaître. Le phylloxéra puis les guerres avaient réduit le vignoble d'Irouléguy à une trentaine d'hectares au sortir des années 1940. C'est dans ce paysage de friches que le Domaine Brana est venu replanter.

Le Domaine Brana, premier domaine indépendant de l'appellation Irouléguy

Les débuts en 1897, une maison basque née dans le négoce de vins

L'histoire ne commence pas dans une vigne mais sur les chemins. En 1897, Pierre Brana sillonne la région avec son attelage et ses fûts de bois pour vendre des vins de qualité, et se fait un nom dans le négoce basque.

Son fils Jean, fin dégustateur, installe l'entreprise à Saint-Jean-Pied-de-Port. Il faudra attendre trois générations avant que la maison possède ses propres vignes, en passant d'abord par un tout autre métier, la distillation, lancée en 1974 par Étienne et Adrienne Brana.

1984, quand Jean Brana replante les vignes sur les friches d'Ispoure

Le vignoble naît en 1984, et c'est Jean Brana, fils d'Étienne, qui le crée. La famille acquiert des terrains à Ispoure, Bussunaritz et Lecumberry, des parcelles en friche dont les vignes avaient été arrachées lors de la crise du phylloxéra.

Ce sont les premières vignes indépendantes de l'appellation, à une époque où la production d'Irouléguy passait presque entièrement par la cave coopérative. Le chai de vinification suit en 1991, à Ispoure, signé par les architectes Patrick Dillon et Jean de Gastines, qui l'ont dessiné en s'inspirant des tours navarraises.

Du premier vin blanc de l'appellation à la transmission de 2023

En 1987, la maison plante des cépages blancs et signe le premier vin blanc d'Irouléguy après une cinquantaine d'années d'oubli. Après le décès d'Étienne en 1992, Jean prend la vigne et le vin, Martine la distillerie.

La maison a changé de mains en 2023, faute de successeurs, en rejoignant le groupe d'Hugues Souparis pour assurer sa continuité. En 2025, elle a reçu le label Entreprise du Patrimoine Vivant.

L'AOC Irouléguy, l'un des plus petits vignobles de montagne de France

De la cave coopérative de 1953 au décret d'appellation de 1970

Le vignoble basque touche le fond au milieu du vingtième siècle : trente hectares en 1950, contre plusieurs milliers avant le phylloxéra. La création de la cave coopérative de Saint-Étienne-de-Baïgorry, en 1953, stoppe le déclin et permet aux vignerons de replanter.

La même année, les vins obtiennent une première reconnaissance sur trois communes seulement. L'appellation d'origine contrôlée Irouléguy est reconnue par le décret du 29 octobre 1970, et son aire est ensuite étendue, en 1970 puis en 1987.

Quinze communes et deux cent cinquante hectares de vignes basques

L'aire d'appellation couvre quinze communes des Pyrénées-Atlantiques, d'Ascarat à Bidarray en passant par Ispoure. La superficie plantée tourne autour de deux cent cinquante hectares, ce qui reste minuscule à l'échelle des grands vignobles français.

Le syndicat compte une soixantaine d'adhérents, dont vingt-deux producteurs indépendants et une cave coopérative. Irouléguy est l'un des plus petits vignobles de montagne de France, et c'est cette rareté, autant que l'altitude, qui donne à ses vins leur statut à part.

Les cépages autorisés, du tannat au petit courbu

En rouge et en rosé, le cahier des charges retient deux cépages principaux, le cabernet franc et le tannat, complétés par le cabernet sauvignon, qui reste accessoire en rouge. Le tannat apporte la structure tannique, le cabernet franc le fruit et la finesse.

Les blancs reposent sur quatre cépages du Sud-Ouest : le courbu, le petit courbu, le gros manseng et le petit manseng. Ce sont eux qui donnent aux vins blancs de l'appellation leur tension et leurs arômes d'agrumes, très loin des blancs ronds et solaires du Midi.

Un terroir de terrasses, entre grès rouge et sols calcaires

Dix-huit hectares accrochés à des pentes de 65 % de déclivité

Le domaine s'étend sur dix-huit hectares répartis entre Ispoure, Bussunaritz et Lecumberry, avec des vignes d'une trentaine d'années. Environ 70 % du vignoble est planté sur des terrasses étroites aménagées à flanc de montagne.

