Carré de sanglier en croûte d'herbes de la garrigue
Matys Hoffman
Matys Hoffman
Le carré de sanglier est l'un des grands gibiers de l'automne et de l'hiver en France, particulièrement apprécié dans les régions méridionales (Provence, Languedoc, Vaucluse) où la chasse au sanglier reste une tradition forte. La chair, plus marquée et plus persillée que celle du cerf ou du chevreuil, exige une cuisson précise (saignante à rosée) et une marinade préalable pour l'attendrir et atténuer son côté sauvage. Notre version associe le carré à une croûte d'herbes de la garrigue (thym, romarin, sarriette, baies de genièvre, sauge), parfaitement adaptée à la nature provençale du sanglier méditerranéen. Servi avec une polenta crémeuse aux cèpes et une compote d'airelles au porto, c'est un plat de grand chasseur élevé au rang de la haute cuisine.
La marinade du sanglier est un héritage des anciennes pratiques de la chasse : on marinait la viande pour l'attendrir (l'acidité du vin et du vinaigre dégrade les tissus conjonctifs) et pour l'aromatiser (les herbes pénètrent en profondeur). Cette étape est non négociable pour un grand sanglier : elle prend 24 à 48 heures mais transforme radicalement le résultat. La croûte d'herbes de la garrigue, appliquée en fin de cuisson, est un autre secret : elle protège la chair de la chaleur directe et apporte les notes méditerranéennes qui adoucissent la rusticité du sanglier. C'est un mariage de tradition et de raffinement, un plat qui raconte une histoire de terroir et de chasse.
Faites bouillir le vin rouge avec le vinaigre, les légumes, l'ail, le zeste d'orange, le bouquet garni renforcé et les grains de poivre concassés. Laissez frémir 5 minutes pour évaporer l'alcool, puis laissez refroidir complètement. Plongez le carré dans cette marinade froide, ajoutez l'huile d'olive en surface (qui formera une couche protectrice). Couvrez et placez au frais pendant 48 heures, en retournant la viande deux fois.
Mélangez tous les ingrédients de la croûte dans un grand bol. Travaillez à la fourchette pour obtenir une pâte texturée. Aplatissez entre deux feuilles de papier sulfurisé sur 1 cm d'épaisseur. Placez au congélateur 30 minutes pour raffermir.
Faites cuire les airelles avec le porto, le sucre roux et une noix de beurre dans une casserole pendant 15 minutes, jusqu'à ce que les airelles éclatent et que le sirop devienne épais. Réservez.
Sortez le carré de la marinade (filtrez et conservez la marinade pour la sauce). Séchez très soigneusement le carré avec du papier absorbant. Salez et poivrez. Préchauffez le four à deux cent vingt degrés. Faites chauffer une grande poêle avec un peu d'huile d'olive. Saisissez le carré sur toutes ses faces (environ 3 minutes par face) pour obtenir une croûte caramélisée. Disposez sur une plaque à four.
Enfournez à 200°C pendant quinze à dix-huit minutes (selon l'épaisseur), pour 52°C à cœur (saignant) ou 56°C (rosé). Sortez et laissez reposer 5 minutes.
Sortez la pâte du congélateur, taillez à la dimension du carré. Appliquez sur le dessus du carré. Repassez au four à 220°C pendant 5-7 minutes pour dorer la croûte. Laissez reposer 10 minutes sous papier d'aluminium.
Faites réduire la marinade filtrée à 10 cl. Ajoutez le fond brun de gibier, laissez frémir 30 minutes. Filtrez, ajoutez la gelée de groseille et le chocolat noir, laissez fondre. Réduisez à consistance nappante, montez au beurre froid.
Faites suer les cèpes émincés au beurre 5 minutes. Réservez. Faites bouillir le bouillon de volaille avec la crème, salez. Versez la polenta en pluie, fouettez pour éviter les grumeaux. Cuisez 5 minutes. Hors du feu, incorporez les cèpes sautés et le beurre. La polenta doit être crémeuse, dorée, parfumée.
Tranchez le carré entre les côtelettes. Disposez deux côtelettes par assiette, ajoutez une quenelle de polenta aux cèpes, une cuillerée de compote d'airelles, nappez de sauce poivrade.
Sur ce gibier méditerranéen, le Domaine Paul Autard Juline 2022 en AOC Châteauneuf-du-Pape est un accord d'exception : cette cuvée à dominante Grenache offre des notes de fruits noirs confits, de garrigue et d'épices, parfaitement adaptées au sanglier et aux herbes de la garrigue. Servez à dix-sept degrés, après une heure de carafage. Pour explorer la maison, notre sélection de vins du Domaine Paul Autard propose les meilleures cuvées de cette propriété historique de Courthézon.
Le sanglier (Sus scrofa), gibier emblématique des forêts françaises, est particulièrement présent dans les massifs des Cévennes, des Pyrénées orientales, du Var et de la Drôme provençale, où il a longtemps constitué une ressource alimentaire essentielle des populations rurales méridionales. La technique de la croûte d'herbes de la garrigue (thym serpolet, romarin sauvage, sarriette, marjolaine sauvage cueillis sur les collines provençales) est une signature absolue de la grande cuisine de chasse méridionale, qui marie le caractère fort du gibier à plumes et à poils avec les arômes méditerranéens emblématiques de la Provence. Cette préparation est traditionnellement servie en automne et en hiver lorsque les sangliers sont au sommet de leur forme physique (graisse intra-musculaire optimale) et que les herbes sauvages de la garrigue ont concentré leurs arômes essentiels.
L'accord sanglier-Châteauneuf-du-Pape est l'un des grands classiques de la sommellerie méditerranéenne. La cuvée à dominante Grenache, avec ses notes de fruits confits et de garrigue, fait écho aux herbes méditerranéennes de la croûte. Pour des accords plus typés, partez sur un Bandol mature (Mourvèdre dominant) ou un Cornas : leur structure tannique répond à la chair persillée du sanglier. Évitez les rouges trop jeunes : les tanins durs heurteraient la finesse de la sauce.
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