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Un mot en gaélique occupe le haut de l'étiquette, et le nom de la distillerie se lit en bas, en petits caractères, derrière la mention du lieu de distillation. Cet ordre inversé n'est pas une fantaisie de graphiste : il résulte d'un usage précis du commerce du whisky écossais. Cette page réunit les bouteilles portant le mot Staoisha et explique pourquoi il figure là plutôt qu'un autre. Le sujet paraît anecdotique, il ne l'est pas : il décide de ce que vous achetez.
Aucun bâtiment ne porte ce nom, aucune équipe n'y travaille et aucun alambic n'y chauffe. Le Bunnahabhain Staoisha Whisky sort de la distillerie Bunnahabhain, sur la côte nord-est d'Islay, à laquelle notre page dédiée est consacrée. Le mot qui s'affiche en gros est une convention commerciale, et savoir d'où elle vient évite un contresens fréquent en rayon. Le mot circule depuis assez longtemps pour être devenu un repère, au point que certains amateurs le prennent pour une maison à part entière.
Le nom d'une distillerie est une marque déposée, et son propriétaire décide de qui peut l'afficher. Une maison qui a acheté un fût reste libre d'indiquer où le liquide a été distillé, mention que la réglementation lui impose même de rendre exacte, mais elle adopte un autre nom pour le devant de l'étiquette. C'est ce que fait l'usage sur ce distillat depuis une quinzaine d'années, avec une constance qui a fini par créer un repère chez les amateurs.
Le mot désigne un loch situé à quelques kilomètres au sud-ouest de la distillerie, dans les collines. Cette étendue d'eau alimente le circuit de refroidissement du site et a servi par le passé de ressource de production de secours. Elle n'a donc pas de rapport direct avec la fumée, contrairement à ce que le voisinage des deux mots laisse croire : c'est un toponyme disponible, choisi parce qu'il appartient au paysage de la distillerie sans appartenir à sa marque.
Quand la maison embouteille elle-même son malt fumé, elle le signe de son propre nom et lui adjoint un mot gaélique, dont Mòine, qui veut dire tourbe. Quand un tiers embouteille le même distillat, il écrit Staoisha. Le liquide sort du même atelier, parfois de la même année de production : ce qui change est la main qui a choisi le fût, la date de mise et la façon de le présenter. Deux noms, une seule provenance, et aucune préséance de l'un sur l'autre : un embouteillage de maison n'est pas plus légitime qu'un fût choisi par un tiers, il raconte autre chose.
La fumée d'un whisky se décide chez le malteur, des mois avant que le liquide n'entre dans un fût. Elle tient au combustible utilisé pour sécher l'orge germée, et rien de ce qui suit ne peut l'ajouter. C'est pourquoi une distillerie qui produit deux registres ne change pas d'alambic : elle change de commande d'orge. Le reste du procédé, cuves, levures, alambics et chais, ne bouge pas d'un registre à l'autre.
La production fumée de Bunnahabhain n'occupe pas le calendrier entier. Elle se conduit par périodes, avec un lot d'orge séché au-dessus d'un feu de tourbe, puis l'atelier revient à son registre habituel. Le découpage explique que les millésimes disponibles chez les maisons indépendantes ne se suivent pas toujours d'une année sur l'autre, et qu'une année donnée puisse manquer alors que la distillerie a tourné sans interruption.
Un chiffre de phénols se relève sur l'orge maltée au sortir du touraillage, jamais sur le contenu de la bouteille. Les relevés publiés pour cette maison portent d'ailleurs sur des campagnes précises, une de 1991 donnée à vingt-huit unités et une de 1997 donnée à trente-huit, et non sur une spécification permanente. Aucun de ces deux nombres ne décrit un remplissage de 2013 : nous n'en attribuons donc aucun aux bouteilles de cette page.
Entre l'orge et le verre, l'essentiel des composés phénoliques disparaît. Le brassage en laisse une partie derrière, la fermentation aussi, et la repasse à l'alambic en écarte encore, puisque le distillateur ne garde qu'une fraction de ce qui sort. Un chiffre élevé au maltage ne promet donc pas une fumée proportionnelle au nez. Il indique une intention de départ, pas un résultat mesurable dans la bouteille.
Cette page réunit trois mises issues d'une même année de production, portant des numéros de fût qui se suivent. La configuration est assez rare pour mériter d'être lue de près, parce qu'elle met en évidence ce qu'un fût unique engage et ce qu'il n'engage pas. Trois contenants voisins ne donnent pas trois fois le même whisky.
