DISTILLERIE
Dans un village de l'ouest de l'Irlande, PJ Rigney a fondé The Shed Distillery et imaginé un gin unique au thé vert gunpowder. Portrait d'une maison artisanale devenue référence mondiale.
Il faut parfois s'éloigner des grands centres pour inventer quelque chose de neuf. C'est exactement le pari qu'a fait PJ Rigney en installant sa distillerie dans un village discret de l'ouest de l'Irlande. The Shed Distillery, à Drumshanbo, est aujourd'hui l'une des adresses les plus fascinantes du monde du gin, non pas parce qu'elle en fait beaucoup, mais parce qu'elle en fait autrement. Portrait d'une distillerie qui a su transformer une idée singulière, un thé vert chinois glissé dans un gin irlandais, en un succès mondial.
Drumshanbo est un village du comté de Leitrim, dans la province du Connacht, à l'ouest de l'Irlande. C'est une région de paysages humides, de lacs et de prairies, longtemps restée à l'écart des grands axes économiques. C'est pourtant là que PJ Rigney a choisi de fonder The Shed Distillery avec son épouse Denise, dans une bâtisse modeste qui a donné son nom à la maison, « the shed », littéralement la remise ou l'appentis.
Le choix n'avait rien d'évident. Quand la distillerie a vu le jour, elle est devenue la première à ouvrir dans l'ouest irlandais depuis plus de cent ans. Dans une Irlande alors surtout associée au whiskey, relancer la distillation dans un coin rural relevait autant de la conviction que du pari économique. Mais c'est précisément cet isolement, ce contact direct avec une nature préservée, qui allait nourrir la recette du gin le plus connu de la maison.
Le nom de la distillerie dit déjà beaucoup de son état d'esprit. « The Shed », la remise, n'a rien d'un hasard : la maison assume ses origines humbles et son échelle réduite. Là où d'autres cherchent à paraître plus grands qu'ils ne sont, PJ Rigney a fait de la modestie du lieu une signature. Cette sincérité se retrouve dans la manière de travailler, artisanale et patiente, et dans le récit que porte chaque bouteille. Drumshanbo n'est pas un décor, c'est une matière première : l'eau, les plantes locales, le climat humide de Leitrim entrent réellement dans la définition du gin.
Derrière The Shed Distillery, il y a une personnalité. PJ Rigney n'est pas un néophyte : il évolue dans l'univers des spiritueux de longue date et a beaucoup voyagé, notamment vers l'Orient. De ces voyages, il a rapporté une fascination pour les traditions de distillation de fruits, d'herbes et de plantes, et surtout pour une image qui ne l'a jamais quitté : celle de marchands de thé pesant méticuleusement leurs feuilles de thé vert « gunpowder » sur des balances de laiton.
Ce geste précis, presque cérémoniel, lui a semblé résonner avec l'art d'assembler un gin. De là est née l'idée directrice de The Shed : faire dialoguer des botaniques orientales avec des plantes irlandaises, réunir deux cultures dans une même bouteille. Rigney a pour cela équipé sa distillerie d'alambics de cuivre de facture ancienne et adopté une distillation lente, botanique par botanique, refusant la course au volume au profit de la finesse aromatique.
Il y a chez lui quelque chose du chercheur autant que de l'artisan. Chaque botanique du Gunpowder a été retenue après de nombreux essais, dans une quête d'équilibre plutôt que d'accumulation. Réunir des ingrédients venus de plusieurs pays impose une exigence supplémentaire : il faut que chacun trouve sa juste dose, sans jamais dominer. C'est ce travail invisible, fait de patience et d'ajustements, qui sépare une bonne idée d'un grand produit. Le fait que le gin ait ensuite conquis un public mondial tient sans doute à cette rigueur : derrière l'audace apparente du thé vert se cache un assemblage millimétré.
Cette philosophie du temps long irrigue toute la production. Plutôt que de distiller toutes les botaniques ensemble, The Shed sépare les gestes : certaines plantes passent lentement par l'alambic de cuivre, d'autres sont infusées par la vapeur pour préserver leurs parfums les plus fragiles. Ce soin de la méthode explique pourquoi les créations de la distillerie possèdent une signature aussi lisible. On sent, derrière chaque bouteille, une main qui a choisi de faire moins mais mieux.
Le recours à des alambics de cuivre de facture ancienne n'est pas non plus anodin. Le cuivre joue un rôle chimique dans la distillation, en fixant certains composés indésirables et en affinant la texture du distillat. En misant sur ces outils patients plutôt que sur des colonnes industrielles ultra-rapides, PJ Rigney a inscrit sa distillerie dans une tradition qu'il réinvente avec des botaniques venues d'ailleurs. C'est cette tension féconde entre le geste ancien et l'ingrédient inattendu qui donne au style maison toute sa personnalité.
