Potée savoyarde
Matys Hoffman
La cuisine des Alpes ne se limite pas à la fondue ou à la tartiflette. Parmi les trésors gastronomiques de la région, la potée savoyarde occupe une place de choix. C'est le plat familial par excellence, celui qui mijote doucement le dimanche matin pendant que l'on revient du marché ou d'une balade en raquettes. Contrairement au pot-au-feu qui utilise du bœuf, la potée fait la part belle au cochon sous toutes ses formes, mijoté avec des légumes d'hiver qui fondent en bouche.
Ce plat complet est une véritable célébration du terroir. Il réchauffe les corps et les cœurs grâce à ses saveurs rustiques de lard fumé et de chou. C'est une recette "doudou", saine et nourrissante, qui demande peu de technique mais de bons produits. Oubliez la pizza surgelée ou le risotto minute ; aujourd'hui, on prend le temps de cuisiner un vrai repas traditionnel qui embaumera toute la maison. Préparez votre plus grand faitout, nous partons en Savoie.
Bien choisir les viandes et légumes pour une potée réussie
La réussite de la potée repose sur la qualité des salaisons et la fraîcheur des légumes. C'est un plat de charcutier et de maraîcher.
Échine, jarret ou palette de porc : quels morceaux privilégier ?
Pour obtenir un bouillon riche et gélatineux, le choix des morceaux est crucial. Le jarret de porc (ou jambonneau) est incontournable avec son os et sa couenne. La palette de porc (l'épaule), demi-sel ou fumée, apporte une chair moelleuse qui s'effiloche à la cuisson. L'échine, plus grasse et persillée, garantit que la viande ne sèche pas. Il est souvent conseillé de dessaler les viandes demi-sel en les faisant tremper dans l'eau froide pendant quelques heures avant la cuisson, ou de les blanchir (démarrer à l'eau froide et porter à ébullition quelques minutes) pour retirer l'excès de sel. Si vous aimez le gras, ajoutez un morceau de lard ou de poitrine fumée (ventrèche) pour corser le bouillon.
Saucisses de Savoie ou de Morteau : la touche fumée indispensable
Impossible d'imaginer une potée sans saucisses ! En Savoie, on utilise traditionnellement les diots (nature ou fumés) ou les pormoniers (saucisses vertes aux herbes et légumes). Si vous n'en trouvez pas, la Saucisse de Morteau ou de Montbéliard (du Jura voisin) est une excellente alternative grâce à son goût fumé puissant au bois de résineux. Ces saucisses ne doivent pas éclater à la cuisson : piquez-les légèrement ou, mieux, cuisez-les à eau frémissante sans gros bouillons. C'est cette charcuterie qui va donner tout son caractère appétissant au plat.
Chou vert, carottes et navets : le panier de légumes d'hiver
Le roi des légumes de la potée est le chou. Choisissez un beau chou vert frisé (type chou de Milan) ou un chou pommé bien dense. Le chou blanc est plutôt réservé à la choucroute ou à la salade de chou (coleslaw). Les carottes, navets et poireaux viennent compléter la garniture. Préférez des légumes d'hiver, un peu terreux et sucrés, plutôt que des primeurs trop fragiles qui partiraient en purée. Les pommes de terre (variété à chair ferme comme la Charlotte ou la Bintje) sont ajoutées en fin de cuisson pour ne pas se déliter. C'est le moment de vider le bac à légumes du réfrigérateur !
La préparation étape par étape dans la marmite ou la cocotte
La préparation demande un peu de découpe, mais ensuite, c'est la cocotte qui travaille pour vous. Comptez environ 2 heures de cuisson tranquille.
Ingrédients pour 6 personnes :
- 800g d'échine de porc, 1 jarret ou une palette fumée
- 4 saucisses de Savoie (diots) ou 1 Morteau
- 1 gros chou vert, 1,2 kg de pommes de terre
- 400g de carottes, 2 navets, 3 poireaux
- 2 oignons, 2 gousses d'ail, clous de girofle
- Vin blanc sec de Savoie, bouillon de légumes
- Thym, laurier, poivre en grains
Blanchir le chou et préparer les légumes racines en morceaux
Commencez par préparer le chou. Retirez les premières feuilles abîmées et le trognon dur. Coupez le chou en quatre quartiers ou en lanières grossières. Plongez les feuilles de chou 5 minutes dans une grande casserole d'eau bouillante salée pour les blanchir (cela les rend plus digestes), puis égoutter et rincer à l'eau froide. Éplucher les carottes et les navets, coupez-les en gros tronçons ou en rondelles épaisses. Nettoyez les poireaux et coupez-les en morceaux de 5 cm. Pelez les pommes de terre et réservez-les entières dans l'eau froide. Piquer un oignon avec les clous de girofle. Hachez l'ail et le deuxième oignon. Cette mise en place est essentielle pour cuisiner sereinement.
