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Un chêne planté au dix-neuvième siècle pour construire des navires de guerre finit en fût de whisky, et une tourbe fumée au genévrier remplace la fumée iodée des îles écossaises. Mackmyra n'a pas cherché à refaire un scotch en Suède, elle a cherché ce que la Suède avait sous la main. Cette page réunit ses bouteilles et détaille les partis pris qui les distinguent, du bois à la fumée, sans passer sous silence les secousses qu'a connues la maison depuis 2024.
La maison est la première distillerie de whisky de Suède, et son point de départ tient à une conversation entre amis plutôt qu'à un projet industriel. Ce détail d'origine se retrouve dans la façon dont elle a construit sa gamme : par essais successifs sur les matières locales, et non par imitation d'un modèle existant.
Huit camarades de l'Institut royal de technologie de Stockholm se retrouvent en 1998 pour skier et repartent avec l'idée de distiller. La société est constituée l'année suivante, et l'installation se fait à Mackmyra Bruk, une ancienne forge du Gästrikland, au sud-ouest de Gävle. Le mot suédois bruk désigne précisément ce type de site industriel ancien, où l'on travaillait le fer à l'énergie de la rivière et du bois.
La première distillerie entre en service sur ce site en 2002. Elle est de petite dimension et sert autant d'outil de production que de laboratoire : les fondateurs y testent des orges, des tourbes, des bois et des tailles de fût, en gardant trace de chaque combinaison. Cette phase d'essai a fixé le vocabulaire de la maison, et les noms de gamme qui circulent aujourd'hui en sont directement issus.
En 2011, la maison ouvre une seconde distillerie près de Gävle, conçue en hauteur sur sept niveaux. Les matières entrent par le haut et descendent d'étage en étage jusqu'aux fûts, ce qui supprime une partie des pompages nécessaires dans une distillerie posée à plat. Le principe n'a rien de décoratif : déplacer des liquides coûte de l'énergie, et laisser la pesanteur travailler en économise. La maison a conservé les deux sites, ce qui lui laisse un outil de série et un outil d'essai, deux régimes de travail très différents sous une même signature.
Le bois est le poste où cette maison s'écarte le plus des usages écossais. Elle utilise les fûts de bourbon et de xérès comme tout le monde, mais elle a surtout fait entrer dans sa palette un chêne que personne d'autre n'employait à cette échelle, coupé sur une île du lac Vättern.
Les chênes en question ont été plantés au dix-neuvième siècle sur l'île de Visingsö, dans une forêt destinée à fournir la marine suédoise en bois de construction navale. Les navires de guerre sont passés à l'acier avant que ces arbres n'arrivent à maturité, et la forêt est restée. C'est de là que sortent les merrains employés pour une partie des fûts de la maison, un usage que l'histoire n'avait pas prévu. Le chêne suédois n'appartient pas aux deux espèces qui dominent la tonnellerie mondiale, et sa mise en fût a demandé un travail de séchage et de chauffe qui lui est propre.
Un chêne qui grandit sous une latitude haute avance lentement, et ses cernes de croissance sont plus rapprochés que ceux d'un chêne du Missouri. La densité du bois change ce qu'il cède au liquide et la vitesse à laquelle il le cède. Sur les mises élevées en chêne suédois, les dégustateurs rapportent des notes sèches et épicées, très différentes de la vanille et de la noix de coco associées au chêne américain.
La maison emploie des fûts nettement plus petits que les tailles standard du secteur, jusqu'à trente litres. Le rapport entre la surface de bois et le volume de liquide y est bien plus élevé que dans une barrique, si bien que l'échange se fait plus vite. Cela n'accélère pas le temps, cela accélère l'extraction : les deux ne se confondent pas, et un petit fût conduit trop loin donne un whisky dominé par son bois.
La tourbe n'appartient pas à l'Écosse, et la Suède en possède aussi. Mackmyra a fait fumer une partie de son orge, mais en ajoutant à la tourbe une matière végétale qui n'entre pas dans le touraillage écossais, ce qui déplace le résultat vers un registre différent de l'iode et du goudron.
La tourbe employée provient d'une tourbière située aux abords de Gävle, à faible distance des installations. Une tourbe n'est pas une matière neutre : sa composition végétale varie d'un site à l'autre, et une tourbière continentale de mousse ne donne pas les mêmes composés qu'une tourbe littorale gorgée d'embruns. Cette différence de matière première suffit à expliquer une bonne part de l'écart de fumée perçu. Autrement dit, une tourbe suédoise ne fume pas comme une tourbe des Hébrides, et ce n'est pas une question de dosage mais de végétation fossilisée.
