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  • Arancini siciliens farcis au fromage et safran Arancini Mobile
  • Arancini siciliens farcis au fromage et safran

    Matys Hoffman


    Arancini siciliens farcis au fromage et safran

    En Sicile, l'arancino n'est pas une simple bouchée : c'est un objet culte. Cette boulette de riz dorée à la friture, parfumée au safran et farcie d'un cœur fondant de fromage ou de viande mijotée, accompagne les Siciliens au petit-déjeuner, à l'apéritif, en repas sur le pouce. À Palerme, on l'appelle arancina au féminin et on la modèle en boule ronde. À Catane, c'est arancino au masculin, en forme de poire pour rappeler l'Etna voisin. La querelle reste ouverte, et chaque Sicilien défend sa graphie avec passion.

    L'arancini conjugue ce que la Sicile a de plus précieux : le safran qui colore le riz d'or, la chapelure qui croustille à la friture, le cœur fondant qui s'écoule à la première bouchée. C'est un plat qui demande de la méthode mais récompense largement la patience. Préparé bien, il offre ce contraste irrésistible entre une carapace dorée croustillante et un cœur moelleux, parfumé, presque liquide quand on le coupe.

    L'arancino, héritage arabe et symbole sicilien

    Aux origines arabo-siciliennes d'une recette emblématique

    L'arancino remonte à la domination arabe de la Sicile, entre les IXe et XIe siècles. Les Arabes avaient introduit le riz, le safran, et l'art de cuire en boules pour préserver les saveurs. Ils servaient initialement le riz aromatisé en boules avec de l'agneau et des herbes, sans la croûte panée. C'est avec l'arrivée des Normands puis des Espagnols que la chapelure et la friture sont venues compléter la recette pour donner sa forme moderne.

    Pourquoi cette forme ronde ou en poire

    Le nom arancino vient de arancia, l'orange en italien : la boulette dorée évoque visuellement le fruit. À Palerme, on garde la forme ronde traditionnelle de l'orange. À Catane, on l'allonge en poire pour rappeler la silhouette de l'Etna, le volcan visible depuis toute la côte est. Cette dispute amicale fait partie du folklore sicilien.

    La farce : du beurre safrané au ragù mijoté

    Les arancini se déclinent en plusieurs farces selon les villes. La version la plus traditionnelle est al ragù : viande hachée de bœuf mijotée à la sauce tomate avec petits pois. Mais la version al burro (au beurre, jambon et fromage) est tout aussi populaire. Plus rare, l'arancino al pistacchio de Bronte propose un cœur de pesto de pistache vert tendre.

    Les ingrédients clés des arancini

    Le choix du riz : carnaroli ou arborio

    Pour des arancini réussis, il faut un riz riche en amidon qui se tient bien après cuisson. Les variétés italiennes carnaroli ou arborio, utilisées pour le risotto, sont parfaites. Évitez les riz longs (basmati, thaï) qui ne tiendraient pas ensemble. Comptez environ 80 g de riz cru par arancino, soit environ douze arancini pour 500 g de riz.

    Le safran de Sicile : ne pas lésiner

    Le safran donne sa couleur dorée caractéristique au riz. Préférez du safran en filaments plutôt qu'en poudre, et infusez-le quinze minutes dans un peu d'eau chaude avant de l'ajouter au bouillon de cuisson. Comptez une bonne pincée pour 500 g de riz. Le safran espagnol ou iranien convient très bien à défaut du safran sicilien.

    La panure et la friture : technique cruciale

    Les arancini se panent à l'anglaise : farine, œuf battu, chapelure fine. La double panure (deux passages dans l'œuf et la chapelure) est conseillée pour obtenir une croûte parfaitement étanche. La friture doit se faire dans une huile à 175 °C : trop chaude, l'extérieur brûle avant que le cœur ne chauffe ; trop froide, la chapelure s'imbibe d'huile.

