Blanquette de poulet à la crème et champignons de Paris
Matys Hoffman
Blanquette de poulet à la crème et champignons de Paris
La blanquette de poulet est la version familiale et économique de la blanquette de veau, mais elle n'a rien à lui envier en saveur. Le poulet fermier, mijoté dans son bouillon aromatique puis lié à la crème et aux jaunes d'œufs, livre une chair tendre et un velouté ivoire qui appellent une généreuse cuillerée de riz pilaf pour saucer. Notre version classique inclut des champignons de Paris sautés au beurre citronné qui apportent du caractère, et une touche de vin blanc dans le bouillon qui acidule subtilement la sauce. C'est le plat du dimanche par excellence, celui que l'on prépare la veille pour mieux le déguster le lendemain.
L'origine de la blanquette est paysanne : il s'agissait à l'origine de récupérer les bas morceaux de viande blanche (jarret, tendron, collier) en les pochant longuement pour les attendrir. La bourgeoisie du XVIIIe siècle s'est emparée de la recette pour l'élever au rang de plat de réception, en l'enrichissant de crème et de jaunes d'œufs. La blanquette de poulet est née plus tard, comme variation économique, mais elle a conquis sa propre noblesse au XXe siècle, notamment dans la cuisine ménagère des années 1960-70 illustrée par Ginette Mathiot ou Françoise Bernard.
Ingrédients pour 6 personnes
La blanquette
- 1 poulet fermier de 1,8 kg coupé en 8 morceaux
- 2 carottes en rondelles épaisses
- 1 oignon piqué de 2 clous de girofle
- 1 blanc de poireau émincé
- 1 branche de céleri
- 1 bouquet garni
- 1 litre de bouillon de volaille
- 15 cl de vin blanc sec
- Sel, poivre blanc
Les champignons
- 500 g de champignons de Paris bruns
- 40 g de beurre, 1 jus de citron
- 1 échalote ciselée
Les oignons grelots glacés
- 250 g d'oignons grelots
- 30 g de beurre, 1 cuillère à soupe de sucre
La sauce velouté
- 50 g de beurre, 50 g de farine
- 25 cl de crème entière
- 2 jaunes d'œufs
- 1/2 jus de citron, 1 cuillère à soupe de persil ciselé
Préparation
Blanchir le poulet
Mettez les morceaux de poulet dans une grande cocotte, couvrez d'eau froide salée, portez à frémissement et laissez blanchir cinq minutes en écumant les impuretés. Égouttez, rincez à l'eau froide. Cette étape, souvent négligée, est ce qui distingue une blanquette dorée à l'œil d'une blanquette grise et trouble : ne la sautez sous aucun prétexte, elle prend cinq minutes mais change tout sur le résultat final.
Pocher en bouillon aromatique
Replacez les morceaux dans la cocotte propre. Ajoutez les légumes aromatiques (carottes, oignon piqué, poireau, céleri), le bouquet garni, le vin blanc et le bouillon. Le liquide doit affleurer la volaille. Salez modérément, poivrez. Portez à frémissement très doux, couvrez à demi et laissez pocher quarante-cinq minutes : la chair doit se détacher facilement de l'os mais sans tomber en charpie. Le bouillon ne doit jamais bouillir, sous peine de durcir la viande et de troubler le jus.
Préparer les garnitures
Brossez les champignons sans les laver, taillez-les en quartiers, citronnez-les pour qu'ils restent blancs. Faites suer l'échalote au beurre, ajoutez les champignons, salez peu (l'eau qu'ils rendent doit s'évaporer), faites sauter cinq minutes à feu vif jusqu'à coloration légère. Pour les oignons grelots, épluchez-les après un passage rapide en eau bouillante (la peau se retire alors facilement), glacez-les avec beurre, sucre, sel et eau à hauteur jusqu'à évaporation et caramélisation blonde.
Monter le velouté
Quand le poulet est cuit, prélevez 75 cl de bouillon de pochage à travers une passette fine. Dans une casserole, faites un roux blanc : faites fondre le beurre, ajoutez la farine, fouettez deux minutes sans coloration. Versez le bouillon chaud progressivement en fouettant pour éviter les grumeaux. Laissez frémir dix minutes : la sauce doit devenir nappante mais encore fluide.
