Quenelle de brochet lyonnaise
Matys Hoffman
Matys Hoffman
La quenelle de brochet est l'une des plus belles préparations de la cuisine lyonnaise traditionnelle, monument culinaire qui a fait la réputation des bistrots et bouchons de la capitale gastronomique française. Née au dix-neuvième siècle dans les cuisines des grands restaurants lyonnais, perfectionnée par les mères lyonnaises et popularisée par Paul Bocuse, cette préparation transforme un poisson d'eau douce un peu rude (le brochet) en bouchées aériennes d'une délicatesse incomparable, baignées dans une sauce Nantua à l'écrevisse onctueuse et orangée.
Pour réussir une grande quenelle de brochet, plusieurs principes essentiels et techniques. Premièrement, la qualité absolue du brochet : privilégiez un brochet sauvage de pêche, sa chair maigre et goûteuse fait toute la différence. Deuxièmement, la maîtrise de la panade : cette pâte à choux salée qui sert de liant doit être parfaitement réussie, ni trop ferme ni trop liquide. Troisièmement, le pochage : une cuisson à l'eau frémissante (jamais bouillante) qui permet à la quenelle de gonfler doucement sans se déstructurer. Quatrièmement, la sauce Nantua : cette sauce mythique à base de bisque d'écrevisses, crème et beurre rouge, demande de la patience et un excellent fond. Cette recette respecte la tradition lyonnaise dans toute son authenticité.
Dans une casserole, portez le lait, le beurre et le sel à frémissement. Hors du feu, ajoutez la farine en une seule fois. Mélangez vigoureusement à la spatule en bois jusqu'à obtenir une boule de pâte lisse qui se détache des parois. Remettez sur feu très doux et faites dessécher la pâte deux minutes en remuant constamment pour évaporer l'excès d'eau.
Transférez dans un grand bol. Incorporez les œufs un à un en battant énergiquement après chaque ajout : l'œuf doit être complètement incorporé avant d'ajouter le suivant. Ajoutez la muscade. La panade doit être ferme et brillante. Laissez refroidir complètement : elle peut être préparée la veille et conservée au frais.
Vérifiez soigneusement les filets de brochet et retirez les éventuelles arêtes restantes (utilisez une pince à épiler). Tranchez en petits morceaux. Placez dans le bol d'un mixeur puissant avec les œufs entiers, les jaunes, le sel, le poivre, la muscade et le jus de citron. Mixez par à-coups pour obtenir une pâte homogène (compter cinq minutes).
Ajoutez la panade refroidie en plusieurs fois en mixant entre chaque ajout. La pâte doit être parfaitement lisse. Incorporez enfin la crème très froide en versant en filet, en mixant à vitesse réduite. La farce doit être souple et brillante, jamais liquide. Passez au tamis fin pour éliminer les éventuels résidus d'arêtes : étape cruciale pour une texture parfaite.
À l'aide de deux grandes cuillères trempées régulièrement dans de l'eau chaude, formez des quenelles ovales (4-5 par personne pour des petites, 2 pour des grosses traditionnelles). Disposez sur une plaque farinée au fur et à mesure. La forme classique est un ovale allongé de la taille d'un œuf pour les petites, ou plus gros pour les grandes lyonnaises.
Portez l'eau du pochage à frémissement (jamais ébullition) avec l'oignon piqué, le bouquet garni et le vinaigre. Plongez délicatement les quenelles par fournées de cinq ou six (sans surcharger). Maintenez un frémissement très doux pendant huit à dix minutes selon la taille : les quenelles vont gonfler et remonter à la surface. Égouttez délicatement à l'écumoire et déposez sur du papier absorbant.
Concassez les carapaces et têtes d'écrevisses au couperet. Dans une grande sauteuse, faites chauffer le beurre clarifié sur feu vif. Faites colorer les carapaces concassées pendant huit minutes en remuant. Ajoutez les échalotes ciselées et les carottes en dés, faites suer cinq minutes.
Flambez avec le cognac. Versez le vin blanc et grattez les sucs. Ajoutez le concentré de tomate, le thym, le laurier et le poivre de Cayenne. Versez le fumet de poisson et laissez frémir vingt-cinq minutes à feu doux. Filtrez au chinois étamine en pressant fermement les carapaces pour extraire toute la substance aromatique. Jetez les solides.
Remettez la sauce filtrée sur feu doux. Ajoutez la crème fraîche, laissez réduire huit minutes jusqu'à napper la cuillère. Hors du feu, montez avec le beurre rouge d'écrevisses en cubes pour obtenir une texture brillante et une couleur orangée vibrante caractéristique de la Nantua. Salez, poivrez.
Préchauffez le four à deux cent dix degrés en mode grill. Beurrez un grand plat à gratin. Disposez les quenelles pochées dans le plat. Nappez généreusement de sauce Nantua sur le dessus. Parsemez les queues d'écrevisses décortiquées par-dessus. Saupoudrez de gruyère râpé minute mélangé à la chapelure fine, arrosez de beurre fondu.
Enfournez sous le grill pendant huit à dix minutes : les quenelles vont gonfler encore (doubler de volume), le dessus deviendra doré et croustillant. Servez immédiatement.
Servez deux quenelles par convive dans des assiettes creuses chaudes, nappées généreusement de sauce Nantua. Garnissez de quelques queues d'écrevisses supplémentaires, d'aneth et de cerfeuil frais ciselés. Servez avec un peu de riz pilaf nature pour parfaire la dégustation.
Sur cette quenelle de brochet à la sauce Nantua, l'accord avec un grand blanc minéral et frais est essentiel pour équilibrer la richesse aromatique du plat. Notre choix se porte sur le Cuilleron Lieu dit Digue, un Saint-Joseph blanc d'exception. Ce vin offre une expression remarquable : bouche tendue et aromatique, notes d'agrumes frais, de fleurs blanches, d'amandes fraîches et de pierre à fusil, soutenues par une fraîcheur acide caractéristique des grands blancs du Rhône Nord.
L'accord avec la quenelle de brochet à la Nantua fonctionne admirablement : la tension du blanc tranche l'onctuosité de la sauce crémée, ses notes minérales font écho à l'iode des écrevisses, et sa complexité aromatique dialogue avec la subtilité du brochet. Servez à dix degrés. Pour explorer d'autres profils, parcourez les Vins Côtes du Rhône. Un accord d'exception pour un plat de prestige.
L'accord quenelle lyonnaise et grand blanc rhodanien est l'un des plus émouvants que la gastronomie française permet d'imaginer. Saint-Joseph blanc, par sa tension acide et sa complexité aromatique, est probablement l'un des compagnons idéaux des plats de poisson en sauce crémée. Yves Cuilleron, vigneron influent du Rhône Nord, est l'un des grands ambassadeurs des blancs de l'appellation qu'il a contribué à élever en notoriété. Le climat Lieu dit Digue, en monopole du domaine, donne des Chardonnay et Marsanne d'une grande pureté technique. Pour les amateurs souhaitant explorer d'autres profils, des Condrieu ou des Hermitage blanc offriront également de superbes accords sur la quenelle de brochet. À l'inverse, un grand Chablis premier cru ou un Pouilly-Fuissé fera également un excellent accord dans un registre légèrement plus minéral.
Un vin pour accompagner votre recette ?
Fabriqué en France
75 cl
100% Roussanne · Avec sulfites
moped_package Livré entre le et le