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Au milieu du Rhône, face aux remparts d'Avignon, l'île de la Barthelasse abrite des vergers et une distillerie que les amateurs de spiritueux français connaissent bien. Les liqueurs Manguin naissent là, à quelques mètres des arbres qui donnent les fruits. Abricot, clémentine corse, agrumes, prune, lavande : la maison a construit sa réputation sur l'eau-de-vie de poire, puis élargi son répertoire aux liqueurs, dans une logique de haut de gamme assumée. Trinquay a rassemblé sur cette page les liqueurs Manguin de son catalogue et les conseils pour bien les servir.
L'histoire commence avec Claude Manguin, agronome et fils du peintre fauve Henri Manguin. Dans les années 1940, il plante et cultive plusieurs dizaines d'hectares de poiriers et de pêchers sur l'île de la Barthelasse, dont les fruits approvisionnent les épiceries fines les plus réputées, Fauchon en tête. En 1957, il installe des alambics charentais au milieu de ses vergers pour distiller lui-même sa production. La Poire Manguin devient l'eau-de-vie emblématique de la maison et s'installe sur les grandes tables françaises. Tout le reste de la gamme, liqueurs comprises, découle de cette décision fondatrice.
La Barthelasse est la plus grande île fluviale de France, un territoire agricole préservé face à Avignon. Ses sols d'alluvions et le climat provençal en font un verger naturel, où poiriers, abricotiers et pêchers profitent d'une maturité franche et d'un ensoleillement généreux. Cette proximité entre l'arbre et l'alambic est un avantage rare pour un distillateur : le fruit passe en cuve sans transport ni attente, à son degré de maturité optimal. Les liqueurs Manguin en tirent leur netteté aromatique — un abricot qui sent l'abricot, pas la confiserie.
Depuis 2011, la maison est dirigée par de nouveaux propriétaires qui ont choisi de valoriser le savoir-faire existant tout en élargissant le catalogue d'une quinzaine de créations : un assemblage d'eau-de-vie de poire et de vieux rhums des Caraïbes, une vodka à l'olive, un vieillissement en fût de bourbon, un pastis d'Avignon. La marque s'est repositionnée clairement sur le haut de gamme, avec une exigence de sourcing sur chaque matière première. Les liqueurs suivent ce mouvement : abricot, clémentine de Corse, mirabelle, bergamote, lavande, agrumes, chacune construite autour d'un fruit identifié plutôt que d'une catégorie générique.
Tout se joue au verger. Un abricot cueilli trop tôt donnera une liqueur verte et acide, un fruit trop mûr virera au cuit. Manguin sélectionne des variétés précises et cueille à pleine maturité, quitte à raccourcir la fenêtre de récolte à quelques jours. Pour les agrumes, la maison va chercher la clémentine en Corse, une origine reconnue pour la finesse de son zeste et l'équilibre entre sucre et acidité. Cette exigence sur la matière première explique le positionnement tarifaire de la gamme : le fruit représente ici l'essentiel du coût, et non le sucre ou l'alcool neutre.
La liqueur d'abricot bénéficie d'une macération lente, puis d'une distillation dans l'alambic de cuivre traditionnel de la maison, à Avignon. Ce double geste, macérer puis distiller, n'est pas systématique en liquoristerie : beaucoup de producteurs se contentent d'une infusion suivie d'un ajout de sucre. Le passage à l'alambic permet d'extraire une quintessence aromatique plus pure et de gommer les notes lourdes de la macération. Le distillat est ensuite assemblé, sucré et réduit à son degré final. Le résultat en bouche est plus tendu, plus long, moins sirupeux qu'une liqueur de fruits classique.
Les catégories sont définies par la réglementation européenne et méritent d'être connues avant d'acheter. Une liqueur contient au minimum 100 grammes de sucre par litre. Une crème de fruit, comme une crème de pêche ou de melon, en réclame au moins 250 grammes par litre : c'est ce qui lui donne sa texture nappante. La crème de cassis, la plus sucrée de toutes, doit dépasser 400 grammes par litre. Une liqueur de fruits reste donc, par construction, plus légère et plus fraîche en bouche qu'une crème, ce qui la rend plus polyvalente en dégustation pure comme en cocktail.
Chaque année, entre la mi-mai et la mi-juillet, la maison accroche des milliers de carafes dans les poiriers de l'île, pour que le fruit grandisse à l'intérieur du verre avant d'être rempli d'eau-de-vie. Cette tradition de la poire prisonnière, spectaculaire et terriblement exigeante en main-d'oeuvre, est devenue la carte de visite de Manguin. Elle dit bien l'esprit du lieu : un travail agricole avant d'être un travail de liquoriste. Si les liqueurs ne sont pas concernées par ce geste, elles bénéficient du même verger et de la même culture de la patience.
