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Une bouteille de whisky de grain a servi d'argument dans un litige qui a fini par fixer la définition du mot whisky. Elle sortait de Cambus, une distillerie du Clackmannanshire qui produisait à la colonne quand une partie de la profession tenait encore l'alambic de repasse pour seul procédé légitime. La distillation s'y est arrêtée en 1993, le matériel a été retiré, et le site sert depuis à d'autres métiers du fût. Cette page réunit les bouteilles qui portent ce nom et explique ce qu'elles ont derrière elles.
Le whisky Cambus vient du village du même nom, dans le Clackmannanshire, à quelques kilomètres d'Alloa. Le site n'avait pas été conçu pour distiller : c'était un moulin, et c'est en le reconvertissant que John Moubray ouvre la distillerie en 1806. Cette origine compte plus qu'une anecdote, parce qu'elle éclaire la facilité avec laquelle la maison est ensuite passée d'un mode de distillation à un autre.
John Moubray reprend un moulin désaffecté et l'équipe pour distiller. Les premières années, Cambus travaille l'orge maltée à petite échelle, comme la plupart des sites de la plaine centrale écossaise. Le Clackmannanshire réunissait alors ce qu'il fallait : de l'eau, du grain venu des terres arables voisines, et un accès au Forth qui ouvrait sur Glasgow et sur Édimbourg. La distillation écossaise s'est installée là où circulaient les marchandises, et ce comté en était un carrefour.
La bascule vers le whisky de grain intervient dans la première moitié du dix-neuvième siècle, avec des alambics Stein. Les relevés ne s'accordent pas sur l'année exacte, et nous n'en citons donc aucune. Ce qui est établi, c'est qu'un alambic Coffey est installé en 1851 par Robert Moubray, petit-fils du fondateur, et que Cambus figure à partir de là parmi les grandes unités de grain d'Écosse. Passer du malt au grain n'est pas un changement de recette : c'est un changement de machine, et il commande tout le reste.
En 1877, Cambus fait partie des sociétés qui fondent la Distillers Company Limited, la structure appelée à dominer le whisky écossais pendant un siècle et dont Diageo est l'héritière. Cette appartenance éclaire la place que la distillerie a occupée ensuite dans les débats de la profession : elle ne pesait pas comme un site isolé, elle portait la position d'un groupe. Un site de grain ne se lit jamais seul, il se lit dans le réseau d'assemblage qu'il alimente.
Au tournant du vingtième siècle, la question de savoir si un spiritueux distillé à la colonne pouvait s'appeler whisky n'était pas tranchée. Un premier jugement avait donné raison aux tenants de l'alambic de repasse, une campagne de presse signée du nom de Cambus a relancé l'affaire, et son règlement a produit la définition qui vaut encore aujourd'hui dans ses grandes lignes.
Le conseil de l'arrondissement londonien d'Islington poursuit en 1903 deux commerçants au titre de la loi sur la vente des denrées alimentaires, leur reprochant d'avoir vendu sous le nom de whisky un produit qui n'en aurait pas eu la nature. Le magistrat conclut qu'à cette date, un whisky écossais ou irlandais désigne un spiritueux obtenu à l'alambic de type pot still. La Distillers Company avait financé la défense, et la décision menaçait directement son outil industriel.
En 1906, le directeur général de la Distillers Company, William Ross, fait paraître dans la presse nationale une réclame pour un Cambus Patent Still de sept ans. Le texte assume la différence au lieu de la masquer : la bouteille y est présentée comme n'étant pas un whisky d'alambic de repasse. Revendiquer publiquement un procédé que la justice venait d'écarter était une provocation calculée, et elle a remis le sujet sur la place publique.
Le gouvernement britannique institue en février 1908 une commission royale sur le whisky et les autres spiritueux de bouche. Elle siège pendant plus d'un an et rend son rapport le 28 juillet 1909. La définition retenue tient en une phrase : un spiritueux obtenu par distillation d'un moût de céréales saccharifié par la diastase du malt. Elle ne dit rien de la forme de l'alambic, et c'est tout l'enjeu : la colonne cesse d'être disqualifiée, et l'assemblage de malts et de grains devient inattaquable.
Une bouteille de Cambus se présente en single grain Scotch whisky. La mention est précise et elle ne se devine pas : elle désigne à la fois une matière première, un mode de distillation et une provenance limitée à un seul site. Notre page consacrée au single grain détaille la catégorie, on s'en tient ici à ce qu'elle change dans le verre.