Faire revenir la viande et mouiller au vin blanc pour les sucs
Dans une grande cocotte en fonte ou un faitout, faites chauffer une cuillère à soupe d'huile ou de saindoux. Faites revenir les morceaux de porc (échine, jarret) sur toutes les faces pour les faire dorer. Ajoutez les oignons hachés et faites suer quelques minutes. Si vous utilisez du vin blanc (environ 150 ml), versez-le maintenant pour déglacer et décoller les sucs de cuisson au fond de la cocotte. Ajoutez le bouquet garni (thym, laurier, persil), l'oignon piqué, l'ail et les grains de poivre. Inutile de saler à ce stade, la charcuterie va libérer beaucoup de sel (surtout si c'est du demi-sel). C'est la base aromatique de votre recette.
Le mijotage à feu doux : le secret d'un bouillon savoureux
Remettez les viandes dans la cocotte (sauf les saucisses et les pommes de terre). Couvrez d'eau froide ou de bouillon de légumes/volaille à hauteur. Portez à ébullition, écumez si nécessaire, puis baissez le feu. Laissez mijoter à feu doux et à couvert pendant 1h30. Ajoutez ensuite le chou blanchi, les carottes, les navets et les poireaux. Poursuivre la cuisson 30 minutes. Enfin, ajoutez les pommes de terre et les saucisses (entières ou en tronçons) et laissez cuire encore 20 à 30 minutes. Le bouillon doit rester à frémissement. Goûtez et rectifiez l'assaisonnement en sel et poivre en fin de cuisson. Les légumes doivent être tendres et la viande se détacher de l'os. Servez bien chaud dans un grand plat creux.
Accords mets et vins, variantes régionales et accompagnements
La potée est un plat unique, mais quelques condiments peuvent venir relever la dégustation.
Moutarde, cornichons ou salade : que servir avec ce plat unique ?
La tradition veut que l'on serve la viande et les légumes avec une moutarde forte ou une moutarde à l'ancienne, et quelques cornichons pour l'acidité. Une salade verte vinaigrée aide à la digestion. S'il vous reste de la potée le lendemain, c'est encore meilleur réchauffé ! Vous pouvez aussi transformer les restes : coupez la viande et les légumes en petits cubes pour en faire une salade de pommes de terre tiède, ou faites revenir le tout à la poêle façon hachis. Le bouillon, dégraissé, fera une excellente soupe de légumes avec quelques vermicelles ou du tapioca. C'est une cuisine anti-gaspi délicieuse.
Potée auvergnate, choucroute ou version végétarienne : varier les plaisirs
Chaque région a sa potée. La potée auvergnate contient souvent du chou pommé et du lard, la potée lorraine des haricots blancs et de la saucisse fumée, la potée alsacienne (proche de la choucroute) peut inclure de l'oie ou du canard confit. Pour changer, vous pouvez réaliser une potée aux lentilles vertes du Puy (petit salé aux lentilles). Une version végétarienne est possible en remplaçant la viande par du tofu fumé ou du seitan, et en utilisant un bouillon de légumes riche en saveurs (avec beaucoup de céleri et de genièvre), même si les puristes crieront au scandale ! C'est bien plus sain qu'un burger, des frites ou une quiche lorraine riche en crème. Et si vous en avez assez des plats mijotés, gardez les saucisses pour un barbecue estival ou une poêlée de légumes au wok.
L'accord vin rouge de Savoie : "Et ma goutte de" Domaine Berthollier
Avec ce plat riche, gras et fumé, il faut un vin rouge capable de rafraîchir le palais tout en ayant assez de caractère pour tenir tête à la saucisse. Oubliez les vins trop tanniques qui durciraient le chou. Le vin idéal nous vient directement de Chignin en Savoie : la cuvée Et ma goutte de Domaine Berthollier. Issu du cépage local Mondeuse, ce vin est une pépite.
Dans le verre, sa robe rubis aux reflets violets est éclatante. Au nez, c'est un panier de fruits rouges frais (framboise, groseille) relevé par des notes poivrées et florales (violette) typiques de la Mondeuse. En bouche, ses tanins sont souples et croquants, avec une belle acidité naturelle qui tranche le gras de la charcuterie. Servez-le légèrement frais, autour de 14-16°C. C'est un vin de soif et de plaisir, qui s'accorde aussi bien avec une planche de charcuterie, un fromage comme la Tomme de Savoie ou ce magnifique plat traditionnel.
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