Gibelotte de lapin aux olives de nyons et au romarin
Matys Hoffman
Matys Hoffman
La gibelotte de lapin est l'une des grandes recettes traditionnelles de la cuisine française, ragoût rustique de lapin au vin blanc qui se prépare depuis des siècles dans les campagnes de Bourgogne, du Berry et de Provence. Le nom "gibelotte" viendrait de "gibier", soulignant l'origine champêtre du plat (autrefois préparé avec du lapin de garenne sauvage). Cette version provençale aux olives de Nyons AOP et au romarin est une déclinaison méditerranéenne qui marie la finesse du lapin fermier à la palette aromatique du sud : olives noires fruitées, romarin parfumé, ail rosé, tomates pelées et un vin blanc rhodanien généreux.
C'est un plat technique mais accessible : la découpe du lapin en huit morceaux (deux râbles, deux cuisses, deux épaules, deux pattes avant — ou demandez à votre boucher), le saisissage à l'huile d'olive pour la croûte dorée, la réduction du vin blanc, et le mijotage lent de quarante-cinq minutes qui transforme la chair du lapin en pure tendresse. Les olives de Nyons AOP, ces olives noires fruitées du Vaucluse à la chair charnue, sont ajoutées en fin de cuisson pour préserver leur texture. Servie avec une polenta crémeuse, des pâtes fraîches ou du riz de Camargue, c'est une recette d'automne ou d'hiver qui réchauffe le cœur et célèbre toute la générosité solaire de la cuisine provençale.
Sortez le lapin du réfrigérateur trente minutes avant cuisson. Si votre lapin n'est pas déjà découpé, séparez : le râble entier en deux tronçons, les deux cuisses, les deux épaules, les deux pattes avant. Gardez la tête, le foie et les abats à part (à utiliser dans un autre plat ou pour parfumer un bouillon). Salez et poivrez généreusement chaque morceau sur les deux faces. Saupoudrez d'une cuillère à soupe de farine et tapotez pour éliminer l'excédent (la farine va aider à la dorure et lier la sauce).
Dans une grande cocotte en fonte, faites chauffer trois cuillères à soupe d'huile d'olive à feu moyen-vif. Faites rissoler les lardons pendant trois minutes jusqu'à ce qu'ils soient dorés. Réservez. Dans la même cocotte avec la graisse des lardons, faites saisir les morceaux de lapin par petites quantités (quatre morceaux à la fois) pendant trois-quatre minutes par face. La réaction de Maillard doit former une belle croûte dorée. Réservez avec les lardons.
Dans la cocotte, ajoutez la cuillère à soupe d'huile d'olive restante si nécessaire. Faites suer les oignons rouges émincés à feu moyen pendant six-huit minutes jusqu'à ce qu'ils soient fondants et légèrement caramélisés. Ajoutez l'ail rose dégermé et écrasé, et faites infuser une minute à feu doux sans coloration. L'ail rose a un parfum plus subtil que l'ail blanc, particulièrement adapté aux cuissons longues.
Versez le vin blanc dans la cocotte, en grattant bien les sucs caramélisés au fond avec une cuillère en bois (déglaçage). Laissez réduire à feu vif pendant trois-quatre minutes pour évaporer l'alcool. Le vin doit perdre son acidité initiale et concentrer ses arômes. Si vous utilisez un vin rhodanien blanc (Côtes du Rhône blanc ou Crozes-Hermitage blanc), les notes florales et de fruits jaunes vont parfumer délicatement le ragoût.
Remettez les morceaux de lapin et les lardons dans la cocotte avec leur jus. Ajoutez les tomates pelées concassées, le bouquet garni (thym, laurier, romarin), et le fond brun. Le liquide doit recouvrir les morceaux aux deux tiers (pas plus). Couvrez et faites mijoter à feu doux quarante-cinq minutes. La chair du lapin doit être fondante mais pas désagrégée — il faut pouvoir piquer une cuisse à la fourchette qui doit ressortir avec résistance modérée.
