Carpaccio de bœuf à l'huile d'olive et copeaux de parmesan
Matys Hoffman
Carpaccio de bœuf à l'huile d'olive et copeaux de parmesan
Le carpaccio de bœuf est l'une des plus belles inventions de la gastronomie italienne du XXe siècle, créé en 1950 par Giuseppe Cipriani au Harry's Bar de Venise pour la comtesse Amalia Nani Mocenigo, à qui son médecin avait interdit la viande cuite. Cipriani lui proposa du bœuf cru tranché ultra-finement, agrémenté d'une sauce mayonnaise au citron et à la moutarde : le carpaccio était né. Le nom rend hommage au peintre vénitien Vittore Carpaccio, dont les œuvres exposées à Venise à cette époque étaient célèbres pour leurs rouges intenses et lumineux, à l'image de la chair crue ainsi présentée. Notre version classique se contente de l'essentiel : un filet de bœuf très frais, taillé à la trancheuse en feuilles transparentes, arrosé d'huile d'olive vierge extra italienne, parsemé de copeaux de parmesan vieux et de roquette. Une simplicité absolue qui exige des ingrédients d'exception.
La règle du carpaccio est triple : la qualité absolue de la viande (filet de bœuf d'origine certifiée, idéalement Limousin, Charolais ou bœuf de Kobe pour les grandes occasions), la fraîcheur extrême (le carpaccio se prépare et se mange dans la journée), et la fineur de la coupe (presque transparente, à la trancheuse de boucher). À la maison, sans trancheuse professionnelle, on peut s'en sortir en glissant la viande quinze minutes au congélateur avant la coupe : elle se raffermit et permet de couper finement au couteau bien aiguisé. Pour la sécurité alimentaire, le bœuf doit avoir été congelé au moins 24 heures à -18°C avant la coupe (parasites éliminés), ou acheté chez un boucher de confiance qui certifie la fraîcheur et la qualité.
Ingrédients pour 4 personnes
Le carpaccio
- 400 g de filet de bœuf de très grande qualité (Limousin, Charolais ou Black Angus)
- 1 cuillère à soupe d'huile neutre pour le pinceau
La vinaigrette
- 10 cl d'huile d'olive vierge extra italienne (idéalement Toscane DOP)
- 1 jus de citron jaune frais
- 1 cuillère à café de moutarde de Dijon
- Fleur de sel, poivre noir du moulin
La garniture
- 120 g de parmesan Reggiano DOP (24 mois minimum) en copeaux
- 2 grosses poignées de roquette sauvage
- 1 cuillère à soupe de câpres au vinaigre égouttées
- 2 cuillères à soupe de pignons de pin torréfiés
- 1 citron jaune (pour les zestes)
- 1 truffe noire fraîche en lamelles (facultatif, pour grandes occasions)
Pour servir
- 1 baguette de pain de campagne en tranches grillées
- 1 gousse d'ail pour frotter
- 3 cuillères à soupe d'huile d'olive supplémentaire
Préparation
Préparer la viande
Si la viande n'est pas déjà parfaitement préparée par votre boucher, retirez tout le gras visible et le nerf central. Enroulez le filet très serré dans plusieurs couches de film alimentaire, en formant un boudin compact. Placez au congélateur pendant une heure et quart : la viande doit raffermir mais pas geler totalement. Cette technique permet une coupe précise et fine.
Trancher le carpaccio
Sortez la viande du congélateur, retirez le film alimentaire. À l'aide d'un grand couteau bien aiguisé (ou idéalement à la trancheuse de boucher), tranchez la viande en lamelles très fines (un à deux millimètres maximum) en travers des fibres. Si vous n'arrivez pas à couper assez fin, étalez les tranches obtenues entre deux feuilles de papier sulfurisé et tapotez doucement avec le plat d'un grand couteau ou d'un rouleau : les tranches s'étaleront comme par magie en feuilles transparentes.
Préparer la vinaigrette
Mélangez le jus de citron, la moutarde, sel et poivre dans un petit bol. Montez à l'huile d'olive en filet, en fouettant énergiquement, pour obtenir une vinaigrette légèrement émulsionnée. Goûtez, ajustez l'équilibre acidité-sel-gras selon votre goût. La vinaigrette doit être vibrante, citronnée, et révéler la qualité de l'huile d'olive.
