Magret de canard sauvage laqué au miel d'acacia
Matys Hoffman
Matys Hoffman
Le canard sauvage est une viande qu'on cuisine encore trop rarement à la maison, par crainte d'un goût trop prononcé ou d'une cuisson trop technique. Pourtant, lorsque la pièce provient d'un bon fournisseur de gibier et qu'elle est traitée avec respect, elle révèle une finesse aromatique étonnante, à mille lieues du canard d'élevage standardisé. Sa chair, plus rouge, plus dense, plus parfumée, supporte admirablement les cuissons rosées et les marinades sucrées-salées. Cette recette de magret laqué au miel d'acacia honore ce produit d'exception en jouant sur le contraste entre la puissance gustative du sauvage et la douceur florale du miel français.
La technique du laquage, empruntée à la cuisine asiatique mais retravaillée à la française, consiste à badigeonner régulièrement la viande de sa marinade pendant la cuisson pour construire couche après couche une croûte brillante et caramélisée. C'est elle qui donne au plat son côté spectaculaire à l'œil et qui développe les arômes complexes du miel cuit, du vinaigre et des épices. Pour réussir cette préparation, il faut avant tout du temps de marinade (au moins quatre heures, idéalement la veille) et un four précis qu'on saura piloter entre saisie et cuisson douce. Le résultat est sans commune mesure avec un magret standard.
Préparez la marinade en mélangeant dans un bol le miel d'acacia, le vinaigre balsamique, la sauce soja, le cinq épices, l'huile de sésame, l'ail écrasé, le gingembre râpé, le zeste d'orange et le poivre de Sichuan. Quadrillez la peau des magrets en croisillons profonds. Placez les magrets dans un plat creux, recouvrez-les généreusement de marinade en les retournant plusieurs fois pour bien les enrober. Filmez et laissez reposer au réfrigérateur six heures minimum, idéalement toute une nuit. Sortez la viande deux heures avant la cuisson pour la tempérer.
Épluchez les navets boules d'or et coupez-les en quartiers. Lavez les mini-pommes de terre sans les peler. Dans une grande sauteuse, faites chauffer la graisse de canard sur feu moyen-vif. Ajoutez les pommes de terre et les navets, salez, poivrez. Faites-les colorer huit minutes en remuant régulièrement. Ajoutez le miel d'acacia, les baies roses et le thym citron. Mélangez bien pour enrober. Couvrez, baissez le feu et laissez confire vingt minutes. Découvrez en fin de cuisson pour qu'ils prennent une belle coloration dorée.
Préchauffez le four à cent quatre-vingt-dix degrés. Égouttez soigneusement les magrets en les essuyant légèrement (gardez la marinade pour le laquage). Posez les magrets côté peau dans une grande poêle en fonte froide. Démarrez sur feu moyen, laissez le gras fondre doucement pendant six à huit minutes en retirant régulièrement l'excès de graisse à la cuillère. La peau doit prendre une coloration brun caramel uniforme.
Retournez les magrets côté chair, saisissez trente secondes à feu vif. Transférez la poêle au four et faites cuire trois minutes. Sortez la poêle, badigeonnez généreusement les magrets de marinade restante au pinceau. Remettez au four trois minutes. Recommencez l'opération trois fois : à chaque badigeonnage, la peau prend une couche supplémentaire de laque. La température à cœur doit atteindre soixante-deux degrés à la fin. Sortez les magrets, déposez-les sur une grille recouverte d'aluminium sans serrer, laissez reposer quinze minutes.
Pendant le repos, déglacez la poêle avec le vin rouge en grattant les sucs. Ajoutez les échalotes ciselées et faites réduire trois minutes sur feu vif. Versez le fond de gibier, le cassis et le poivre vert. Laissez réduire jusqu'à obtenir une sauce sirupeuse, environ cinq à six minutes. Filtrez au chinois si vous préférez une texture lisse, sinon gardez les baies de cassis pour la texture. Hors du feu, montez avec le beurre froid en cubes en remuant pour obtenir une sauce brillante. Ajoutez un trait de crème de cassis pour relever.
Tranchez les magrets en biais, en lamelles d'un centimètre d'épaisseur. Disposez sur des assiettes chaudes en éventail. Garnissez de quartiers de navets glacés et de mini-pommes de terre. Nappez généreusement de sauce, parsemez de fleur de sel et de quelques baies de cassis frais. Servez immédiatement.
Sur un magret de canard sauvage aussi typé, avec ses notes de gibier, son côté épicé du cinq épices et sa laque sucrée-salée, on cherche un grand Pinot Noir bourguignon de garde, suffisamment puissant pour accompagner la viande sans s'effacer, mais aussi doté de cette élégance qui prolonge la dégustation. Notre choix se porte sur le Domaine Mongeard-Mugneret · 2021 Clos de Vougeot Grand Cru, l'un des plus prestigieux climats de la Côte de Nuits.
Le Clos de Vougeot 2021 du Domaine Mongeard-Mugneret offre une concentration remarquable de fruits noirs (cassis, mûre), de notes terreuses et de sous-bois qui font écho à la viande de gibier sauvage, sans masquer la finesse florale du Pinot Noir. La structure tannique reste enveloppée, soyeuse, parfaitement adaptée à la texture rosée du magret. Servez le vin à dix-sept degrés, après une carafe légère d'une heure. Pour découvrir d'autres profils dans la même veine prestigieuse, parcourez les Vins de Bourgogne : un Échezeaux ou un Gevrey-Chambertin sur un beau millésime conviendraient également.
Le Clos de Vougeot est l'un des grands crus les plus emblématiques de Bourgogne, avec ses cinquante hectares partagés entre plus de quatre-vingts propriétaires. Le Domaine Mongeard-Mugneret y possède une parcelle remarquable, dont la cuvée régulièrement saluée par la critique. Le 2021 est un millésime plus frais que les précédents, ce qui donne aux vins une tension et une fraîcheur précieuses sur les plats riches comme ce magret sauvage laqué. La complexité aromatique se développera dans les dix à quinze prochaines années : si vous ouvrez la bouteille maintenant, prévoyez deux heures de carafe avec un soin particulier pour révéler tout son potentiel. Pour les amateurs de Bourgogne plus mûrs, des millésimes 2015 ou 2017 offriraient une lecture plus immédiate. À noter que ce type d'accord canard-grand cru rouge fonctionne particulièrement bien parce que les Pinots de Côte de Nuits gardent toujours une finesse aromatique qu'on ne trouve pas dans les rouges plus puissants de la rive droite bordelaise, par exemple.
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