Hors du feu, fouettez les jaunes d'œufs avec la crème, ajoutez une louche de sauce chaude pour tempérer puis reversez dans la sauce en fouettant. Réchauffez à feu très doux sans bouillir, ajoutez le jus de citron, rectifiez sel et poivre. La sauce doit prendre une teinte ivoire brillante.
Dresser
Égouttez les morceaux de poulet du bouillon, glissez-les dans la sauce velouté avec les champignons et les oignons grelots. Mélangez délicatement, faites réchauffer trois minutes à feu doux. Servez en assiettes creuses chaudes, parsemez de persil ciselé, accompagnez de riz pilaf maison ou de tagliatelles fraîches.
Accord mets et vin
Sur la blanquette, l'accord traditionnel est un blanc onctueux de Bourgogne ou de Loire. Mais une variation plus audacieuse propose un rouge de Bourgogne aux tanins fondus, qui peut faire merveille si la chair de volaille est bien marquée et la sauce assez crémeuse. Le Maison Roche de Bellene · Champeaux · 2021 en AOC Gevrey-Chambertin Premier Cru est une cuvée d'exception : ce climat des Champeaux, sur les hauteurs de Gevrey, donne des Pinots Noirs marqués par les fruits rouges acidulés, une touche minérale et une structure tannique élégante. La maison Maison Roche de Bellene est l'une des références du négoce-éleveur de Bourgogne, fondée par Nicolas Potel.
Servez ce rouge à quinze à seize degrés, dans un verre Bourgogne ample, et n'hésitez pas à le carafer une demi-heure avant le service pour aérer ses arômes. Pour explorer d'autres options, notre sélection complète de vins de Bourgogne regroupe les meilleures appellations de la région. Notre rubrique recettes et accords mets-vins regorge également d'autres idées pour vos repas familiaux.
Conseils du chef et variations
- Découpe du poulet : privilégiez les hauts de cuisses et pilons (chair plus parfumée que les blancs). Si vous prenez un poulet entier, gardez la carcasse pour faire un bouillon maison.
- Variante aux morilles : remplacez 200 g de champignons de Paris par des morilles séchées réhydratées pour une version plus prestigieuse.
- Sans crème : pour une version plus légère, doublez la quantité de bouillon et liez avec un beurre manié final (mélange beurre-farine en parts égales).
- Mijoté la veille : la blanquette gagne en saveur après une nuit au frigo. Réchauffez sans bouillir et ajoutez la liaison crème-jaune au dernier moment.
- Accompagnement : riz pilaf, tagliatelles fraîches, pommes vapeur ou écrasé de pomme de terre.
Histoire et tradition de la blanquette de poulet
La blanquette de poulet est une variation accessible et économique de la grande blanquette de veau classique parisienne, codifiée au dix-septième siècle dans les ouvrages culinaires de La Varenne. Elle représente l'expression la plus pure de la technique de cuisson sans coloration préalable (la viande est directement pochée dans un fond blanc parfumé), à l'opposé des préparations brunes type bourguignon ou navarin. La signature finale (liaison aux jaunes d'œufs et crème fraîche montée au dernier moment hors du feu) demande une attention technique précise mais transforme la cuisson rustique en plat raffiné et velouté. C'est l'un des grands classiques de la cuisine familiale dominicale française qui plaît à toutes les générations.
Le mot du sommelier
Le Pinot Noir est un cépage qui exige précision et délicatesse, à la fois dans sa production et dans son accord. Sur des plats à base de volaille pochée et de sauce crémée, le Pinot trouve une zone de confort idéale : ses tanins fins ne dominent pas la délicatesse de la chair, son acidité naturelle équilibre la richesse de la crème, ses arômes de fruits rouges (cerise, fraise des bois) répondent aux notes umami des champignons. Le Gevrey-Chambertin Premier Cru, plus structuré qu'un village mais moins intense qu'un Grand Cru, est dans une fenêtre de complémentarité parfaite avec ce type de plat : assez puissant pour exister, assez fin pour ne pas écraser. C'est l'accord élégant par excellence, à servir à des amateurs qui apprécient les grands rouges sans pour autant chercher la démonstration tannique.