Tarte flambée alsacienne aux oignons et lardons
Matys Hoffman
Matys Hoffman
La tarte flambée alsacienne, ou flammekueche en alsacien (gâteau aux flammes en français), est l'un des plats les plus emblématiques de la cuisine alsacienne traditionnelle, à mi-chemin entre la pizza italienne dont elle partage la finesse de pâte et la quiche lorraine dont elle reprend les ingrédients classiques (crème, lardons, oignons). Son origine remonte au moins au seizième siècle dans les villages paysans du Sundgau et de l'Alsace Bossue : les paysans faisaient cuire leur pain hebdomadaire au four à bois communal du village, et c'est dans la chaleur résiduelle après la cuisson du pain qu'ils étalaient une fine galette de pâte garnie d'un fond de crème et d'oignons pour tester la température du four et pour le repas du soir. Cette origine paysanne et utilitaire a perduré jusqu'à aujourd'hui où la tarte flambée reste l'un des plats du quotidien dans les winstubs alsaciennes.
Notre version respecte rigoureusement la tradition : une pâte très fine (presque transparente), une garniture parcimonieuse de fromage blanc/crème fraîche, oignons crus émincés et lardons fumés (les trois piliers irrévocables), et une cuisson très rapide à four très chaud (jamais moins de deux cent cinquante degrés idéalement, mieux à deux cent quatre-vingts ou trois cents degrés) pour obtenir la pâte craquante caractéristique et les bords légèrement brûlés signature (d'où le nom flambée). Le tour de main demande deux éléments essentiels : étaler la pâte en très fine épaisseur (deux à trois millimètres maximum, presque transparente), et maîtriser la cuisson rapide qui dure cinq à huit minutes selon la chaleur du four. Servie immédiatement à la sortie du four, découpée en carrés à la roulette à pizza et mangée avec les doigts, c'est l'un des plus grands plats conviviaux de la cuisine régionale française.
Dans un saladier, mélangez la farine, le sel et faites un puits au centre. Ajoutez l'huile de tournesol et l'eau tiède petit à petit en mélangeant à la fourchette puis à la main jusqu'à obtenir une pâte ferme mais souple. Pétrissez énergiquement pendant huit à dix minutes sur un plan fariné : la pâte doit devenir lisse, élastique et légèrement brillante. Formez une boule, filmez et laissez reposer trente minutes à température ambiante (la pâte sans levure ne demande pas un repos long pour fermenter, juste un repos de détente du gluten).
Émincez les oignons en demi-rondelles très fines à la mandoline (idéalement) ou au couteau bien aiguisé. Dans une grande poêle, faites tomber les oignons doucement avec l'huile de tournesol pendant huit à dix minutes en remuant régulièrement : ils doivent juste s'attendrir et devenir translucides sans coloration. La règle traditionnelle : les oignons restent légèrement croquants, jamais confits comme pour une soupe à l'oignon. Réservez et laissez tiédir.
Dans la même poêle, faites colorer les lardons fumés à feu moyen jusqu'à coloration dorée mais sans excès (cinq à six minutes), en remuant régulièrement. Égouttez sur du papier absorbant pour éliminer l'excès de graisse.
Dans un saladier, mélangez le fromage blanc lisse, la crème fraîche entière, la muscade râpée, du sel et du poivre. La consistance doit être épaisse mais étalable, ferme mais souple à la cuillère. Goûtez et rectifiez l'assaisonnement.
Préchauffez le four à la température maximale (deux cent cinquante à trois cents degrés selon votre four) en chaleur tournante, idéalement avec une pierre à pizza chauffée à l'intérieur pour la cuisson la plus traditionnelle au four à bois. Coupez la pâte en deux. Étalez la première moitié sur un plan fariné en très fine épaisseur (deux à trois millimètres maximum, presque transparente, en forme rectangulaire ou ronde selon votre four), aidez-vous d'un rouleau bien fariné. Transférez délicatement la pâte étalée sur une plaque ou une pelle à pizza saupoudrée de farine. Étalez la moitié de la garniture crémeuse sur la pâte en laissant un centimètre de bord libre. Parsemez généreusement les oignons cuits puis les lardons dorés. Enfournez directement sur la pierre chaude ou sur la grille du four (jamais sur une plaque qui ralentirait la cuisson) pour cinq à huit minutes : les bords de la pâte doivent être brun foncé et légèrement carbonisés (la signature flambée), le centre doit être bullant et la garniture doit être bien chaude.
Sortez immédiatement la tarte flambée du four, donnez quelques tours de moulin de poivre noir et de thym frais éventuel. Coupez en carrés réguliers à la roulette à pizza. Servez aussitôt à table directement sur une planche en bois ou un torchon : la tarte flambée se mange brûlante avec les doigts dans la convivialité totale, jamais à la fourchette. Pendant que les convives mangent la première tarte, étalez la deuxième et enfournez-la pour qu'elle arrive chaude à la fin de la première. Continuez ainsi en chaîne pour un repas alsacien authentique.
Sur cette tarte flambée alsacienne classique, l'accord patrimonial absolu est avec un grand vin blanc d'Alsace. Nous proposons le Domaine David Ermel · Rosacker · 2021, un gewurztraminer issu du grand cru Rosacker de Hunawihr (l'un des terroirs alsaciens les plus prestigieux pour ce cépage). Le gewurztraminer offre cette palette aromatique exubérante (litchi, rose, cardamome, pain d'épices) qui dialogue admirablement avec la richesse du fromage blanc et de la crème, le caractère fumé des lardons et le piquant subtil des oignons crus, sans s'effacer ni écraser. Servez à dix degrés dans des verres de Bourgogne pour libérer pleinement le bouquet floral et épicé caractéristique des grands vins d'Alsace.
L'accord tarte flambée-vin blanc d'Alsace est l'un des accords mets-vins régionaux les plus emblématiques de la gastronomie française, validé par des générations de Strasbourgeois et de Colmariens dans leurs winstubs. Le Domaine David Ermel propose ici une expression accomplie d'un grand cru de Hunawihr (Rosacker). Si vous voulez explorer d'autres pistes, un Riesling sec d'Alsace grand cru type Schoenenbourg, Schlossberg ou Brand serait évidemment le choix patrimonial classique par sa minéralité tranchante qui répond au gras de la crème et au fumé des lardons. Un Sylvaner alsacien plus simple, un Pinot Blanc d'Alsace ou un Pinot Gris vendanges normales sont des options abordables et conviviales. Pour les amateurs de rouges, un Pinot Noir d'Alsace léger ou un Beaujolais cru type Saint-Amour offrent une approche fruitée parfaitement adaptée. Évitez les vins très tanniques rouges, les blancs trop boisés et les vins trop liquoreux. Pour explorer d'autres mariages alsaciens, parcourez nos recettes et accords mets-vins.
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