Le produit qui a fait connaître The Shed Distillery bien au-delà des frontières irlandaises, c'est le Drumshanbo Gunpowder Irish Gin. Son nom rend hommage au thé vert gunpowder chinois, cette botanique inattendue placée au cœur de la recette aux côtés du genièvre, de la reine-des-prés cueillie autour de Drumshanbo, d'agrumes orientaux et de cardamome. Douze botaniques en tout, sélectionnées au fil des voyages de PJ Rigney et rassemblées dans un assemblage qui n'appartient qu'à lui.
Le succès a été rapide et international. Le Gunpowder a été élu meilleur gin du monde par Flaviar en 2019, puis The Shed Distillery a été distinguée comme Spirit Brand of the Year par le magazine Wine Enthusiast lors des Wine Star Awards 2022. Aux États-Unis, le Gunpowder s'est hissé au rang de gin irlandais numéro un, une performance remarquable pour une maison partie d'une simple remise de campagne. Ces reconnaissances ne sont pas de simples médailles : elles valident une intuition, celle qu'un gin de terroir profondément personnel pouvait trouver un public mondial.
Le bouche-à-oreille a fait le reste. Dans un marché du gin devenu foisonnant, où les nouvelles marques se comptent par centaines, rares sont celles qui parviennent à s'installer durablement. Le Gunpowder y est arrivé grâce à un profil aromatique impossible à confondre et à une histoire vraie, deux atouts que le consommateur reconnaît vite. Barmen et cavistes en ont fait l'une de leurs valeurs sûres, précisément parce qu'il apporte quelque chose que peu d'autres gins offrent : une identité forte, immédiatement perceptible, du premier nez à la finale.
Fidèle à l'histoire irlandaise, The Shed Distillery ne s'est pas arrêtée au gin. La maison a aussi lancé la production de whiskey, un art qui exige de la patience puisqu'il impose de longues années de vieillissement avant la mise en marché. Cette diversification confirme l'ambition de départ : faire renaître une véritable tradition de distillation dans l'ouest de l'Irlande, et pas seulement surfer sur la mode du gin. Elle montre aussi que le succès du Gunpowder a donné à la distillerie les moyens de voir plus loin.
Le rayonnement du Gunpowder a transformé Drumshanbo. La distillerie est aujourd'hui un lieu que l'on visite, une étape pour les amateurs de spiritueux de passage dans l'ouest de l'Irlande, et un moteur de fierté locale. The Shed a ainsi prouvé qu'un projet artisanal, ancré dans un territoire rural, pouvait rivaliser avec les plus grandes marques sans renier son échelle ni sa méthode. Pour une région longtemps restée en marge, voir affluer les curieux venus découvrir le berceau d'un gin primé partout dans le monde a quelque chose de profondément réjouissant.
Que retenir de The Shed Distillery face aux autres producteurs de gin que l'on croise dans une cave bien fournie ? Là où les grandes distilleries londoniennes revendiquent une tradition séculaire et une régularité industrielle, The Shed oppose la jeunesse d'une maison née au XXIe siècle et l'audace d'une recette de rupture. Face aux distilleries espagnoles ou méditerranéennes, qui misent sur les agrumes solaires et les herbes du maquis, l'Irlandaise avance sa carte maîtresse orientale : le thé vert gunpowder, qu'aucune autre maison de premier plan n'a placé aussi frontalement au centre de son gin.
Et par rapport à la vague des micro-distilleries artisanales apparues un peu partout, The Shed possède un atout que beaucoup n'ont pas : une signature immédiatement identifiable, doublée d'une reconnaissance internationale solide. Beaucoup de petites maisons produisent de bons gins ; peu parviennent à créer un style que l'on reconnaît à l'aveugle. C'est cette combinaison rare, artisanat, singularité aromatique et notoriété, qui fait de The Shed Distillery une maison à connaître pour tout amateur de spiritueux.
Chez Trinquay, nous aimons ces histoires de producteurs qui inventent au lieu de suivre. The Shed Distillery en est un bel exemple : une remise perdue dans le Leitrim, un homme curieux, un thé venu de loin, et un gin devenu l'un des plus reconnaissables de sa génération. C'est tout ce qui nous plaît dans le métier de caviste : mettre en avant des maisons qui ont une vision, un savoir-faire et le courage d'assumer un style. Comprendre d'où vient une bouteille, qui l'a pensée et pourquoi, change la manière dont on la déguste, et c'est aussi ce que nous cherchons à transmettre à travers ce portrait.
QUESTIONS FRÉQUENTES
Par l'embouteillage de base, celui que la distillerie produit toute l'année. Il dit son style sans la rareté d'une série limitée, et si elle plaît, les versions au-dessus tiennent la même ligne. Le repère « à partir de » en tête de gamme donne la moins chère du moment.
Un spiritueux ne vieillit plus une fois en bouteille, mais il s'oxyde une fois ouvert. Debout, bouchon serré, à l'abri de la lumière : comptez quelques mois sans changement net, puis une perte d'arômes d'autant plus rapide que la bouteille se vide.
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