    La recette pas à pas des arancini al burro

    Ingrédients pour 12 arancini

    • 500 g de riz carnaroli
    • 1,2 L de bouillon de volaille
    • 1 bonne pincée de safran en filaments
    • 50 g de beurre
    • 80 g de Parmigiano Reggiano râpé
    • 1 oignon jaune
    • 200 g de mozzarella en cubes
    • 100 g de jambon blanc en dés
    • 3 œufs
    • 200 g de farine
    • 300 g de chapelure fine
    • Huile de tournesol pour la friture
    • Sel, poivre du moulin

    La cuisson du riz au safran

    1. Faites infuser le safran dans 100 ml de bouillon chaud pendant quinze minutes.
    2. Faites suer l'oignon ciselé dans 30 g de beurre. Ajoutez le riz et nacrez deux minutes.
    3. Versez le bouillon louche par louche, en attendant qu'il soit absorbé avant la suivante. Ajoutez le bouillon safrané au milieu de la cuisson.
    4. Au bout de dix-huit minutes, le riz doit être cuit mais ferme. Hors du feu, incorporez le parmesan et le beurre restant. Salez et poivrez.
    5. Étalez le riz sur une grande plaque tapissée de film alimentaire pour qu'il refroidisse rapidement. Comptez deux heures au réfrigérateur minimum.

    Le façonnage et la panure

    1. Prenez environ 80 g de riz refroidi dans la paume de la main, formez un creux au pouce.
    2. Garnissez d'un cube de mozzarella et d'un dé de jambon, refermez le riz autour pour former une boule lisse.
    3. Roulez chaque arancino dans la farine, puis dans l'œuf battu, puis dans la chapelure. Pour une meilleure tenue, repassez dans l'œuf et la chapelure une seconde fois.
    4. Réservez au réfrigérateur trente minutes pour stabiliser la panure.

    La friture et le service

    1. Chauffez l'huile dans une grande casserole à 175 °C (vérifiez avec un thermomètre de cuisine).
    2. Plongez les arancini par trois ou quatre, sans surcharger. Faites frire trois à quatre minutes en les retournant régulièrement, jusqu'à dorure profonde.
    3. Égouttez sur du papier absorbant. Servez immédiatement, encore chauds, avec une sauce tomate fraîche en accompagnement.

    Variations et conseils du chef

    L'arancino al ragù : la version emblématique

    Pour la version la plus traditionnelle, remplacez le jambon-mozzarella par un ragù sicilien : viande hachée de bœuf mijotée trois heures avec sauce tomate, petits pois, vin rouge et carottes. Garnissez chaque arancino d'une cuillère à soupe de ragù bien réduit (pas trop liquide pour qu'il ne fuie pas).

    Trois conseils pour des arancini réussis

    • Le riz doit être bien froid avant le façonnage. À température ambiante, il se déforme et la friture pénètre.
    • Double panure obligatoire pour une croûte étanche. Sans ça, la mozzarella s'échappe à la friture.
    • Friture en petites quantités : pas plus de quatre à la fois pour ne pas faire chuter la température de l'huile.

    L'arancino al pistacchio : la version de Bronte

    Sur les flancs de l'Etna, la commune de Bronte est célèbre pour son pistache vert tendre à l'arôme intense. Les arancini al pistacchio remplacent le cœur classique par un pesto de pistache mélangé à de la ricotta crémeuse. Le résultat est plus végétal, moins gras que la version au ragù, avec une couleur intérieure verte spectaculaire à la coupe. Une variation contemporaine que les chefs siciliens revisitent volontiers.

    Conserver et réchauffer ses arancini

    Les arancini se conservent jusqu'à deux jours au réfrigérateur dans une boîte hermétique. Pour les réchauffer, évitez le micro-ondes qui ramollirait la chapelure. Préférez un passage de dix minutes au four à 180 °C, qui restitue le croustillant et réchauffe le cœur fondant. On peut aussi les congeler crus (juste après la panure) et les frire directement à la sortie du congélateur, en prolongeant la cuisson de deux minutes.

    Quel vin servir avec des arancini ?

    Sur ces boulettes dorées au cœur fondant, on cherche un vin avec de la fraîcheur pour contrebalancer la friture, mais aussi assez de matière pour tenir tête au safran et au fromage. Le Domaine Louis Lequin · Morgeot · 2020, premier cru de Chassagne-Montrachet, propose précisément cet équilibre : minéralité bourguignonne, notes briochées et longueur en bouche qui prolongent la dégustation sans alourdir.

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