C'est l'une des spécialités reconnues de la distillerie. Robe orangée, nez d'abricot frais avec une pointe de noyau et d'amande, bouche ample où le fruit tient jusqu'au bout sans être écrasé par le sucre. Elle se sert très fraîche en digestif, mais donne aussi d'excellents résultats allongée d'un crémant ou d'un mousseux sec, façon spritz provençal. En pâtisserie, quelques centilitres suffisent à relever une tarte aux abricots ou une crème. C'est une bouteille facile à faire aimer, y compris à ceux qui trouvent l'eau-de-vie trop austère.
La clémentine de Corse apporte un profil différent : plus vif, plus zesté, avec cette amertume délicate de l'écorce qui allonge la finale. Servie glacée en fin de repas, elle joue le même rôle qu'un limoncello mais avec davantage de rondeur et de complexité. Elle s'accorde particulièrement bien au chocolat noir, aux desserts au cacao et aux salades d'agrumes. En cocktail, elle remplace avantageusement un triple sec industriel dans toutes les recettes où l'orange doit rester lisible, notamment celles construites sur la vodka ou le rhum blanc.
Autour des liqueurs, la maison propose une famille complète de spiritueux qu'il est intéressant de connaître pour composer une cave : l'eau-de-vie de poire Williams, produit historique et référence du genre, mais aussi des créations plus récentes comme l'assemblage poire et vieux rhums, la vodka à l'olive ou le pastis d'Avignon. Cet ensemble permet de couvrir toute la soirée, de l'apéritif au digestif, avec un fil conducteur : la même exigence sur le fruit et la même patte provençale. Chez Trinquay, nous constituons volontiers un assortiment sur mesure autour de ces bouteilles.
Une liqueur de fruits Manguin se sert entre 6 et 10 °C, en dose de 3 à 4 cl. Le froid resserre le sucre et laisse le fruit s'exprimer, alors qu'à température ambiante la liqueur paraît vite lourde. Deux écoles cohabitent : le verre à digestif, pour concentrer les arômes, et le verre à vin légèrement rempli, qui offre plus de surface d'aération. Les glaçons sont possibles, en gardant à l'esprit qu'ils diluent : mieux vaut un gros glaçon qu'une poignée de petits. Une consommation modérée reste la règle avec un spiritueux de ce degré.
Les liqueurs Manguin sont d'excellents modificateurs en mixologie. Deux centilitres de liqueur d'abricot, six de crémant, un trait d'eau gazeuse et un zeste : le spritz provençal est prêt. La clémentine s'associe au tonic et à une rondelle d'orange pour un long drink d'apéritif, ou entre dans une sangria blanche à base de vin blanc sec et de fruits frais. Au shaker, ces liqueurs équilibrent parfaitement un jus de citron vert et une base de rhum blanc ou de vodka. Le principe est toujours le même : peu de sucre ajouté, la liqueur s'en charge.
En cuisine, une bonne liqueur de fruits sert à souligner le fruit d'origine plutôt qu'à le masquer. Un trait d'abricot sur des abricots rôtis au four, quelques gouttes de clémentine dans une crème pâtissière ou sur une salade d'agrumes, un sorbet arrosé au moment de servir : le geste est simple et le résultat immédiat. Ces liqueurs flambent également bien sur des crêpes ou des fruits poêlés. C'est aussi la meilleure façon de valoriser une bouteille entamée, sans se limiter au verre de fin de repas.
À Avignon, sur l'île de la Barthelasse, au milieu du Rhône. La maison Manguin y distille depuis 1957, au coeur des vergers plantés par Claude Manguin dans les années 1940. Les fruits sont travaillés sur place, dans les alambics de cuivre de la distillerie, ce qui limite au maximum le délai entre la cueillette et la mise en cuve.
L'eau-de-vie, comme la fameuse Poire Manguin, est le pur distillat du fruit fermenté : elle est incolore, sèche, sans sucre ajouté, et titre autour de 40 %. La liqueur repose sur une macération du fruit, ici suivie d'un passage à l'alambic, puis d'un ajout de sirop de sucre — au moins 100 grammes par litre selon la réglementation. Elle est donc plus douce, colorée, et se boit plus facilement pure ou en cocktail.
Seule et très fraîche, elle constitue un digestif de fin de repas gourmand mais net. Allongée de crémant ou de mousseux sec, elle devient un apéritif estival. Côté accords, elle fonctionne avec les desserts aux fruits jaunes, les tartes, les crèmes vanillées et les fromages frais. La liqueur de clémentine, elle, s'accorde davantage au chocolat noir et aux desserts cacaotés.
Sur Trinquay, notre cave en ligne. Nous pratiquons le sourcing direct auprès des distilleries, ce qui garantit la traçabilité des bouteilles et nous permet de proposer un tarif juste sur une gamme haut de gamme comme celle-ci. Chaque référence est présentée avec ses notes de dégustation et nos conseils de service, et un conseil de caviste reste disponible si vous hésitez entre deux fruits. La livraison est offerte dès 100 € d'achat en point relais.