La déclivité moyenne y avoisine 65 %, ce qui interdit la mécanisation sur la plus grande partie des parcelles. Les vendanges s'y font donc entièrement à la main.

Grès rouge du trias, argilites et calcaires beiges

Quatre terroirs se partagent le vignoble : des grès rouges du trias, des argilites, des calcaires beiges et des sols argilo-calcaires. Le grès rouge est la signature du secteur d'Ispoure, quand les sols calcaires dominent du côté de Bussunaritz.

Cette mosaïque explique que le domaine vinifie par cépage et par parcelle, avant d'arbitrer l'assemblage. Le climat, lui, tient de la montagne et de l'océan à la fois, avec des maturités lentes et une acidité qui se maintient jusqu'aux vendanges.

L'arrouya et l'erremaxaoua, deux cépages autochtones replantés

À côté des cépages classiques de l'appellation, le domaine a replanté deux variétés basques oubliées, l'arrouya et son cousin l'erremaxaoua. Ce travail de conservation prolonge celui mené sur le blanc dans les années 1980.

La démarche environnementale suit la même logique. Certifié Haute Valeur Environnementale de niveau 3 depuis 2014, le domaine a engagé sa conversion en 2019 et il est certifié en agriculture biologique depuis 2024, effective à partir du millésime 2023. On y recense 110 nichoirs et 35 espèces d'oiseaux.

Les vins du Domaine Brana à la dégustation

Le rouge d'Irouléguy, cabernet franc et tannat aux tanins fondus

Le Domaine Brana rouge est bâti sur le cabernet franc, largement majoritaire, complété par le tannat et une pointe de cabernet sauvignon. Les vendanges sont manuelles, l'éraflage total, et chaque cépage est vinifié séparément.

La robe est grenat intense, le nez complexe, sur les fruits rouges mûrs avec une note confite et une sensation crayeuse. La bouche montre une belle structure aux tanins fondus, loin du tannat rugueux que l'on attend parfois dans le Sud-Ouest.

Le blanc sec, gros manseng et petit courbu à la finale saline

Le blanc du domaine associe le gros manseng, majoritaire, au petit courbu et au petit manseng. C'est l'héritier direct des plantations de 1987, celles qui ont ramené le vin blanc dans l'appellation.

La robe est jaune pâle aux reflets dorés, le nez mêle agrumes, litchi et fleurs blanches. La bouche a du volume et se termine sur une finale saline, avec une fraîcheur que l'altitude préserve tard en saison.

Accords, température de service et garde de ces vins de caractère

Le rouge se sert autour de 17 °C et gagne à passer en carafe. Il appelle une viande rouge, un gigot ou du gibier, et se garde dix à quinze ans. Le blanc se sert plus frais, autour de 12 °C, à l'apéritif comme sur les poissons, les crustacés, les viandes blanches et les fromages de brebis.

Le Guide Hachette a distingué la maison à deux reprises d'un coup de cœur, sur un blanc du millésime 2011 et sur le rouge 2012. Le domaine prolonge d'ailleurs son vignoble dans ses alambics, avec un marc d'Irouléguy distillé cépage par cépage.

Irouléguy reste une appellation confidentielle, difficile d'accès et coûteuse à cultiver. Le Domaine Brana en est devenu le visage indépendant, celui qui a rouvert la voie du blanc et redonné une valeur marchande à des terrasses que plus personne ne voulait travailler.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Ce qu'on nous demande sur ce producteur

Par quelle cuvée commencer ?

Par celle que le domaine produit en volume, son entrée de gamme. Elle dit son style sans le millésime d'exception, et si elle plaît, les cuvées au-dessus tiennent la même ligne. Le repère « à partir de » en tête de gamme donne la moins chère du moment.

Ces bouteilles se gardent-elles ?

Chaque fiche porte son temps de garde, c'est la seule réponse qui vaille : sur un même domaine, une cuvée se boit dans l'année et une autre attend dix ans. Deux repères tiennent presque toujours : un rosé se boit jeune, un blanc sec de garde a besoin de quelques années pour s'ouvrir.

Peut-on panacher plusieurs cuvées dans un colis ?

Oui, le calage anti-casse tient six bouteilles par colis, panachées ou non. La livraison est offerte dès 100 € en point relais, hors Corse, et c'est le bon moment pour goûter deux cuvées du même domaine côte à côte.