Civet de marcassin aux senteurs de garrigue
Matys Hoffman
Matys Hoffman
Le civet de marcassin est l'un des plats emblématiques de la cuisine de chasse française, héritage des grandes tablées d'automne où le gibier rapporté du bois était transformé en mijotage long, profond, généreux. Le marcassin (jeune sanglier de moins d'un an) offre une viande plus tendre et moins puissante que celle de l'adulte, parfaite pour qui découvre le gibier sans craindre des saveurs trop sauvages. Mariné vingt-quatre heures dans un vin rouge corsé, longuement mijoté, lié au sang ou au chocolat noir en finale, il incarne cette cuisine patiente où chaque heure compte. Notre version « senteurs de garrigue » pousse le curseur méridional : thym, romarin, sarriette, laurier, baies de genièvre et zeste d'orange composent un bouquet aromatique qui répond à la puissance de la chair et entraîne le plat vers le sud.
La garrigue, ce maquis sec et parfumé qui couvre les collines du pourtour méditerranéen, livre des herbes dont les huiles essentielles concentrées résistent admirablement aux longues cuissons. Là où le persil et le cerfeuil s'évanouissent en quelques minutes, le romarin et la sarriette tiennent trois heures dans la cocotte sans rien perdre de leur puissance. C'est cette persistance aromatique qui fait la signature du plat. À table, on retrouvera ces mêmes notes dans le verre : Felgaria du Domaine de Cébène, mourvèdre dominant des hauteurs de Faugères, déploie une garrigue noble, des fruits noirs concentrés et des épices douces qui prolongent l'assiette en bouche. Pour explorer plus largement les rouges de la vallée méridionale, notre sélection Côtes du Rhône propose plusieurs candidats à hauteur du plat.
Détaillez la viande en gros cubes de cinq centimètres de côté. Disposez-les dans un grand récipient en verre ou en grès (jamais d'aluminium qui réagirait avec le vin). Recouvrez avec les carottes, oignons, céleri, ail, zeste d'orange, baies de genièvre, poivre, clous de girofle et le bouquet de garrigue. Versez le vin rouge, le cognac et l'huile d'olive. Mélangez délicatement, couvrez d'un film alimentaire au contact, et laissez mariner vingt-quatre heures, idéalement quarante-huit au réfrigérateur. Retournez les morceaux deux fois par jour pour une imprégnation homogène.
Le jour de la cuisson, sortez la marinade deux heures avant pour la tempérer. Égouttez les morceaux de viande dans une passoire posée sur un saladier : récupérez le vin de marinade d'un côté, la garniture aromatique de l'autre. Séchez méticuleusement chaque cube sur du papier absorbant – une viande humide ne saisit pas, elle bout.
Faites chauffer la moitié du beurre et de l'huile dans une grande cocotte en fonte à feu vif. Saisissez la viande en trois fournées sans surcharger la cocotte, environ quatre minutes par face pour obtenir une croûte caramélisée brun foncé. Réservez chaque fournée. Dans la cocotte vide, faites suer les lardons cinq minutes pour libérer leur gras, puis ajoutez la garniture aromatique de la marinade. Faites colorer une bonne dizaine de minutes en remuant.
Saupoudrez les légumes de farine et mélangez deux minutes pour cuire la farine sans la brûler. Ajoutez le concentré de tomate, faites torréfier deux minutes. Versez le vin de marinade filtré, déglacez en grattant tous les sucs au fond. Ajoutez le fond de gibier, le miel et un nouveau bouquet de garrigue frais. Replongez les morceaux de marcassin, salez peu (les lardons salent déjà), poivrez généreusement.
Couvrez et laissez mijoter à feu très doux pendant trois heures, ou enfournez à cent cinquante degrés. La viande doit devenir fondante, qui se défait à la cuillère sans pour autant se déliter complètement. Vérifiez toutes les heures : la sauce doit frémir, jamais bouillir.
Pendant ce temps, glacez les oignons grelots : pelez-les, déposez-les en sautoir avec une noix de beurre, une cuillère de sucre, une pincée de sel et de l'eau à hauteur. Cuisez à feu moyen jusqu'à évaporation et caramélisation dorée, environ vingt minutes.
Triez et brossez les champignons sans les laver à grande eau (ils gorgeraient). Faites-les sauter en deux fournées au beurre et à l'huile dans une grande poêle, à feu vif, cinq minutes par fournée pour les colorer sans qu'ils rendent leur eau. Salez et poivrez en fin de cuisson.
Quand le marcassin est cuit, retirez délicatement les morceaux et passez la sauce au chinois en pressant bien les légumes pour extraire tous les sucs. Remettez la sauce dans la cocotte, faites réduire dix minutes à feu vif pour concentrer : vous devez obtenir une nappe brillante qui voile la cuillère. Replongez la viande, les oignons grelots et les champignons.
Pour la liaison : hors du feu, mélangez le sang frais avec le vinaigre dans un bol. Versez en filet dans la sauce en remuant à la cuillère en bois : la sauce vire au brun profond et veloutée. Ne faites surtout plus bouillir sous peine de coagulation. Si vous remplacez par le chocolat, faites-le fondre dans une louche de sauce chaude puis incorporez. Montez au beurre froid en fouettant doucement, rectifiez sel et poivre.
Servez en assiettes creuses chaudes, généreusement nappé. Accompagnez de tagliatelles fraîches au beurre, d'une polenta crémeuse au parmesan ou de pommes de terre fondantes au four.
Sur ce plat de garrigue et de gibier, Felgaria 2019 du Domaine de Cébène est notre choix de cœur. Cette cuvée mourvèdre dominant des contreforts schisteux de Faugères livre exactement ce que le marcassin attend : une colonne tannique solide pour soutenir la viande, des arômes de fruits noirs confits, de poivre, de garrigue chaude qui dialoguent avec les herbes du plat, et une finale réglissée qui prolonge la longueur. Servez-le à seize degrés, après une heure de carafage pour épanouir les arômes. Pour varier les plaisirs, parcourez notre sélection Côtes du Rhône : un Gigondas mature, un Vacqueyras puissant ou un Châteauneuf-du-Pape de huit à dix ans d'âge feront merveille sur ce mijotage.
Le marcassin appelle des rouges puissants mais matures, où les tanins ont eu le temps de s'arrondir. La règle des dix ans est une bonne boussole : un Faugères, un Bandol, un Châteauneuf, un Cahors, un Madiran ou un Côte-Rôtie de cette tranche d'âge offrent la complexité et la finesse nécessaires sans heurter la sauce. Évitez les vins jeunes aux tanins durs qui amplifieraient l'amertume du sang dans la liaison. Les rouges du Languedoc et du Rhône sud, par leur dimension solaire et leur palette de garrigue, restent les plus naturels sur ce plat. Si vous préférez la finesse, un grand Pinot noir de Bourgogne mature peut surprendre par contraste. Carafez systématiquement une heure avant le service : la viande mérite un vin grand ouvert.
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