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Une distillerie bâtie en face d'une autre, reliée à elle par une conduite tendue au-dessus de la rue, et qui aura passé plus d'années à l'arrêt qu'en production : Caperdonich a une histoire faite de silences. Cette page rassemble les bouteilles nées à Rothes sous ce nom et raconte ce que chacune de ses périodes d'activité a laissé dans le verre.
Caperdonich a été construite pour une raison simple : sa voisine ne suffisait plus à la demande. Le nom qu'elle a porté pendant ses premières décennies le dit sans détour, et il explique aussi pourquoi son histoire ne se lit jamais seule. Notre page consacrée au Speyside situe la vallée où les deux ateliers se font face, à quelques mètres l'un de l'autre.
L'atelier sort de terre en 1898 à Rothes, petite ville du Speyside posée sur la rivière, à l'initiative de J. & J. Grant, propriétaire de Glen Grant. Il prend le nom de Glen Grant n° 2, ce qui dit exactement son rôle : produire le même genre de distillat, dans le même bourg, pour un marché que la première maison n'arrivait plus à servir. Le nom de Caperdonich, lui, viendra bien plus tard, emprunté au ruisseau qui alimente le site.
Les deux ateliers étaient séparés par la chaussée, et l'eau-de-vie franchissait cette distance par une canalisation suspendue, pour être mise en fût chez Glen Grant. L'installation a marqué les mémoires locales au point d'engendrer sa propre légende, celle d'habitants qui la perçaient discrètement pour se servir au passage. L'anecdote circule sans preuve ; la conduite, elle, a bel et bien existé, et elle dit à quel point les deux sites ne formaient qu'une seule exploitation.
La production cesse dès 1902, quatre ans après le premier remplissage : la crise qui suit l'euphorie de la fin du dix-neuvième siècle emporte une partie de l'industrie écossaise, et une seconde unité devient un luxe que plus personne ne finance. Le four de touraillage, les aires de maltage et les chais continuent pourtant de servir, seuls les alambics restent froids. Ils le resteront jusqu'en 1965, soit une interruption plus longue que l'ensemble de sa carrière de distillerie.
Le redémarrage tient à un basculement de marché, et il s'accompagne d'un changement d'identité que la loi rendait obligatoire. C'est à partir de cette date que le site cesse d'être un simple doublon et commence à produire quelque chose qui lui appartient en propre.
Glen Grant avait trouvé en Italie un débouché considérable, et il fallait du volume pour le suivre. Les alambics repartent en 1965 sous Glenlivet Distilleries Ltd, et l'atelier est largement reconstruit à cette occasion. Notre page consacrée à Glen Grant raconte cet épisode italien du côté de la maison qui en a profité la première. Ici, il vaut surtout comme cause : sans cette demande, les bâtiments seraient probablement restés vides plus longtemps encore.
Le droit britannique interdisait alors à deux distilleries en activité simultanée de porter le même nom. Tant que les alambics dormaient, la question ne se posait pas ; dès qu'ils repartaient, il fallait trancher. Le site prend donc celui du ruisseau voisin. Ce détail administratif explique une bizarrerie que l'on croise chez les collectionneurs : un même lieu et deux appellations, dont une seule aura fini par figurer sur des étiquettes de single malt.
Deux ans après la reprise, l'atelier passe de deux à quatre alambics. Les nouveaux ne reprennent pas exactement la forme des premiers, et c'est là que le projet d'origine se défait : le distillat s'éloigne de celui de Glen Grant au lieu de le doubler. La forme d'un alambic décide de la part de vapeurs qui retombe avant d'atteindre le col, donc du gras et de la finesse du liquide. Deux ateliers voisins peuvent ainsi rendre deux malts différents avec la même orge.
La maison a produit pendant des années deux liquides distincts sur le même site, et le second n'a presque jamais été vendu sous son propre nom avant les années deux mille dix. C'est le point qui surprend le plus quand on aborde ce malt aujourd'hui, et il change la façon de lire une étiquette ancienne.
À partir de 1972, le propriétaire d'alors décide de faire produire du malt fumé sur deux de ses distilleries, pour couvrir ses propres besoins d'assemblage sans acheter ce distillat à des concurrents. Caperdonich est l'une des deux, BenRiach l'autre. Chaque année, une fraction seulement de la production reposait sur une orge séchée à la tourbe, le reste demeurant dans le registre fruité qui caractérisait le site. Notre page consacrée à BenRiach raconte la même décision vue de l'autre atelier.
