Perdrix rôtie aux cèpes et lard fumé
Matys Hoffman
Matys Hoffman
La perdrix adulte, plus charnue et plus marquée que le jeune perdreau, est l'une des pièces nobles du gibier de plaine qui mérite une cuisine adaptée à son caractère plus prononcé. Là où le perdreau juvénile se rôtit rapidement pour préserver sa finesse, la perdrix adulte demande une cuisson plus généreuse et un accompagnement à la hauteur de son goût plus affirmé. Cette recette traditionnelle, qui marie le gibier sauvage aux cèpes des sous-bois et au lard fumé du terroir, célèbre l'automne dans ce qu'il a de plus émouvant : les saveurs concentrées de la nature, élevées au rang d'art culinaire par la patience et le savoir-faire du cuisinier.
Pour réussir une grande perdrix rôtie, plusieurs principes incontournables. D'abord, le bardage généreux : la chair adulte est plus dense mais aussi plus maigre que celle du jeune perdreau, et nécessite une protection grasse efficace pour ne pas se dessécher. Ensuite, la cuisson à deux températures : une saisie initiale à four chaud pour caraméliser la peau, puis une cuisson douce pour cuire la chair sans la rendre coriace. Enfin, le temps de repos : au moins quinze minutes pour permettre aux fibres serrées de la perdrix adulte de se détendre. Cette recette propose un accompagnement de cèpes frais en saison (ou de cèpes séchés réhydratés à défaut), de pommes de terre rôties dans la graisse rendue par le lard fumé, et de quelques herbes fraîches automnales.
Sortez les perdrix du réfrigérateur deux heures avant la cuisson pour qu'elles reviennent à température ambiante. Salez et poivrez généreusement à l'intérieur et à l'extérieur. Frottez avec les baies de genièvre concassées. Glissez quelques branches de thym, deux feuilles de laurier et une demi-tête d'ail dans la cavité de chaque oiseau. Bridez les perdrix avec de la ficelle de cuisine pour qu'elles gardent leur forme. Enveloppez généreusement les blancs de bardes de lard fumé croisées (deux à trois bardes par perdrix), fixées par la ficelle de bridage. Le lard fumé apportera ici un goût supplémentaire, en plus de la protection grasse traditionnelle.
Préchauffez le four à deux cent vingt degrés. Dans une grande cocotte en fonte allant au four, faites chauffer l'huile d'olive et la moitié du beurre sur feu vif. Quand le beurre mousse joliment, déposez les perdrix et saisissez-les trois à quatre minutes par face, jusqu'à ce qu'elles prennent une belle coloration dorée uniforme. Réservez les oiseaux sur une assiette.
Dans la même cocotte, ajoutez le reste du beurre. Faites colorer les échalotes en quartiers, les carottes et la tête d'ail sur feu moyen pendant cinq minutes. Replacez les perdrix sur ce lit aromatique, ajoutez le reste du thym, du laurier et le romarin.
Couvrez la cocotte et enfournez à cent quatre-vingt-dix degrés pendant vingt à vingt-cinq minutes. À mi-cuisson, ouvrez le couvercle et arrosez les perdrix avec leur jus de cuisson. Continuez sans couvercle pour les cinq dernières minutes pour que la peau dore complètement. La température à cœur des cuisses doit atteindre soixante-cinq degrés (la perdrix adulte se cuit légèrement plus que le perdreau), mais la chair des blancs doit rester rosée à cœur.
Sortez les perdrix de la cocotte (gardez le jus de cuisson). Déposez sur une planche, couvrez d'une feuille d'aluminium sans serrer et laissez reposer impérativement quinze minutes. Cette étape est non négociable pour les perdrix adultes : leurs fibres serrées ont besoin de temps pour se détendre et redistribuer les jus.
Mettez la cocotte sur feu vif avec le jus de cuisson et les légumes. Flambez avec le cognac, déglacez avec le vin rouge en grattant les sucs. Laissez réduire de moitié, environ quatre minutes. Ajoutez le fond de gibier, la gelée de groseille, le vinaigre balsamique et le poivre vert. Réduisez encore six à huit minutes jusqu'à ce que la sauce nappe le dos d'une cuillère. Filtrez au chinois. Hors du feu, montez avec le beurre froid en cubes en remuant pour obtenir une texture brillante. Ajoutez les mûres ou cassis frais en finition.