Un single grain Scotch whisky est produit dans une seule distillerie écossaise, à partir d'orge maltée et d'autres céréales, sans répondre à la définition du single malt. Le mot single porte sur la distillerie et jamais sur le fût : il ne veut pas dire fût unique. Comme tout scotch, ce whisky vieillit au moins trois ans en Écosse, dans des fûts de chêne n'excédant pas sept cents litres, et sort à quarante pour cent minimum.
Une colonne travaille sans interruption : le liquide fermenté descend, la vapeur monte à sa rencontre, et le distillat se prélève au niveau choisi. On y atteint un degré bien plus élevé qu'avec deux alambics de cuivre, et ce qui en sort porte moins de composés lourds. Il ne s'agit pas d'une distillation au rabais mais d'une autre conduite, qui recherche la constance là où l'alambic de repasse recherche l'empreinte.
Quand le distillat apporte peu, le fût apporte beaucoup. C'est la raison pour laquelle les vieux grains se reconnaissent souvent à leur bois : la vanille, la noix de coco et le caramel viennent du chêne américain de réutilisation bien plus que de la céréale. Le temps y pèse aussi autrement. Un grain de vingt-cinq ans n'a pas l'épaisseur d'un malt du même âge, il a une autre densité, plus sucrée et plus lisse en bouche.
Toutes les bouteilles qui portent ce nom viennent de fûts remplis avant l'arrêt de la production. Cela n'en fait pas des objets de collection par principe, mais cela oblige à lire l'étiquette autrement : le millésime, l'âge et le nom de la maison qui embouteille y disent bien plus que sur une gamme courante.
La distillation a cessé en 1993, au cours d'une réorganisation industrielle décidée par le propriétaire. Le matériel a été démonté, et le site a été reconverti aux métiers du fût : remplissage, entreposage, puis une tonnellerie ouverte en 2011. Écrire cette maison au passé est donc exact, ce qui n'est pas le cas de toutes les distilleries dites silencieuses : Brora, Rosebank et Port Ellen, elles, ont recommencé à distiller.
Cambus a bien connu des mises signées par son propriétaire, contrairement à ce qu'on lit parfois. La plus visible est un quarante ans distillé en 1975, sorti en 2016 dans la série annuelle des Special Releases, élevé en hogsheads de chêne américain de réutilisation, tiré au degré du fût et sans filtration à froid. Les commentateurs de l'époque l'ont présentée comme la première mise officielle depuis le début du vingtième siècle.
L'essentiel de ce qui circule vient toutefois de maisons indépendantes qui ont acheté des fûts et les ont suivis en chai. Sur ces bouteilles, l'année inscrite est celle de la distillation et l'âge se compte jusqu'à la mise. Le piège est classique : une année portée sur une étiquette est plus souvent une année d'embouteillage qu'une année de distillation, et seule une mention explicite tranche. Un numéro de fût, lui, n'indique jamais un âge.
Quatre questions reviennent sur ce nom, et elles portent toutes sur ce que l'étiquette ne dit pas. Voici les réponses, en distinguant ce qui est établi de ce qui ne l'est pas.
À Cambus, dans le Clackmannanshire, à quelques kilomètres d'Alloa, en plein cœur de la région protégée des Lowlands. La distillerie y a été ouverte en 1806 dans un ancien moulin et elle a produit du whisky de grain pendant la plus grande partie de son existence. La distillation s'y est arrêtée en 1993.
Non. La production a cessé en 1993 et le matériel de distillation a été retiré. Le site n'a pas été abandonné pour autant : il sert au remplissage et à l'entreposage de fûts, et une tonnellerie y a été installée en 2011. Ce sont deux activités distinctes, et les confondre reviendrait à laisser croire qu'un Cambus neuf pourrait sortir un jour.
C'est un whisky écossais produit dans une seule distillerie, à partir d'orge maltée et d'autres céréales, et qui ne répond pas à la définition du single malt. Le mot single désigne la distillerie et non le fût. Il se distille le plus souvent en colonne continue, ce qui donne un liquide plus léger que celui d'un alambic de repasse, sans qu'aucun des deux ne vaille mieux que l'autre.
Regardez quatre informations : l'année de distillation, l'âge, le nom de la maison qui embouteille et le degré, qui dit si la bouteille a été réduite ou tirée au fût. Un grain très âgé sur bois de réutilisation ira vers le sucre et la rondeur, une mise plus jeune restera franchement céréalière. Notre conseil personnalisé tranche avec vous si deux fûts vous font hésiter.