Un chiffre exprimé en parties par million se relève au sortir du four de touraillage, sur le grain, avant tout empâtage. Il décrit donc une matière première, pas le contenu d'un verre : la fermentation et surtout la seconde distillation en retirent une part importante. Aucune mesure publique ne circule pour les orges fumées de ce site, et nous n'en avançons donc aucune. Notre page consacrée au whisky tourbé détaille ce que ce chiffre recouvre réellement.
Passée sous contrôle de Seagram en 1977, la distillerie a nourri des assemblages connus, parmi lesquels Chivas Regal, Passport, Something Special et Queen Anne. Le métier lui reconnaissait le rôle de top dresser, un malt que l'on ajoute non pour l'entendre lui-même mais pour donner du relief à ceux qui l'entourent. Cette destination explique pourquoi si peu de bouteilles ont paru en single malt pendant ses années d'activité : le liquide partait en cuve d'assemblage.
Deux familles d'étiquettes coexistent sous ce nom, et elles ne racontent pas la même chose. Savoir laquelle on tient dans la main change la lecture du millésime, de l'âge et du degré, et c'est encore plus vrai pour un site qui ne produit plus rien depuis longtemps.
Pernod Ricard reprend la distillerie en 2001 par l'intermédiaire de Chivas Brothers et l'arrête l'année suivante. Les bâtiments sont ensuite démolis, en 2010 pour certaines sources, en 2011 pour d'autres. Une paire d'alambics est partie chez Belgian Owl, l'autre paire et la cuve d'empâtage vers le projet de distillerie de Falkirk. Ce qui porte encore ce nom provient donc d'un ensemble fini, que rien ne vient compléter, et dont les fûts restants vieillissent sans qu'aucune nouvelle mise en chai ne prenne le relais.
Pendant les décennies où la distillerie ne se vendait pas sous son nom, des maisons tierces ont acheté des fûts et les ont mis en bouteille sous leur propre étiquette, souvent au degré du fût et sans filtration à froid. C'est par cette voie que le nom a circulé chez les amateurs. Une telle bouteille porte un millésime, parfois un numéro de fût, et un âge qui se compte entre la distillation et l'embouteillage : ces trois indications se lisent ensemble.
En juin 2019, Chivas Brothers a publié une collection consacrée à quatre distilleries discrètes du Speyside, dont celle-ci. Six Caperdonich y figurent, trois issus du distillat fruité et trois issus du distillat fumé, avec des mentions d'âge allant de dix-huit à trente ans ; les deux plus âgés ont paru en octobre de la même année. Ces bouteilles ont d'abord été réservées aux boutiques de voyage avant d'être diffusées plus largement à partir de l'été 2020.
Quatre questions reviennent au sujet de ce nom : sur l'existence du site, sur son lien avec sa voisine, sur la présence de tourbe et sur le choix d'une bouteille.
Non. La production s'est arrêtée en 2002 et les bâtiments ont été démolis, en 2010 selon certaines sources, en 2011 selon d'autres. Le terrain a été repris par un chaudronnier de la région, et les alambics ont été dispersés vers une distillerie belge et vers un projet écossais. Tout ce qui paraît aujourd'hui sous ce nom a été distillé avant l'arrêt et vieillit en fût depuis.
Le même propriétaire et la même rue. L'atelier a été construit en 1898 par les propriétaires de Glen Grant, sous le nom de Glen Grant n° 2, et l'eau-de-vie passait d'un site à l'autre par une conduite aérienne. Après la reprise de 1965, le changement de nom puis une nouvelle paire d'alambics ont fini par séparer les deux distillats. Ce sont donc deux malts distincts nés d'une intention commune.
Cela dépend de la bouteille. À partir de 1972, une part de la production annuelle reposait sur une orge séchée à la fumée de tourbe, le reste sur une orge non fumée. Les mises officielles de 2019 séparaient d'ailleurs explicitement les deux registres, avec des séries fumées et des séries qui ne le sont pas. Sur une bouteille d'embouteilleur, l'étiquette ne le précise pas toujours, et la seule indication solide reste ce que le producteur revendique.
Un fût unique d'embouteilleur donne la lecture la plus étroite de ce distillat : un seul contenant, un degré qui n'a pas été ramené, et un âge écrit en clair sur l'étiquette. Nos fiches précisent le millésime, l'âge, le degré et, lorsqu'il est connu, le numéro de fût. Notre équipe répond par message aux questions portant sur une bouteille précise.