Poularde à la crème de bresse et ses écrevisses
Matys Hoffman
Matys Hoffman
La poularde de Bresse à la crème et aux écrevisses est probablement l'un des plats les plus emblématiques de la haute gastronomie française classique, immortalisé par les grandes tables de Lyon et de l'Ain depuis le dix-neuvième siècle. Cette préparation noble associe la meilleure volaille au monde (la poularde de Bresse AOP, élevée selon une charte stricte sur les pâturages bressans) à la délicatesse iodée des écrevisses pattes rouges, le tout baigné dans une sauce à la crème d'une onctuosité incomparable. C'est l'expression la plus aboutie de la cuisine bourgeoise française, héritière des grandes traditions de Paul Bocuse, Fernand Point et autres maîtres de la cuisine.
Pour réussir cette préparation prestigieuse, plusieurs principes incontournables. Premièrement, la qualité de la poularde : privilégiez impérativement une poularde de Bresse AOP, élevée pendant un minimum de quatre-vingt-quatre jours en plein air puis finie en épinette, dont la chair claire et tendre n'a strictement aucun équivalent. Deuxièmement, la fraîcheur des écrevisses : cherchez des écrevisses pattes rouges vivantes (espèce noble Astacus astacus), achetées le jour même. Troisièmement, la maîtrise technique de la sauce à la crème, qui demande précision et patience pour atteindre la perfection onctueuse. Comptez environ deux heures de préparation totale : une recette qui se prête aux grandes occasions familiales et aux dîners de fête.
Sortez la poularde du réfrigérateur deux heures avant la cuisson. Salez et poivrez généreusement à l'intérieur comme à l'extérieur. Glissez dans la cavité quelques branches de thym, la feuille de laurier et le romarin. Bridez la volaille avec de la ficelle de cuisine pour qu'elle garde sa forme à la cuisson : passez la ficelle sous les pilons, croisez sur les blancs, refermez sur le dos.
Dans une très grande cocotte allant au four, faites chauffer l'huile d'olive et la moitié du beurre sur feu vif. Saisissez la poularde sur toutes les faces pendant huit minutes au total. Ajoutez les échalotes, la tête d'ail et le thym. Versez le vin blanc et le fond de volaille pour que le liquide arrive à mi-hauteur. Couvrez et enfournez à cent quatre-vingts degrés pendant cinquante minutes. La température à cœur doit atteindre soixante-douze degrés.
Pendant la cuisson de la poularde, plongez les écrevisses vivantes dans une grande casserole d'eau bouillante salée pendant deux minutes pour les châtrer (cette opération préserve la saveur en éliminant le boyau noir amer). Égouttez et laissez tiédir.
Dans une grande poêle, faites chauffer l'huile d'olive et le beurre sur feu vif. Faites suer les échalotes ciselées trois minutes. Ajoutez les écrevisses entières et faites-les rissoler trois minutes en remuant pour qu'elles deviennent rouge corail vif. Flambez au cognac, ajoutez l'ail écrasé, le concentré de tomate, le paprika et l'estragon. Cuisez encore deux minutes. Réservez quelques écrevisses entières pour la décoration et décortiquez les autres en gardant les queues et en réservant les carcasses.
Sortez la poularde du four, déposez-la sur une planche, retirez la ficelle. Couvrez d'aluminium sans serrer et laissez reposer vingt minutes pour que les jus se redistribuent.
Récupérez le jus de cuisson de la poularde, filtrez au chinois en pressant les légumes. Faites réduire ce jus dans une grande sauteuse pendant cinq minutes à feu vif. Ajoutez les carcasses d'écrevisses concassées et laissez infuser à feu doux pendant huit minutes pour parfumer la sauce. Filtrez au chinois en pressant fermement les carcasses.
Remettez la sauce filtrée sur feu doux. Ajoutez la crème de Bresse et laissez réduire huit à dix minutes jusqu'à ce qu'elle nappe la cuillère. Dans un bol, fouettez les jaunes d'œufs avec le jus de citron et la moutarde à la vanille. Versez deux louches de sauce chaude sur les jaunes en fouettant énergiquement, puis reversez le tout dans la sauteuse hors du feu, sans cesser de remuer pour éviter que les jaunes ne cuisent. Hors du feu, montez avec le beurre froid en cubes pour obtenir une texture brillante. Ajoutez l'estragon et le cerfeuil ciselés.
Dans une cocotte, faites suer l'oignon ciselé dans le beurre pendant trois minutes. Ajoutez le riz et faites-le nacrer une minute en remuant. Versez le bouillon chaud et le Vouvray. Salez, poivrez. Portez à frémissement, couvrez et laissez cuire à feu très doux dix-huit minutes. Laissez reposer cinq minutes hors du feu avant d'égrener à la fourchette.
Faites blanchir les asperges vertes trois minutes dans l'eau bouillante salée, rafraîchissez à l'eau glacée. Faites blanchir les petits pois deux minutes. Réchauffez tous les légumes dans un peu de beurre noisette juste avant le service. Si vous utilisez des morilles, faites-les sauter au beurre noisette pendant cinq minutes.
Découpez la poularde en huit morceaux selon les règles classiques (deux cuisses, deux pilons, deux blancs coupés en deux). Disposez sur un grand plat de service chaud, garnissez de queues d'écrevisses décortiquées et de quelques écrevisses entières pour la décoration. Nappez généreusement de sauce à la crème. Servez le pilaf de riz à part, accompagné des asperges, petits pois et morilles.
Sur cette poularde à la crème et aux écrevisses, dont l'élégance aromatique appelle un grand blanc d'exception, notre choix se porte sur le Condrieu Domaine Mouton Côte Bonnette, un Viognier exceptionnel du Rhône Nord. Ce vin offre une expression remarquable du Condrieu : bouche ample et onctueuse, notes de pêche blanche, d'abricot, de fleurs blanches, de miel d'acacia et d'agrumes confits, soutenues par une fraîcheur préservée par le terroir granitique.
L'accord avec la poularde est sublime : la rondeur du Viognier épouse l'onctuosité de la sauce crème, ses notes florales font écho à la finesse de la volaille, et sa fraîcheur préservée tranche la richesse du plat. Servez à douze degrés, dans des verres à pied larges. Pour découvrir d'autres profils du Rhône Nord, parcourez les Vins Côtes du Rhône. Un accord d'exception pour un plat d'exception, à réserver aux grandes tables de fête.
L'accord entre la poularde de Bresse et les grands blancs du Rhône Nord est l'un des plus émouvants de la gastronomie française. Le Condrieu, par sa rondeur grasse et sa complexité aromatique, est probablement le compagnon idéal des volailles fines à la crème. Le Domaine Mouton, propriété familiale conduite avec passion, produit des vins de très belle facture qui rivalisent avec les plus prestigieux du Condrieu. Le climat Côte Bonnette, situé sur les coteaux abrupts qui surplombent le Rhône, donne des Viognier d'une grande pureté. Pour les amateurs souhaitant explorer d'autres profils, des Châteauneuf-du-Pape blanc, des Hermitage blancs de Chave ou Chapoutier, ou des Meursault premier cru de Côte de Beaune offriront tous des accords convaincants sur ce plat. À l'inverse, évitez les blancs trop secs ou trop tendus, qui se heurteraient à l'onctuosité de la sauce crème. L'essentiel, sur ce plat, est de chercher la rondeur et la matière, qui dialogueront avec la richesse aromatique du plat.
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