Les trois numéros sont consécutifs et s'écrivent avec des séparateurs différents d'une étiquette à l'autre, une barre oblique ici, des points là. Ce sont bien trois fûts distincts, et non trois écritures d'un même contenant. La nuance compte : deux références qui normalisent le même numéro désignent un seul fût partagé entre deux étiquettes, alors que des numéros voisins désignent des contenants remplis à la file, le même jour, avec le même distillat.
Berry Bros. & Rudd est un marchand de vins et de spiritueux londonien installé à St James's depuis la fin du dix-septième siècle, qui sélectionne des fûts écossais et les met en bouteille sous sa propre étiquette. Notre page consacrée à cette maison détaille sa manière. Ce qu'il faut retenir ici : le nom sur le devant est celui du sélectionneur, celui de la distillerie figure en mention de provenance, et les deux informations sont vraies en même temps.
Les trois bouteilles sortent au même degré, un peu au-dessus de soixante-trois. Ce nombre n'est pas un réglage commercial : il enregistre ce que le fût contenait au moment de la mise, après les années d'évaporation qui ont fait baisser le volume et bouger le titre alcoométrique. Des fûts remplis ensemble, du même distillat, entreposés côte à côte, arrivent logiquement au même point, ce qui ne les rend pas identiques pour autant. Deux fûts jumeaux sur le papier rendent régulièrement des équilibres différents, parce qu'aucune douelle ne ressemble à sa voisine.
Quatre mentions suffisent à situer complètement une de ces bouteilles, et le mot imprimé en plus gros n'en fait pas partie. L'année, l'âge, le numéro de fût et le nom du sélectionneur décrivent le contenu avec bien plus de précision que l'étiquette de façade. Voici comment les enchaîner, dans l'ordre où elles se répondent.
Sur une mise de fût unique, l'année indiquée est celle du remplissage, et l'âge se compte jusqu'à la mise en bouteille. Les deux se contrôlent l'un par l'autre, ce qui rend ces étiquettes faciles à vérifier. Attention toutefois au réflexe inverse : sur bien d'autres whiskies, une année imprimée correspond à l'embouteillage et non à la distillation, et rien ne le signale au premier coup d'œil.
Le distillat vient d'Islay, l'une des deux localités reconnues par la réglementation écossaise à côté des trois régions, et notre page consacrée à l'île le développe. Une origine géographique n'impose cependant ni procédé ni profil : la même distillerie sort la majorité de son volume sans revendiquer de tourbe. C'est le nom porté par l'étiquette qui indique de quel registre relève la bouteille, jamais la carte.
À distillat égal, trois variables font l'écart. Le bois d'abord, selon qu'il a contenu du bourbon, du xérès ou rien d'autre auparavant. La durée ensuite, qui ne se lit pas seule mais avec le bois. La position du fût dans le chai enfin, un entrepôt de bord de mer ne travaillant pas comme un étage élevé au sec. C'est pourquoi deux mises voisines se comparent, et ne se remplacent pas.
Non. Aucun site de production ne porte ce nom. Il s'agit d'un mot repris d'un loch d'Islay et employé par des maisons d'embouteillage pour désigner le malt fumé de la distillerie Bunnahabhain. La mention de provenance imprimée au dos de la bouteille dit la vérité de fabrication : le liquide a été distillé chez Bunnahabhain, et nulle part ailleurs.
La différence tient à qui met en bouteille, pas à ce qu'il y a dedans. Mòine accompagne le nom de la distillerie sur ses propres embouteillages de malt fumé. Staoisha apparaît quand une maison tierce a acheté un fût de ce même distillat et le sort sous sa signature. Les deux mots renvoient à la part tourbée d'un seul et même atelier de production.
Il relève du registre fumé de la maison, par opposition à son cœur de gamme qui ne revendique aucune tourbe. Nous n'avançons pas de chiffre de phénols pour ces bouteilles : les relevés publics concernent des campagnes anciennes et datées, et aucun ne couvre les remplissages qui nous occupent. Rappelons qu'un tel relevé porte sur l'orge maltée, avant brassage, et non sur le liquide fini.
Comparer deux fûts d'une même année reste la lecture la plus instructive, puisque tout ce qui les sépare vient du bois et de l'emplacement en chai. Si vous cherchez à situer le distillat sans point de comparaison, une mise unique suffit. Notre équipe connaît chaque fût présenté ici et vous dira ce qui distingue l'un de son voisin.