Quinze minutes avant la fin de cuisson, ajoutez les olives de Nyons AOP dénoyautées entières dans la cocotte. Si vous avez une tapenade de Nyons, prélevez-en deux cuillères à soupe et incorporez-les également pour intensifier la note d'olive. Vérifiez la cuisson du lapin (la chair doit se détacher légèrement de l'os mais pas s'effiler) et la sauce (elle doit napper bien la cuillère, sinon faites réduire à découvert cinq minutes).
Retirez le bouquet garni de la cocotte. Rectifiez sel et poivre — attention, les olives et les lardons salent déjà la sauce. Sur chaque assiette chaude, disposez deux morceaux de lapin (une cuisse + un râble par exemple), nappez généreusement de sauce aux olives et tomates. Décorez d'un brin de romarin frais entier, de zeste d'orange en lanières, et d'un parsemis de persil et basilic frais. Servez immédiatement avec une polenta crémeuse au parmesan, des pâtes fraîches au beurre, ou du riz de Camargue rouge.
Les olives de Nyons AOP sont produites exclusivement dans 53 communes du Vaucluse et de la Drôme, autour de la ville de Nyons. La variété unique utilisée est la Tanche, olive noire à maturité naturelle (jamais préparée par lessivage chimique), à la chair charnue et fruitée, à la peau légèrement ridée, et au goût subtilement caractéristique : notes de noisette grillée, beurre fondu, et fruit sec mûr. Elles bénéficient d'une AOC depuis 1968 et d'une AOP européenne depuis 1996, ce qui en fait l'une des seules olives françaises avec cette double protection (avec l'olive de Nice et la Lucques du Languedoc).
La récolte traditionnelle a lieu entre novembre et fin janvier, à pleine maturité, à la main pour préserver la qualité. Les olives sont ensuite "piquées au sel" (méthode traditionnelle de fermentation lente dans la saumure pendant six mois minimum) pour développer leur saveur incomparable. Aucune méthode chimique n'est autorisée par le cahier des charges AOP — pas de soude pour adoucir, pas de coloration artificielle, pas d'aromatisation chimique. C'est cette pureté de fabrication qui donne aux olives de Nyons leur palette aromatique exceptionnelle, parfaite pour les ragoûts provençaux comme cette gibelotte, mais aussi en tapenade, à l'apéritif, ou simplement à grignoter avec un verre de vin rouge du Rhône.
La gibelotte de lapin aux olives de Nyons appelle un rouge méridional fruité et bien équilibré. Le Domaine Berthet-Rayne Les Perchettes est un excellent compagnon : ce rouge des Côtes du Rhône en grenache-syrah offre la palette aromatique méditerranéenne (fruits rouges, garrigue, épices douces) qui répond à la cuisine provençale du plat, ses tanins fondus respectent la finesse du lapin sans le couvrir, et ses notes d'olive et de garrigue dialoguent parfaitement avec les olives de Nyons et le romarin. Découvrez nos autres vins Côtes du Rhône pour trouver le partenaire idéal.
La gibelotte de lapin aux olives de Nyons est un plat provençal qui appelle des rouges méridionaux fruités et structurés. Les rouges du Rhône Sud (Côtes du Rhône Villages, Vacqueyras, Gigondas) sont les compagnons par excellence par tradition régionale et palette aromatique. Les rouges de Provence (Bandol mourvèdre, Côtes de Provence rouge) tiennent l'accord par cousinage méditerranéen. Les rouges du Languedoc en syrah-grenache (Pic Saint-Loup, Faugères) offrent une alternative crédible. Pour les amateurs : un blanc rhodanien glycériné (Châteauneuf-du-Pape blanc, Hermitage blanc) tente l'accord "vin blanc + lapin" traditionnel — version surprenante mais réussie. Servez les rouges à seize degrés.
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Assemblage de Grenache et Syrah · Avec sulfites
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