Préparer la garniture
À l'aide d'un économe à légumes, prélevez de fins copeaux de parmesan à partir d'un morceau bien froid. Lavez soigneusement la roquette et essorez. Frottez les tranches de pain grillées avec la gousse d'ail entière et arrosez d'huile d'olive.
Dresser à la minute
Sur quatre grandes assiettes plates et bien froides (passez-les dix minutes au frigo avant le dressage : c'est crucial pour conserver la fraîcheur du carpaccio), disposez les tranches de bœuf en rosace, en les laissant légèrement se chevaucher pour couvrir le fond de l'assiette. Arrosez généreusement de vinaigrette à l'huile d'olive, puis disposez harmonieusement : la roquette en bouquet central, les copeaux de parmesan parsemés, les câpres, les pignons torréfiés et le zeste de citron râpé fin. Pour les grandes occasions, ajoutez quelques lamelles de truffe noire fraîche.
Salez à la fleur de sel, poivrez généreusement au moulin. Servez immédiatement, accompagné des tranches de pain grillé. Le carpaccio se mange à la fourchette, en piquant viande, parmesan et roquette ensemble pour une bouchée complète.
Accord mets et vin
Sur ce carpaccio de bœuf cru et son huile d'olive, on cherche un rouge frais et fruité, ou un grand blanc structuré. Le Château la Cour d'Argent · 2018 en AOC Bordeaux est un choix d'une grande accessibilité : ce vin de la rive droite, à dominante Merlot, offre dans son millésime 2019 des notes de fruits rouges juteux, une touche de violette et une structure tannique souple. La maison Château La Cour d'Argent est une propriété familiale qui produit des vins de qualité.
Servez ce rouge à seize degrés, légèrement frais. Pour explorer d'autres options, notre sélection de vins de Bordeaux propose des cuvées variées. Notre rubrique recettes et accords mets-vins regorge d'autres idées d'accords pour vos antipasti italiens.
Conseils du chef et variations
- Choix de la viande : filet ou faux-filet de bœuf, idéalement Limousin ou Charolais français. Pour les très grandes occasions, du Wagyu ou du Black Angus.
- Variante à la truffe : ajoutez quelques lamelles de truffe noire fraîche en saison (novembre à mars). L'accord est sublime.
- Variante au citron vert : remplacez le citron jaune par du citron vert pour une version plus exotique, façon ceviche.
- Sécurité alimentaire : assurez-vous que votre boucher a respecté la chaîne du froid. À la maison, congélation 24h à -18°C minimum si vous avez le moindre doute.
- Pour buffet : présentez le carpaccio sur un grand plat de service, avec tous les condiments à part. Chacun se sert.
Histoire et tradition du carpaccio
Le carpaccio est une création récente de la cuisine italienne moderne, inventée en 1950 par Giuseppe Cipriani, propriétaire du célèbre Harry's Bar de Venise, pour répondre aux régimes alimentaires sans viande cuite imposés par son médecin à la comtesse Amalia Nani Mocenigo. Le nom rend hommage au peintre vénitien Vittore Carpaccio (1465-1525), célèbre pour ses tableaux aux dominantes de rouge profond et de blanc nacré qui rappellent les couleurs du carpaccio fini. Cette préparation a connu un succès mondial fulgurant dès les années soixante-dix, popularisée par les grands restaurants italiens internationaux et déclinée depuis en innombrables variations (carpaccio de saumon, de thon, de coquilles Saint-Jacques, de bresaola, de poulpe). C'est aujourd'hui l'une des entrées italiennes les plus universellement appréciées dans la restauration mondiale.
Le mot du sommelier
L'accord carpaccio / vin demande de la délicatesse : la chair crue est subtile, l'huile d'olive marque, le parmesan apporte du sel, le citron acidifie. Les rouges légers et fruités (Bordeaux jeunes, Loire en Cabernet Franc, Pinot Noir d'Alsace) sont les compagnons idéaux. Les grands blancs structurés (Chablis Premier Cru, Saint-Aubin) offrent une alternative plus moderne et précise. Évitez les vins trop tanniques (qui durciraient au contact du citron) ou trop boisés (qui écraseraient la délicatesse de la viande crue).