Nettoyez les cèpes frais à l'aide d'un linge humide (ne les passez jamais sous l'eau). Tranchez les têtes en lamelles épaisses, coupez les pieds en petits dés. Si vous utilisez des cèpes séchés, faites-les tremper vingt minutes dans l'eau tiède, égouttez et hachez. Dans une grande poêle, faites fondre la graisse de canard sur feu moyen-vif. Ajoutez les cèpes (les pieds d'abord, les têtes ensuite) et faites-les sauter cinq minutes à feu vif. Salez, poivrez. En fin de cuisson, ajoutez l'ail écrasé et le persil ciselé.
Coupez les pommes de terre Roseval en deux dans la longueur, sans les peler. Dans une grande poêle, faites revenir les lardons fumés cinq minutes jusqu'à ce qu'ils libèrent leur gras. Ajoutez les pommes de terre, les gousses d'ail en chemise et le romarin. Enfournez à deux cents degrés pendant trente-cinq à quarante minutes en les retournant à mi-cuisson : elles doivent être croustillantes à l'extérieur et fondantes au cœur.
Découpez chaque perdrix en deux dans la longueur. Disposez sur des assiettes chaudes une demi-perdrix par personne, garnissez des cèpes sautés, des pommes de terre aux lardons et d'amandes effilées torréfiées. Nappez généreusement de sauce. Saupoudrez de fleur de sel.
Sur une perdrix rôtie aux cèpes et lard fumé, dont la puissance aromatique évoque toute la richesse du gibier de plaine adulte, l'accord demande un grand rouge structuré et complexe. Notre choix se porte sur le Château de Beaucastel · Hommage à Jacques Perrin · 2017, l'une des plus prestigieuses cuvées du Châteauneuf-du-Pape. Cet assemblage à dominante Mourvèdre, complété de Grenache, Syrah et Counoise, donne un vin majestueux, marqué par des notes de fruits noirs intenses, de garrigue, de cuir noble, d'épices douces et de truffe, soutenues par une trame tannique soyeuse mais puissante.
L'accord est sublime : la puissance du Mourvèdre épouse la chair adulte de la perdrix, ses notes terreuses et épicées font écho aux cèpes et au lard fumé, et sa fraîcheur préservée par les pratiques biodynamiques du Château de Beaucastel tranche la richesse de la préparation. Le millésime 2017 est déjà accessible mais se gardera vingt à trente ans en cave. Servez à dix-sept degrés, après une à deux heures de carafe douce. Pour explorer d'autres profils du Rhône, parcourez les Vins de Vallée du Rhône ou consultez nos recettes et accords mets-vins.
Le Château de Beaucastel est l'un des domaines mythiques de Châteauneuf-du-Pape, propriété de la famille Perrin depuis plusieurs générations, et l'une des références mondiales du vin en biodynamie depuis les années 1950 (bien avant que le mouvement ne devienne tendance). Sa cuvée Hommage à Jacques Perrin, créée en 1989 en mémoire du père de la famille Perrin, est l'une des plus prestigieuses cuvées de l'appellation, élaborée uniquement les meilleures années à partir des plus vieilles vignes de Mourvèdre du domaine. Le millésime 2017 a été particulièrement réussi à Châteauneuf, marqué par une concentration solaire équilibrée par des acidités préservées. Sur une perdrix adulte, l'accord trouve toute sa raison d'être : la puissance du Mourvèdre épouse celle du gibier dans une harmonie qui célèbre tout ce que la gastronomie française a de plus émouvant. Si l'Hommage à Jacques Perrin reste un investissement (les meilleures cuvées de Beaucastel sont parmi les plus cotées du Rhône), le grand vin classique du Château de Beaucastel offre un accord proche pour un budget plus accessible. À l'inverse, des cuvées prestigieuses du Vieux Télégraphe ou de Bosquet des Papes feront également de superbes accords sur ce plat de tradition.
Un vin pour accompagner votre recette ?
Fabriqué en France
75 cl
Majorité de Mourvèdre (environ 60%), complété par Grenache, Syrah et Counoise · Avec sulfites
moped_package Livré entre le et le