Au séchage de l'orge germée, la maison ajoute des rameaux de genévrier à la tourbe. Le genévrier fume abondamment et laisse un registre résineux et poivré que la tourbe seule ne produit pas. C'est un geste emprunté aux usages alimentaires nordiques plus qu'à la tradition du malt, et il constitue la signature la plus reconnaissable des mises fumées de la maison.
Quand un producteur publie un nombre en parties par million, ce nombre décrit l'orge maltée à la sortie du four, avant même le brassage. L'essentiel de ces composés se perd ensuite, au brassage, à la fermentation et surtout à la seconde distillation. Un chiffre de phénols ne se lit donc jamais comme une mesure de la bouteille, et une fiche qui l'affiche sans préciser sur quoi il a été relevé induit en erreur.
La gamme est organisée autour de quelques noms suédois qui décrivent chacun un parti pris précis. Les traduire aide à lire une bouteille sans avoir à ouvrir une fiche technique, et évite de prendre un nom de gamme pour une mention réglementaire.
Brukswhisky reprend le mot bruk, la forge qui a donné son nom au lieu et à la maison. C'est la mise conçue comme le whisky de tous les jours de la gamme, assemblée à partir de plusieurs types de fûts, dont du bourbon de premier remplissage, avec une part de distillat fumé. Le producteur la décrit sur le fruit, l'agrume et la poire, avec une pointe de tourbe et de genévrier en fond. Le nom n'annonce donc pas une catégorie réglementaire, il annonce une place dans la gamme, celle de la bouteille de référence à laquelle on rapporte les autres.
Svensk Ek se traduit par chêne suédois, et Svensk Rök par fumée suédoise. Les deux noms annoncent donc exactement le paramètre mis en avant, l'un le bois, l'autre le fumage. Cette manière de nommer par le procédé plutôt que par un âge ou un lieu-dit est cohérente avec une maison qui a construit son identité sur des variables de production assumées.
Plusieurs mises ne portent pas d'âge. Cette absence ne renseigne ni dans un sens ni dans l'autre : elle laisse simplement la maison assembler des fûts d'âges différents pour tenir un profil constant. Quand un âge est inscrit, il désigne toujours le composant le plus jeune de l'assemblage, jamais une moyenne. La règle vaut pour le scotch comme pour les whiskies qui s'en inspirent, et elle explique pourquoi un âge bas ne dit rien de la part de vieux fûts entrée dans l'assemblage.
Quatre questions reviennent sur cette maison, et la deuxième est celle qui appelle le plus de prudence : la situation de l'entreprise a changé plusieurs fois depuis 2024.
En Suède, dans le Gästrikland, aux environs de Gävle. La maison a d'abord distillé sur le site de Mackmyra Bruk, une ancienne forge, à partir de 2002, puis dans une seconde distillerie ouverte en 2011 et construite en hauteur. Une partie des fûts vieillit dans une ancienne mine, à une cinquantaine de mètres sous terre.
La réponse demande d'être datée. La société a déposé son bilan le 19 août 2024, puis a été reprise le 1er octobre suivant par son actionnaire principal associé à une société d'investissement suédoise, la production étant alors interrompue. Le repreneur est décédé à l'été 2025 et une reprise de la distillation était annoncée pour septembre de la même année. Nous n'écrivons donc rien au présent sans revérification.
Une partie seulement de sa production l'est. La maison fume elle-même une fraction de son orge avec de la tourbe locale et du genévrier, et réserve ce distillat à certaines mises, dont celles qui portent le mot rök. D'autres bouteilles ne revendiquent aucune tourbe. Le nom de la cuvée est donc le premier indicateur à lire sur l'étiquette.
Partez du paramètre qui vous intéresse. Une mise sur chêne suédois montre l'épice sèche propre à ce bois, une mise fumée montre le couple tourbe et genévrier, et une mise d'assemblage donne le profil de maison sans forcer un trait. Le degré et la taille de fût affinent ensuite le choix. Notre page consacrée aux whiskies du monde replace par ailleurs la Suède parmi les origines qui ne relèvent d'aucune appellation historique. Notre conseil personnalisé est là si deux flacons vous font hésiter.